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Des profs des Ormonts victimes de fortes coupes salariales

Leysin, Le Sépey, Les Diablerets C'est la grogne parmi certains membres du personnel des établissements scolaires de Leysin-Les Ormonts. En cause: un strict serrage de vis au niveau du nombre de périodes d'enseignement. Des collaborateurs y perdraient jusqu'à 10% de leur salaire. Mais pourquoi ces mesures restrictives annoncées au début de l'été? Enquête.

Valérie Passello

«Le choc est d'une brutalité extrême», témoigne un membre du corps enseignant* de l'établissement primaire et secondaire de Leysin-Les Ormonts (ESOL), encore atterré par les nouvelles reçues au début des vacances d'été. Selon des documents que Le Régional a pu se procurer, des mesures strictes sont appliquées depuis la rentrée du 22 août, afin de réduire la consommation de périodes. Une classe de 3-4P et une de 7P ont été fermées à Leysin, ce qui représente déjà une soixantaine de périodes hebdomadaires en moins. Mais ça n'est pas tout: une diminution des heures de décharge attribuées aux doyens a été mise en œuvre et deux engagements prévus n'ont finalement pas eu lieu. De même, pour les enseignants dont le contrat contient une fourchette de périodes (voir encadré), leur nombre a été revu au minimum. Certains enseignants touchés y perdraient près de 10% du salaire qu'ils percevaient jusque-là, soit un manque à gagner pouvant approcher les 10'000 frs par an.

«C'est énorme»

Alerté par plusieurs enseignants de l'ESOL, le président de la Société vaudoise des maîtres secondaires (SVMS), Gilles Pierrehumbert, réagit: «À l'échelle de cet établissement, c'est énorme. Ce cas précis sort clairement de l'ordinaire. Pour moi, il s'agit d'une erreur significative de management dans la préparation de la rentrée scolaire. Même s'il peut y avoir des difficultés liées au fait que l'ESOL est étalé sur plusieurs sites (deux au Sépey, un à Leysin et un aux Diablerets), la prévisibilité est grande quant au nombre d'élèves qui le fréquenteront. Ce n'est pas au personnel de payer cette erreur». Pour chaque nouvelle année scolaire, la Direction générale de l'enseignement obligatoire (DGEO) attribue une enveloppe de périodes aux établissements, selon des coefficients calqués sur le nombre d'élèves. «Dans une école où les effectifs d'élèves varient peu, à l'instar de l'ESOL, le nombre de périodes devrait lui aussi être stable», ajoute le syndicaliste.

Essayé, pas pu?

Cela signifie-t-il pour autant que l'ESOL se porte mal? «Pas du tout!, rétorque son directeur, Michele Cherubini, l'important est que l'établissement tourne et je peux vous dire que cela va être le cas pour cette nouvelle année scolaire. Je suis conscient qu'il y a des mécontents, mais un directeur est aussi là pour prendre ce genre de décisions». Il n'en dévoilera pas davantage sur les raisons ayant entraîné ces mesures, déplorant qu'un article paraisse sur le sujet: «Les parents pourraient se faire du souci, alors qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter», considère-t-il. Ni lui ni la DGEO n'ont souhaité commenter la situation. Impossible donc de dire exactement dans quelle mesure ces restrictions auront un impact sur la vie des élèves et sur la qualité de l'enseignement.

D'après notre source*, lors de la conférence des maîtres s'étant tenue juste avant la rentrée, le directeur aurait expliqué que cela fait plusieurs années que l'ESOL dépense plus de périodes que celles auxquelles il aurait droit: «Monsieur Cherubini a envoyé fin juin au Département une planification comparable à celle des années précédentes «en espérant que ça passe encore», selon ses propos, ce qui démontre bien la légèreté avec laquelle il fait ses planifications. En résumé, il a pris le pari de présenter un budget bancal, sachant qu'en cas de refus, ce seraient les enseignants qui paieraient sa prise de risque, déplore ce membre du corps enseignant». Le dossier ne serait donc pas passé auprès du Département, entraînant les conséquences que l'on connaît. L'annonce tardive des horaires définitifs serait aussi un point suscitant la grogne des collaborateurs de l'ESOL, selon nos informations.

Action aux prud'hommes?

La SVMS interviendra cette semaine auprès du Département: «Nous allons défendre les enseignants qui ont fait appel à nous et si notre demande n'est pas prise en compte, nous irons jusqu'au Tribunal des prud'hommes, ce que je ne souhaite pas. J'espère pouvoir régler ces cas: des accords peuvent toujours être trouvés», déclare Gilles Pierrehumbert. Il ajoute que depuis quelques années, le Département est plus strict quant à la consommation de périodes dans les établissements scolaires vaudois. Ce genre de situation devrait donc être plus rare à l'avenir.

*nom connu de la rédaction

Date:31.08.2017
Parution: 866

Le coup des fourchettes

Selon une pratique courante et tout à fait légale, les contrats des enseignants vaudois peuvent contenir une fourchette de périodes. Par exemple, un taux d'activité à 100% équivaut à 25 périodes pour un enseignant en secondaire. Il pourra être embauché à 80%, avec un minimum de 20 périodes, mais travailler jusqu'à 92% en devant accepter 3 périodes supplémentaires. «Nous aimerions mettre un terme à cette pratique qui permet trop facilement aux directeurs de redescendre le temps de travail des enseignants lorsqu'il y a un souci. Cela dit, l'usage veut que lorsqu'une personne travaille régulièrement à un taux précis, son contrat soit adapté en conséquence», explique Gilles Pierrehumbert.

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