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Les ludothèques n'ont pas dit leur dernier mot

Société Avec l'arrivée de l'informatique et des jeux vidéo, les jeux dits «classiques» auraient pu avoir du souci à se faire. Or il n'en est rien. Le jeu fascine toujours autant chez les tout petits, les adultes et les seniors, et les soirées jeux entre amis sont en plein essor. C'est un formidable moyen d'apprentissage et de développement chez l'enfant, mais aussi de socialisation pour toutes les tranches d'âge et de santé mentale pour les aînés. Et les nombreuses ludothèques de la région redoublent d'inventivité pour attirer du public: organisation d'ateliers et d'anniversaires, présence sur les marchés, bourses aux jouets, animations en EMS, partenariat avec les écoles primaires, projet d'espace jeux pour malvoyants. Jusqu'à des contacts noués avec l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants pour œuvrer à l'intégration. Un dynamisme qui repose essentiellement sur la passion et l'engagement de bénévoles, entre La Tour-de-Peilz, Pully, Chexbres ou Lausanne.

Les ludothèques n'ont pas dit leur dernier mot Angela Da Costa:  « Internet ne remplace  pas les jeux de société »

Textes et photo: Sandra Giampetruzzi

Il est 16h30 au sous-sol du Collège des Marronniers à La Tour-de-Peilz, l'après-midi bat son plein. En tendant l'oreille, on entend quelques rires d'enfants. C'est là que s'est installée il y a 20 ans la Ludo, comme les habitués l'appellent. Ici, c'est le paradis du jouet. Sur 115 m2 ouverts au public, on y trouve de tout, du puzzle au déguisement en passant par les jeux de construction ou de société. La règle est de proposer des jeux de format physique sans autre forme de technologie que des piles alcalines. La moindre petite pièce est classée et répertoriée, à l'image d'une bibliothèque. Autour de quelques tables, une petite fille joue avec son frère sous les yeux vigilants du papa. Un peu plus loin, une maman enceinte aide son premier à choisir les jeux qu'il pourra emporter chez lui pour trois semaines. C'est ça le concept d'une ludothèque, venir comme à la bibliothèque, mais pour emprunter des jeux. «Je trouve que c'est une très bonne idée. Ça évite de devoir acheter toujours des nouveaux jeux ou alors de les tester avant de les acheter», précise la maman qui est une habituée de la Ludothèque de La Tour-de-Peilz. Ce jour-là, les yeux de son enfant brillent. Il aura droit à prendre trois jouets, le garage de voitures, le bateau pirates et le gros camion vert. C'est Noël avant l'heure.

Rôle social, économique et écologique

Malgré ce que l'on pourrait croire, une ludothèque ne s'adresse pas seulement aux enfants. Elle est mise à disposition de l'ensemble de la population et chacun peut, à la conclusion d'un abonnement annuel, venir louer des jeux pour 2 à 3 semaines. Le concept est né à Los Angeles en 1934 déjà. En Europe, ce sont les pays nordiques qui ont été les pionniers et en Suisse romande, la première ludothèque a vu le jour à Vevey en 1974. Aujourd'hui, une trentaine se sont développées dans le canton de Vaud. «wLeur rôle répond à trois préoccupations essentielles. La première est un rôle social et culturel. Grâce au jeu l'enfant apprend à se développer, à entrer en contact avec l'autre et à échanger. C'est indispensable pour trouver sa place dans un groupe et plus tard dans la société. Le deuxième atout est la contribution au développement durable. Un même jeu est utilisé pendant plusieurs années par plusieurs familles. La location de jouets a aussi un avantage économique. Il est moins cher de louer que d'acheter, surtout si c'est pour que l'enfant y joue quelques semaines et le laisse ensuite de côté», soulève Anne-Marie Grangier, ludothécaire à La Tour-de-Peilz et présidente de l'Association vaudoise des ludothèques (AVDL). La variété de jeux qu'on y trouve est grande, du jeu de société au jeu éducatif, de rôle, de construction, de patience ou encore des jeux d'extérieur.

Casser l'image vieillotte

Si jouer s'apparente à un loisir, c'est aussi un formidable moyen d'intégration et de communication entre des personnes de différents horizons, cultures, langues et générations. Dès le plus jeune âge, les enfants jouent pour découvrir leur environnement. La socialisation passe par ce biais. Le jeu est également un outil thérapeutique utilisé pour la réhabilitation après une maladie ou un accident. «C'est vrai que la moyenne d'âge a baissé depuis l'arrivée d'internet et des jeux vidéo. Aujourd'hui, nous avons des enfants jusqu'à 10 ans qui viennent accompagnés de leurs parents, grands-parents, de la maman de jour, observe Patricia Gianini-Rima, ludothécaire et membre fondatrice de la Ludo-La Tour. Nous avons aussi régulièrement des classes et aussi des résidents d'EMS qui viennent ici pour les jeux de société. La tranche d'âge est donc étendue.»

Et la présidente de l'AVDL l'assure, «l'image un peu vieillotte qu'on a de la ludothèque est en train de se casser. En tout cas, nous y travaillons, assure la présidente de l'ASDL, car nous remplaçons régulièrement nos jeux. Environ 10% de nos jeux sont renouvelés chaque année en fonction des forums que nous allons consulter, des conseils des parents, des autres ludothèques. Et nous organisons également des événements tout au long de l'année».

Comme à la ludothèque de Pully, où des soirées jeux de société ont régulièrement lieu: «Les gens viennent en famille et à cette occasion les adolescents les accompagnent volontiers, mais ils ne viennent pas tout seul, précise Yves Péclard, son responsable depuis deux ans. Le jeu est indispensable, à tout âge. Ça fait réfléchir et ça maintient en forme». Même constat à Chexbres où la ludothèque Les Chatons a rouvert il y a deux ans. «Si les parents jouent, alors les enfants jouent. Je constate un revirement de situation depuis quelques années où les jeunes recommencent à jouer aux jeux de société. Ils font des soirées entre amis. Les EMS nous sollicitent aussi, cela permet aux résidents de rester actifs, se réjouit Adrienne Perrenoud, responsable de la ludothèque de Chexbres, qui espère mettre en place un projet avec les classes primaires de la commune. Jouer permet non seulement de s'évader, mais on apprend aussi mieux. L'école utilise beaucoup le jeu comme méthode d'apprentissage».

Sans bénévoles et subventions, pas de ludothèque

Mais l'équilibre reste fragile, car ces lieux de vie sociale existent grâce à des bénévoles qui les gèrent et les font vivre. Les ludothèques sont donc en constante recherche de personnes qui veulent bien donner de leur temps, à raison de quelques heures par semaine. Très peu de structures peuvent avoir un poste rémunéré. Souvent, elles survivent grâce aux subventions communales et aux abonnements des membres, mais cela ne permet pas de rémunérer un poste, même à temps partiel. «A Montreux, nous avons pu mettre en place une carte d'écoliers et les écoles viennent régulièrement chez nous. C'est ce qui nous sauve», reconnaît Josette Chabloz, responsable de La Ludo à Montreux. A La Tour-de-Peilz, qui possède près de 2'000 jeux, la ludothèque perçoit une subvention annuelle de 4'000 frs par année plus les frais de nettoyage des locaux. «Une partie de la subvention couvre les frais de cours de formation dispensés par la Fédération Suisse des ludothèques et cela nous permet aussi d'acheter de nouveaux jeux», souligne Anne-Marie Grangier. Par contre, pour faire tourner cette structure, une équipe de 22 bénévoles a donné de son temps en 2016, à raison de 2'160 heures de travail bénévole.

Interview Angela Da Costa:
« Internet ne remplace  pas les jeux de société »

Après avoir obtenu son diplôme de Logopédie à l’Université de Genève, Angela Da Costa a pratiqué en institution spécialisée et dans différents services scolaires avant de s’installer en indépendante à La Tour-de-Peilz en 2007. Elle utilise énormément le jeu dans son travail pour amener l’enfant à s’exprimer et à développer son langage.

Dans quelle mesure le jeu est-il formateur chez l'enfant?

> Le jeu est primordial dans l'apprentissage du langage de l'enfant. Dès son plus jeune âge, il va commencer par imiter son entourage, les gestes, les bruits, les premiers mots et dès quatre ans environ, les jeux où il y a des règles vont lui apprendre à perdre, à gagner, à comprendre que c'est chacun son tour, à respecter l'autre et aussi à gérer sa frustration lorsqu'il perd. S'il joue tout seul dans son coin, il ne développera pas son langage et n'apprendra pas les règles sociales. Plus il aura une interaction variée, avec des enfants du même âge, avec un parent et plus il va se développer. Mais cela vaut avec n'importe quelle activité, avec la lecture, faire la cuisine ensemble, etc. L'important est de créer une relation pour qu'il apprenne à s'exprimer. Lorsqu'un enfant vient chez moi, souvent on joue. Et par le jeu, l'enfant apprend à s'exprimer.

Un enfant qui ne joue pas aura-t-il de la peine à s'intégrer plus tard dans la société?

> Son développement sera plus lent. La première année d'école, l'enfant doit apprendre à vivre avec l'autre, à développer son langage pour se faire comprendre et trouver sa place. S'il a déjà eu l'habitude de jouer avec d'autres enfants, ce sera plus facile. L'objectif est de stimuler l'enfant par le jeu pour qu'il utilise d'autres mots, qu'il forme des phrases, qu'il apprenne à raconter une histoire. Ce n'est pas une généralité, mais aujourd'hui les parents prennent moins le temps de stimuler l'enfant en lui posant des questions, en lui demandant de raconter sa journée et si l'enfant n'est pas stimulé, il développera moins son langage.

Internet, les jeux vidéo, les tablettes prennent le dessus aujourd'hui, sont-ils mauvais pour le développement de l'enfant?

> Il y a des programmes très intéressants sur les tablettes, comme par exemple des jeux pour apprendre les couleurs, apprendre les chiffres ou lire les premiers mots. Je ne suis pas contre, à la condition que l'enfant soit cadré. S'il est seul devant son jeu, il n'y a plus d'interaction et là c'est un problème. Il faut qu'un adulte soit à côté pour lui apprendre les règles, pour l'encourager et le féliciter.

Selon vous, les jeux classiques vont-ils disparaître au profit de l'informatique?

> Non, je ne le pense pas. Prenez l'exemple d'un weekend au chalet ou d'une soirée dans un endroit reculé où il n'y a pas de connexion internet, et tout le monde ressort à ce moment-là les jeux de société. Petits enfants, adolescents, adultes et aînés adorent ça. En plus, il y a une telle quantité de jeux qui sortent chaque année. Ce n'est pas près de disparaître.

Date:07.09.2017
Parution: 867

Etude de la HEG sur les ludothèques: bonne visibilité, mais peut mieux faire

Selon un travail d’économie d’entreprise, mené en 2016 par des étudiants de la Haute école d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud, il s’avère que les trois meilleurs moyens de communication qui ont atteint les clients des ludothèques sont le bouche à oreille (46%), le site internet des ludothèques ou des communes (16%) et la découverte en passant devant (14%). Sur les personnes sondées, plus de 53% connaissent l’existence des ludothèques dans le canton de Vaud contre 47% qui l’ignorent. Parmi ces 47%, un peu plus de 28% seraient curieux de les découvrir et 19% ne le souhaitent pas, estimant qu’ils n’ont pas assez de temps, ou que les ludothèques ne correspondent pas à leur besoin ou encore sont des entités démodées.

Les ludothèques dans la région

La Jeunique

Rue du Molage 37

1860 Aigle

 

Les Chatons

Collège du Bourg, Pavillon des classes enfantines

1071 Chexbres

 

Ali Baba

Chemin des Eterpeys 10-12

1010 Lausanne

 

Pinocchio

Place de la Palud 7

1003 Lausanne

 

La Cigale et la Fourmi

Chemin du Devin 10

1012 Lausanne

 

La Pagode

Vallée de la Jeunesse 13

1007 Lausanne

 

La Ludo

Cité-Centre, Grand’Rue 90

1820 Montreux

 

La Place de Jeux

Route de Lausanne 10

1610 Oron-la-Ville

 

Ludothèque de Pully

Collège A. Reymond, Chemin du Fau-Blanc 15

1009 Pully

 

La Cigale

Route du collège 7 Le Pavillon

1073 Savigny

 

Ludo-la Tour

Collège des Marronniers, Place des Anciens Fossés 1

1814 La Tour-de-Peilz

 

La Luciole

Rue du Conseil 15

1800 Vevey

Des trésors d'inventivité pour se faire connaitre

Pour faire vivre le jeu, de nombreuses animations sont ponctuellement organisées par les ludothèques, comme des ateliers, des anniversaires, la présence sur les marchés ou aux bourses aux jouets, l'organisation de soirées jeux, mais aussi des programmes spécifiques pour les enfants qui font face à des difficultés d'apprentissage. Facilement reconnaissables au logo DYS, les jeux sont répartis en 6 catégories: langage écrit, langage oral, calcul, logique, motricité et neuro-visuel. À La Tour-de-Peilz, l'envie des ludothécaires est de créer à l'avenir un espace avec des jeux pour malvoyants. Des contacts ont aussi été noués avec l'EVAM, Etablissement vaudois d'accueil des migrants. C'est également un bon moyen de s'intégrer et d'apprendre de manière plus ludique. «Ce qui est sûr, c'est que nous devons impérativement aller vers les gens pour nous faire connaître», explique le responsable de Pully, Yves Péclard.