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Une balançoire de liberté

Palézieux Roxane Gilliand vient d'obtenir son diplôme d'artiste de cirque professionnelle. Elle s'est spécialisée dans le trapèze et compte désormais faire le tour du monde grâce à son art. Portrait lors de son passage en Suisse.

La signature de Roxane Gilliand? Un chapeau, qu'elle tient du début à la fin.R. Lorente

Valérie Blom

Ses grands yeux clairs expriment avec franchise une belle joie de vivre. «La sensation est incroyable. Je me sens libre sur un trapèze.» Roxane Gilliand a terminé en juin l'école nationale de cirque de Montréal et démarre sa carrière professionnelle avec un premier contrat pour Atayde, un chapiteau mexicain. La Palézienne d'origine a grandi avec l'ambition de vivre du trapèze ballant. Comme son nom l'indique, l'accessoire balance, contrairement à certains demeurant fixes. Mais ce n'est qu'après l'école obligatoire que l'artiste a réellement cherché à poursuivre son rêve. Elle s'est d'abord inscrite dans une institution spécialisée à Sion, puis a travaillé deux années pour Starlight avant de partir se former à Paris.

«C'est grâce à une rencontre que j'ai ensuite songé au Canada, livre-t-elle, lors d'une rencontre en Suisse. On m'a expliqué que j'y trouverais de meilleurs professeurs. J'étais déçue de ceux que j'avais côtoyés jusqu'ici.» A 20 ans, elle s'est donc envolée pour la nation de l'élan et de la feuille d'érable, qui est aussi, elle le découvrira, celle du cirque. «Quand j'ai confié pour la première fois à mes parents que je voulais m'essayer à cet art, ils m'ont demandé pourquoi et m'ont inscrite à un cours de gym. Je n'ai pas aimé et, à 6 ans, j'ai pu changer pour une école de cirque, à Montpreveyres.» Ses yeux brillent lorsqu'elle évoque ses premières amours pour la discipline.

Sans point d'attache

Le milieu souffre en Suisse de l'image des anciens saltimbanques, alors qu'il s'agit bien d'un monde de professionnels. Pour preuve, les spectacles aériens du Cirque du soleil ou ceux des compagnies qui s'en inspirent, telles que l'association canadienne des 7 doigts de la main. «A Montréal, tout le monde connaît cet univers et il ne paraît pas fou d'en vivre, bien au contraire.» Séduite par ce pays, elle décidera peut-être un jour d'y poser ses valises. «J'ai envie d'avoir des enfants et une famille. Ce qui ne signifie pas qu'il me faudrait descendre définitivement du trapèze! Mais il y aurait des chances que je m'arrête un moment. Tout dépend du quand, et d'avec qui», confie en souriant l'artiste de 25 ans.

Pour l'heure, elle préfère avoir son sac sous le bras. Elle n'a pas d'appartement, mais ne se soucie guère de ne pas compter de point d'attache. Elle préfère au contraire s'accrocher à son trapèze ou au tissu aérien qu'elle pratique aussi. «Souvent, l'enseigne avec laquelle nous passons un contrat nous nourrit et nous loge. Voire nous paie le voyage. Et je sais qu'en cas de besoin, je trouve facilement quelque chose à Montréal.» Une vie impliquant des sacrifices, essentiellement concernant sa famille. Elle ne voit pas souvent sa cadette et ses deux autres demi-sœurs. «J'ai pris l'avion le week-end dernier justement pour profiter de partager des moments avec elles et mes parents avant de m'envoler pour le Mexique. Je ne sais même pas si je pourrai leur rendre visite à Noël...»

Une discipline de contusions

La trapéziste adopte un style de vie plutôt ascétique, en surveillant ce qu'elle mange et sa forme physique. «Il ne s'agit pas de ne jamais m'accorder de plaisir. Je tente néanmoins de ne pas m'adjuger de longue pause, sans quoi il me faut travailler dur pour récupérer ma musculation.» Lorsqu'elle est à Palézieux, sans forcément de trapèze à disposition, elle s'arrange pour faire du sport. «Je vais courir ou je me rends à la salle de boxe avec mon père qui est boxeur.» Actuellement, elle s'entraîne et donne des cours à Morges, et prépare même un spectacle. «C'est exceptionnel. En général je m'octroie tout de même de réelles vacances.»

En parlant, elle touche régulièrement ses cheveux blonds tressés. Un air timide qui disparaît au moment où elle enfile son costume de scène: sa discipline exige une grande confiance en soi. Les figures doivent être exécutées à la perfection. Et même si elle est assurée, elle pourrait se blesser. «Si je n'atterris pas au moment du point mort je me tape sur la barre.» Des chocs qui lui laissent alors de jolis bleus. Elle jette un œil à son bras, peut-être victime de la dernière ecchymose en date.

Ne pas travailler à l'oeil

Pour faire fi une bonne fois pour toute de la réputation de baladin, Roxane Gilliand explique qu'il n'est pas difficile de gagner sa vie en tant que professionnel de cirque. «Il faut savoir négocier ses contrats et ne jamais travailler à l'œil. Cela décrédibiliserait et dénigrerait toutes ces heures de travail.» Son numéro a en effet été peaufiné jusqu'aux détails: sa formation lui a appris à se maquiller, à choisir un costume et une musique. «J'avais un professeur technique et un artistique qui m'ont conseillée jusqu'à ce que ma prestation soit belle et me ressemble.» Sa signature? Un chapeau, qu'elle tient du début à la fin. Elle l'enfile au moment d'un périlleux au-dessus du trapèze, exécuté à la perfection. Des figures poétiques, empreintes de douceur. De quoi donner des frissons.

Date:07.09.2017
Parution: 867

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