Télécharger
l’édition n°873
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

La relève du cirque

Divertissement Non, le cirque n'est pas en train de mourir, il connaît au contraire une renaissance fulgurante. Ménageries et pop-corn y ont presque disparu et le canevas traditionnel - chapiteau, animaux, clowns et Monsieur Loyal qui présente les numéros qui se succèdent sans lien entre eux - a volé en éclat, au profit d'une dramaturgie élaborée avec une histoire racontée du début à la fin. Ce nouveau cirque explose de fantaisie et près de chez nous, des talents se forment tandis que d'autres s'en vont briller sur la scène internationale. Portraits croisés, de Lausanne à Choëx.

Dominique Schreckling

Magaly Mavilia

Les compagnies d'aujourd'hui bousculent les catégories et la tradition. L'artiste ne se présente plus comme un surhomme mais comme un homme, ou une femme, qui exprime l'émotion, la poésie, la souffrance, l'absurde, la provocation.

Les animaux et les pop-corn ont presque disparu. Si une partie du public applaudit, pour beaucoup, un cirque sans animaux, ce n'est plus du cirque. «Lorsque j'étais enfant, il y avait des prairies pour les accueillir. Aujourd'hui ce n'est plus possible», constate Fredy Knie Junior.

Le respect de la tradition

C'est en Grèce qu'apparaissent les premiers théâtres en plein air. Mais c'est sous les Romains que le stade prit le nom de cirque. Sur les gradins, les spectateurs hurlaient et pariaient sur les combats entre les fauves et les gladiateurs. Les funambules et les voltigeurs équestres amenaient un peu de poésie dans ces carnages qui attiraient plus de 300'000 personnes. Mais le cirque traditionnel, tel qu'on le conçoit, est né au 18e siècle et s'est construit autour d'un canevas précis – le chapiteau, les animaux, les clowns et Monsieur Loyal, qui présente les numéros qui se succèdent sans lien entre eux – qui est toujours pratiqué par des dynasties comme Knie ou Nock. «Nous sommes attachés à ces symboles qui sont l'essence du cirque classique», avoue Paolo Finardi du Cirque Nock. Pour moi, le Cirque du Soleil, ce n'est plus du cirque, mais du music-hall». Pour la nouvelle génération pourtant, il n'y a pas de clivage. Dans leurs spectacles, aussi déjantés soient-ils, où une histoire est racontée du début à la fin, les clins d'œil et le respect de la grande tradition sont bien présents.

«C'est un métier et on en vit!»

«On considère encore le cirque sous de vieux clichés, comme les numéros avec les animaux. Comment? Tu vis de ça?, me demande-t-on. Ce n'est pas un métier.» La contorsionniste lausannoise Emi Vauthey a raison de s'offusquer. Quel est le métier, à part la danse et la musique, où la formation débute dès l'enfance? A raison de plusieurs heures par semaine, puis de jours entiers. Le parcours de cette circassienne de talent en dit long sur les exigences d'une profession qui n'est pas reconnue en Suisse. Cette contorsionniste a commencé avec la gymnastique rythmique à 5 ans, avant d'intégrer l'équipe nationale Suisse puis le Rudra Béjart Lausanne tout en affinant sa passion pour le cerceau aérien à l'Ecole de Cirque de Lausanne-Renens.

«Le cirque est un monde nouveau où les jeunes peuvent exprimer leurs émotions, expérimenter, créer», s'enthousiasme Emi Vauthey qui espère que le public suisse découvre cet univers extraordinaire. A 25 ans, elle vit enfin de son art. Mais quel travail pour en arriver là. Du Cirque Eloize aux 7 doigts de la main ou dans le dernier clip de Samito, «Tiku la hina», elle est éblouissante!

Ça bouge à Monthey

«Le nouveau cirque est l'un des arts de la scène les plus foisonnants, les plus imaginatifs et les plus fous aussi. Il réunit toutes les générations, toutes les nationalités et toutes les disciplines», s'enthousiasme Lorenzo Malaguerra, directeur du Crochetan, mais aussi chef du Service de la culture de la Ville de Monthey. Très impliqué, son théâtre a récemment accueilli en résidence la Compagnie sh, pour la création de «Solution intermédiaire», mise en scène par Stefan Hort et en musique par et avec le trompettiste montheysan Yannick Barman.

Une école nationale en Valais?

Lorenzo Malaguerra pense d'ailleurs qu'une grande école nationale de cirque aurait sa place dans ce terreau fertile. Une intention à suivre qui fait sens. En effet, le Valais et le canton de Vaud comptent des artistes de renom international comme la lausannoise Emi Vauthey, Tania et Sarah Simili, Courant d'Cirque (Monthey) ou la trapéziste de Palézieux Roxane Gilliand (lire Le Régional 867).

Des viviers de circassiens

Sans oublier Alice Ferreira, 9 ans, habitante de Choëx et en photo en première page de ce journal, qui s'entraîne à l'Ecole de Cirque du Chablais Tadam! à Monthey depuis l'âge de 3 ans. «J'ai joué la danse hongroise de Szervánszky sur le trapèze, la tête à l'envers en demi grandécart». Et ça ne te fait pas peur? «Non! Parce que j'aime ça et je me suis rentré dans la tête que je vais réussir!» Elle rêve de devenir trapéziste-violoniste.

Mais le métier de circassien n'étant pas reconnu en Suisse, il faudra rejoindre une école internationale pour obtenir un CFC ou un diplôme. C'est ce qu'espère Dimitri Terribilini, 19 ans, qui se présentera l'an prochain à l'Ecole nationale de cirque de Montréal. Il est entré à l'Ecole de Cirque Lausanne-Renens (ECL) à 8 ans et a suivi le cursus préprofessionnel, comme 50 autres jeunes en parallèle à leur apprentissage ou en sport-études. Son dada? L'acrobatie (sol, planche, trampo-mur, portées et mât chinois). «J'ai toujours été hyperactif, reconnaît-il, et là je peux m'exprimer totalement. L'entraînement, c'est l'adrénaline et le plaisir de donner tout ce que j'ai pour aller jusqu'au bout de ce que je veux faire. Le spectacle, c'est l'euphorie, de l'énergie pure qui me booste pour continuer».

Les «fondateurs» du nouveau cirque

Cette révolution a démarré au Canada (Cirque du Soleil) et plus près de chez nous en France, avec des troupes comme le Cirque Plume ou Archaos, qui défraient la chronique et dont le spectacle est interdit aux Etats-Unis car jugé trop sexy. Ambiance Blade Runner et trapézistes en paillettes qui s'élancent d'une grue sur fond de musique rock. Des chorégraphies dignes d'un film d'action, la poésie et les références au cirque traditionnel en plus. Bref, c'est totalement nouveau, foldingue, fascinant. Le succès est total.

«J'ai 20 ans et je veux autre chose»

En Suisse, cette nouvelle vague évolue depuis une quinzaine d'années, à commencer par des compagnies familiales comme les jurassiens de Starlight, fondée et dirigée par les Gasser. «En 2002, Johnny et son «gang» nous est revenu avec un CFC de l'Ecole de Cirque de Montréal, le premier de Suisse, et il nous a dit: «J'ai 20 ans et je veux autre chose», se souvient, très fière, Jocelyne Gasser, sa maman. Mon mari et moi lui avons donné carte blanche. C'était totalement différent. Pour le public Suisse allemand, ce n'était plus du cirque. Les Romands ont été plus réceptifs, probablement grâce à l'influence du nouveau cirque français qui commençait à faire parler de lui.»

En 2006, avec son trio The White Crow, Johnny Gasser, acrobate porteur, reçoit la Médaille d'Or au 27e Festival Mondial du Cirque de Demain à Paris puis la médaille d'argent à Monte-Carlo. Il intègre ensuite le Crique Knie puis le Cirque du Soleil pour le show Zarkana à Las Vegas jusqu'en 2016. Avec sa compagnie, il s'apprête à partir à Moscou pour de nouveaux défis. Sa soeur Jessica et son frère Christopher Gasser sont trapéziste et clown et Starlight emploie désormais 43 collaborateurs. Sous un chapiteau de 1'000 places, des artistes de renommée internationale comme le Duo Vladimir font partie de leurs spectacles.

«Pas là pour faire les paons»

Tout comme le cirque franco-suisse La Compagnie. Sur les rythmes effrénés du «Grand Incendie» de Noir Désir, quatre hommes ricochent dans les airs entre une planche coréenne et un mât chinois. Pause? Connaît pas. Sous les acclamations de 5'500 spectateurs, La Compagnie a aussi reçu, en 2017, la Médaille d'or du Festival Mondial du Cirque de Demain à Paris. «Le niveau acrobatique des artistes est vraiment très élevé. C'est la quintessence du cirque moderne», s'émerveille le danseur étoile Win Vanlessen à l'issue de ces quatre jours de compétition. Mais pour La Compagnie, qui tourne entreautres avec le Cirque du Soleil et le cirque Starlight, il n'est plus question de compétition. «Nous ne sommes pas là pour faire les paons mais pour créer ensemble. Partager les valeurs essentielles du groupe et accepter les forces et les faiblesses de chacun, précise le Jurassien Baptiste Clerc. Il n'y a pas de vérité absolue dans le cirque contemporain, mais autant d'artistes que de musiques et de mises en scène où la grâce et la poésie sont omniprésentes.»

Date:19.10.2017
Parution: 873

Bientôt un prix à Monthey

«Le cirque est devenu un mouvement international d'un dynamisme sans précédent», applaudit Stefan Hort, président de la Fondation ProCirque à Monthey. A travers cette fondation, plus de 150 artistes se sont fédérés au niveau national pour la promotion et la reconnaissance d'un art qui n'est pas soutenu en Suisse, excepté en Valais. En attendant, ProCirque et la Société Suisse des Auteurs (SSA) décerneront l'an prochain la première bourse d'œuvres circassiennes. Un bel encouragement pour des artistes qui font pourtant la vedette dans de nombreux festivals, à l'instar des Artistes de rue à Vevey (Le Régional 864 et 865). Sous chapiteau, en plein air ou en salle, le cirque est en pleine ébullition et il plaît par sa fraîcheur, sa fantaisie, son esprit tendre et décalé.

Troquer la gym pour le cirque?

Sans salle de gym jusqu'en 2019, les élèves de Renens ont troqué les anneaux pour des trapèzes à l'Ecole de Cirque Lausanne-Renens (ECL). Un projet novateur qui pourrait durer ou faire des émules, espère sa directrice, Yukié Vauthey, qui a donné un formidable renouveau à la formation des jeunes, dont sa fille, Emi (voir article ci- dessus) qui vit aujourd'hui de son art. Avec des professeurs de haut niveau comme Joël Suty (3 Jeux olympiques), l'ECL compte 400 élèves et s'adresse à ceux qui veulent aller plus loin mais aussi aux amateurs de 3 à 80 ans et aux enfants en situation de handicap.

Dans ce dossier

En images

Vidéo
  • Clip Emi Vauthey – Samito «Tiku la hina»

  • D’Ici là, création 2017 du Cirque Starlight avec le Duo Vladimir et La Compagnie

  • Le Festival du cirque de demain 2017 : (à (1 :57 min)

  • Thierry Ardisson reçoit le Cirque Archaos

  • Metal Clown – Spectacle du Cirque Archaos

  • Johnny Gasser et The White Crow dans le spectacle Zarkana du Cirque du Soleil

Documents audio