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Faut-il sauver le Buffet de l'AOMC ?

Monthey Plusieurs voix s'élèvent contre un projet immobilier privé qui prévoit la démolition du Buffet de l'AOMC et de sa terrasse, en vue de la construction d'un immeuble comprenant logements et commerces.

Au cœur de Monthey, le Buffet de l'AOMC témoigne de plus d'un siècle d'histoire ferroviaire.

Textes et photo: Valérie Passello

Une bâtisse emblématique de la ville de Monthey pourrait disparaître: le propriétaire du Buffet de l'AOMC, construit au début du 20e siècle, souhaite le raser afin de le remplacer par un immeuble qui s'étalerait jusqu'à la médiathèque et abriterait une huitantaine de petits appartements, un restaurant, ainsi que des commerces. La parcelle comprenant la terrasse de l'établissement actuel a d'ailleurs été cédée au promoteur par la commune.

Or, l'édifice figure dans l'ISOS, l'inventaire fédéral des sites construits d'importance nationale à protéger en Suisse (voir encadré) et a fait l'objet d'une rénovation de 2008 à 2010. Il ne tombe donc pas en décrépitude. La mise à l'enquête publique de la nouvelle construction aura lieu prochainement, alors que celle de la démolition du bâtiment actuel et de sa terrasse vient de se terminer, soulevant deux oppositions: l'une émane d'un privé et la seconde de l'association du Vieux-Monthey (AVM). Elles ne sont pas encore traitées par la Municipalité au moment de mettre cet article sous presse.

Parole d'expert

L'AVM fait notamment valoir que la commune va à l'encontre de son propre règlement des constructions et des zones, dont les buts sont: «Maintenir le caractère de la vieille ville» et encourager «la protection, l'entretien et la rénovation des constructions existantes». Elle ajoute qu'avec la suppression prévue de la gare AOMC au centre-ville, le Buffet restera «le seul et dernier témoin du passé ferroviaire de Monthey».

Municipal de l'urbanisme, Yannick Délitroz rétorque: «Dans ce dossier, nous avons fait appel à un expert, qui est un architecte réputé. Son rapport conclut que, bien que le bâtiment soit représentatif d'une époque et témoin d'un moment important du développement de la ville, il a trop perdu de son identité et de sa substance pour faire l'objet d'une mesure de sauvegarde. Au vu de cette expertise, nous n'allions pas nous opposer à sa démolition».

Enjeu émotionnel

Dans un communiqué, le PLR montheysan, convaincu de l'attachement des habitants au Buffet de l'AOMC, invite la Municipalité à réfléchir à la question: «Pour valoriser notre patrimoine tout en ne portant pas préjudice aux propriétaires des bâtiments dignes d'intérêt, il nous parait urgent de se positionner par rapport à l'inventaire ISOS et d'établir une liste officielle des constructions que notre commune souhaite protéger». Le parti interpellera l'exécutif sur ce point, ainsi que sur la vente de la parcelle au promoteur, lors de la prochaine séance du Conseil général.

La potentielle disparition de l'édifice génère également des réactions au sein de la population. Sur Facebook, la pétition «Non à la démolition du buffet AOMC» a déjà recueilli le soutien de plus de 400 personnes. Et nombreux sont ceux qui y vont de leurs commentaires dépités: «Mais ils ont perdu la tête!», s'insurge un habitant. «C'est triste, mais Monthey est une ville qui se meurt. Gardons les quelques empreintes du passé qui restent encore», commente une internaute. Une autre imagine une alternative: «Il aurait été plus judicieux d'ajouter une aile au bâtiment pour en faire un hôtel qui manque cruellement à Monthey». Tous déplorent «le bétonnage» de la ville.

Yannick Délitroz comprend que le volet émotionnel l'emporte au sein de la population, mais il tempère: «La commune n'a plus grand-chose à dire quand il s'agit d'un projet privé qui respecte les règlements. Il serait un peu léger d'interdire la démolition du bâtiment juste parce qu'on trouve qu'il est joli. Dans une ville de 17'000 habitants, il y aura toujours des avis différents».

Date:19.10.2017
Parution: 873

«À protéger» et pas «protégé»: nuance

L'inventaire ISOS est établi par le Conseil fédéral. Il recense les sites construits à protéger en Suisse et encourage à une planification durable, même s'il n'empêche pas le développement des sites. Il ne porte pas sur les objets en tant que tels mais sur les ensembles bâtis: il ne faut donc pas confondre l'ISOS avec les inventaires des objets à classer et à protéger, que les communes doivent et sont en train d'établir. Les autorités sont tenues de prendre en compte l'ISOS, mais il n'est pas contraignant. Conservatrice des monuments historiques et cheffe de la section patrimoine à l'Etat du Valais, Maria Portmann précise: «La pratique distingue les objets protégés, ayant bénéficié d'une procédure de mise sous protection, des objets à protéger, qui ne le sont pas encore mais dont la qualité patrimoniale demande à ce qu'ils le soient. Le but des inventaires est de déterminer quels sont ces objets, afin de les mettre sous protection».

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