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L'addiction, une réponse au stress et au vide existentiel

Santé Dans son dernier ouvrage, «Addiction et spiritualité», le professeur lausannois Jacques Besson explore les nouvelles voies thérapeutiques permettant de vaincre la dépendance et la dépression. Rencontre avant sa conférence à Lutry.

«L'impact de la spiritualité sur la santé psychique et physique est indéniable»

Entretien: Magaly Mavilia

Pour le Prof. Besson, chef du Service de psychiatrie communautaire du CHUV et pionnier de l'addictologie, lorsque le spirituel est refoulé, cela produit le vide existentiel, principale névrose de notre civilisation, avec ses trois symptômes majeurs: violence, dépression et addiction. Tabac, alcool, nourriture, médicaments, drogues, achats, internet, smartphone, travail, jeu, TV, sport, sexe: nous sommes selon lui dans une société addictogène, avec son injonction à consommer et à posséder. Et l'addiction agit comme une automédication face à notre difficulté à gérer le stress et nos émotions – anxiété, colère, tristesse. En s'appuyant sur les dernières découvertes des neurosciences, Jacques Besson propose comme remède un retour à la spiritualité, car elle répond à notre besoin de créer du lien, entre les humains, et de donner du sens, à nos existences et à nos communautés.

Dans votre ouvrage, vous évoquez le 3e ordre de la médecine. De quoi s'agit-il?

> Le premier, très performant en Occident, est le somatique (biologie, organes, etc). Ensuite vient le psycho-social (cognitif, émotionnel, etc). Ce que je nomme le 3e ordre travaille sur les liens entre médecine, santé, société et spiritualité, il inclut le spirituel, la sagesse et surtout la compassion. C'est une dimension de santé qui commence à émerger et qui est solide. J'en ai parlé avec le Dalaï Lama et il paraît évident que la médecine doit maintenant aborder cela. Il y a une sagesse à reconquérir face aux épidémies de burnout, de dépression et d'addiction. En 1947, la spiritualité a été gommée de la définition de la santé de l'OMS. Mais désormais, l'impact de la spiritualité sur la santé non seulement psychique mais physique est indéniable.

Les récentes découvertes de la plasticité du cerveau et de l'épigénétique prouvent que notre hérédité n'est pas figée et toute puissante.

> Oui, nous pensions que les dogmes de la biologie moléculaire et le capital neuronal étaient déterminés à notre naissance et irréversibles. Or il s'avère, comme le montre l'épigénétique, que les gènes peuvent s'exprimer ou non en fonction de l'environnement et que des événements vécus vont créer de nouvelles connexions entre les neurones. C'est totalement nouveau et cela signifie que notre «héritage» peut être modifié par la culture, la communication, l'environnement et la spiritualité, et que tout est interdépendant et impermanent.

A vous lire pourtant, il y aurait un «gène de la vulnérabilité?

> Les neurosciences ont montré que l'addiction découle, dans la majorité des cas, de traumatismes et de maltraitances dans l'enfance qui ont de graves conséquences à long terme sur le développement du cerveau et constituent une vulnérabilité majeure. Nous ne sommes pas égaux face aux addictions et les drogues et l'alcool sont d'abord des anti-souffrances. Mais nous disposons désormais de plusieurs outils qui ont fait leurs preuves dans le rétablissement: la psycho-traumatologie, la méditation, le programme des 12 étapes de Narcotiques Anonymes et la spiritualité.

Il serait donc possible de déprogrammer l'addiction, la dépression ou le stress?

> En effet, l'imagerie cérébrale révèle que la méditation permet de changer les mécanismes imprimés par les habitudes ou les traumatismes.

Qu'est-ce que la neuro- théologie, dont vous êtes un pionnier?

> La neurothéologie est une galaxie de sciences – imagerie cérébrale, épigénétique, psychologie des profondeurs, psychiatrie, etc – qui ont un rapport avec les liens entre spiritualité et cerveau. C'est un concept «fondé» par Andrew Newberg au début du 21e siècle. La science fait apparaître que le cerveau est doté de circuits pour interpréter le monde beaucoup plus vastes et puissants que ce que nous pensions. En tant que croyants ou non, nous sommes en train de découvrir les fondements biologiques de la foi et de l'espérance.

La science vient-elle prouver le précepte christique: «Il vous sera fait selon votre foi»?

> Oui. Apparu au 21e siècle, le concept de salutogenèse démontre que ce qui aide les gens à survivre, c'est la cohérence entre trois types de confiance: celle de comprendre le monde, celle de pouvoir gérer sa vie avec l'aide de ce monde ou non, donc une ouverture à la spiritualité, et la confiance que ce qui arrive a du sens. Cette approche vise donc à développer les attracteurs de rétablissement et de prévention. Collaboration: Serge Noyer

Jacques Besson, «Addiction et spiritualité». Ed érès.

Conférence: Lutry, Sharity Gallery, 25 octobre, 19h.

Une séance de signature suivie d’un culte aura aussi lieu à Cathédrale de Lausanne (salle capitulaire), le 12 novembre à 16h15.

 

Retrouvez également:

Notre dossier sur l'addiction. Le Régional 776

Un compte-rendu du séminaire proposé à Crêt-Bérard sur le thème: Ressourcement et performance: le défi des dirigeants. Le Régional 846

Date:19.10.2017
Parution: 873

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