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Le dossier pénal du municipal s'alourdit

Aigle Sous enquête pour infractions économiques, le municipal de police Piero Ruggiero quittera l'exécutif au 31 janvier 2018. Selon nos informations, au moins trois nouvelles plaintes pénales auraient été déposées depuis l'été. Les autorités certifient que l'instruction judiciaire ne porte sur aucune affaire communale, mais concerne les activités professionnelles de l'intéressé. De l'avis de tous, cette démission semble être «la meilleure solution».

Au soir du 26 octobre, Piero Ruggiero (à g.), ici aux côtés de Frédéric Borloz, a annoncé démissionner «à contrecœur», dans une ambiance chargée d'émotion.

Textes et photo: Valérie Passello

«Je regrette qu'il n'ait pas fait amende honorable publiquement. Il dit qu'il veut préserver sa famille et je le comprends, mais je n'ai absolument pas pitié de lui! Ma famille à moi souffre quotidiennement des conséquences de ses actes. J'espère maintenant que la justice fera son travail», réagit l'une des victimes présumées de Piero Ruggiero, après l'annonce de sa démission de la Municipalité le 26 octobre. Le conseiller économique devrait à cette personne une somme d'argent dépassant les 150'000 frs.

Si la page politique se tourne, le dossier d'instruction semble s'étoffer. Parmi les témoins interrogés par Le Régional au moment de dévoiler l'affaire en juin dernier, au moins trois auraient déposé une plainte pénale dans l'intervalle. Selon nos informations, les motifs de ces plaintes seraient «tort moral», «recel» et «détournement de fonds». Une information que Le Régional n'a pas pu vérifier auprès du Ministère public, trop «surchargé» pour nous répondre au moment de mettre sous presse.

Une autre source, qui souhaite également rester anonyme, lâche: «Avec le dossier que j'ai contre lui, il est mal. Mais comme l'enquête est en cours, je ne peux pas donner davantage de détails. Les cadavres ressortent des placards, c'est normal: quand on jette un pavé dans la mare, il faut s'éloigner pour ne pas être éclaboussé».

Affaires publiques pas en cause

Il aura fallu du cran et un certain aplomb à Piero Ruggiero pour prendre ses responsabilités et annoncer en personne devant la presse, puis devant le Conseil communal, sa démission de la Municipalité aiglonne. L'homme est toujours sous enquête pénale pour infractions économiques (voir Le Régional 859 et 860) et bénéficie de la présomption d'innocence, mais le climat de méfiance instauré depuis que l'affaire a été portée sur la place publique a pesé dans la balance. Retiré de l'exécutif depuis quatre mois, il a finalement décidé de renoncer à son mandat, «rendu difficile par les circonstances adverses dont j'estime ne pas avoir la responsabilité», a-t-il déclaré.

À la fin de l'été, l'avocat de la Municipalité a eu l'opportunité de consulter le dossier d'instruction, affirme le syndic d'Aigle Frédéric Borloz: «Nous avons pu nous assurer qu'aucun motif n'impliquait la gestion communale ni les comptes de la commune. Y compris dans les moments difficiles, Piero Ruggiero a fait preuve de bonne volonté: nous avons donc discuté sereinement et dans un respect mutuel des différentes options qui se présentaient. Cette démission nous a semblé être la meilleure solution». Sur le contenu même du dossier, Piero Ruggiero refuse d'en dire davantage: «Il concerne mes activités professionnelles exercées à titre privé. Mais quand il y a une enquête, cela prend du temps, peut-être même trois à quatre ans: je ne me vois donc pas poursuivre mon mandat avec ce poids qui me pèse».

Du soulagement, peu d'étonnement

Du côté des conseillers communaux, personne ne s'étonne du retrait de Piero Ruggiero, à l'instar du président de l'UDC aiglonne Didier Badan: «Nous avions entendu que le dossier d'instruction s'épaississait, donc cette décision était attendue de tous. La Municipalité ne pouvait pas non plus continuer à travailler comme ça. C'est sage et courageux de sa part d'être venu l'annoncer au Conseil communal. Cela dit, à la fin de son discours, il a un peu fait son Caliméro, alors que s'il en est là, il doit savoir pourquoi». Président de l'Entente aiglonne, Marcel-Jacques Bacca ne cache pas son soulagement: «Nous sommes enfin débarrassés du ver dans la pomme. Avant son élection, nous savions déjà qu'il y avait des doutes sur la probité de Piero Ruggiero, mais nous n'avions pas de preuves solides pour le dénoncer. Ce triste épisode de la politique aiglonne coûtera cher à la commune: on lui aura quand même versé sept mois de salaire pour rien».

Du côté d'Alternatives-Les Verts, Cyril Zoller pense plutôt à tourner la page: «Piero Ruggiero a prouvé qu'il était conscient des réalités et a pris sa décision assez rapidement, se laissant tout de même le temps de la réflexion. Maintenant, il faut que ça avance: pour le bien de l'image politique de la ville et parce qu'il y a du travail». Le parti socialiste, dont le municipal démissionnaire s'était retiré en juin, reste discret: son président Claudio Mariano avait alors émis le souhait de ne plus être sollicité par les médias jusqu'à ce que le juge d'instruction se prononce.

Date:02.11.2017
Parution: 875

Élection complémentaire en vue

En juillet, Piero Ruggiero s'était retiré provisoirement de ses activités de municipal, d'un commun accord avec ses collègues de l'exécutif, qui s'étaient réparti ses dossiers. Bien que sa démission prenne effet au 31 janvier 2018, il ne siègera plus en Municipalité ni n'assistera aux prochaines séances du Conseil communal d'ici-là. Son successeur devra être désigné par la population, mais le calendrier n'est pas encore défini, selon Frédéric Borloz: «Nous avons rendez-vous avec la préfète afin de voir comment et quand cette élection complémentaire sera organisée. Ce sera probablement durant le premier trimestre 2018». Deuxième parti en termes de représentation au Conseil communal, l'Entente aiglonne est déterminée à présenter un candidat. Le groupe Alternatives-Les Verts, déjà représenté à la Municipalité par Maud Allora, ne se voit pas briguer un deuxième siège, mais Cyril Zoller trouverait «dommage que la gauche aiglonne soit absente de l'exécutif». L'UDC, elle, n'a pas encore élaboré de stratégie. Affaire à suivre.

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