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Un jardin extraordinaire dans la tête

Laurie Gonard a en quelque sorte inventé un art. Elle fait se rejoindre dans une œuvre fantasque Picasso et Chagall ou Modigliani et les anges, des fleurs et princes ou tous à la fois. Ses tableaux faits de découpages superposés pourraient s'apparenter à

« Chaque tableau de collage se construit en accord avec mon ressenti par rapport aux teintes et aux images », explique l'artiste, qui signe ici « La nuit du pierrot » (40X50).DR

Nina Brissot

Dans son regard, il y a comme un étonnement perpétuel. Un petit rien qui fait que l'on se demande si elle fait partie des elfes ou des humains. Dans sa maison de Blonay, elle marche comme si ses pieds étaient portés par des ailes invisibles. Court ici, monte les escaliers, attrape quelque chose à montrer, passe dans une autre pièce. Laurie déploie une vitalité qui contraste avec l'immense fatigue apportée par une maladie rare qui, pendant neuf ans et une greffe importante avec son mari pour donneur, l'a tenue hors du temps. Laurie Gonard est un colibri. Ou peut-être une fleur. D'ailleurs, elle est née dans les serres. Ses parents, horticulteurs à La Tour-de-Peilz lui ont appris le nom de chaque fleur et plante et, naturellement, elle a fait un apprentissage de fleuriste. De ce temps-là, Laurie a gardé le goût des mélanges de couleurs, des accords de teintes et un sens inné de la beauté.

Une vie de famille

Laurie s'est mariée jeune. A 20 ans. Son mari Flavien Gonard est le petit-fils de Rodolphe Théophile Bosshard, un artiste peintre majeur, ami de Chagall, Cingria, Budry, Derain parmi d'autres. Très habile de ses mains, créatif et proche de la nature, Flavien Gonard veille aux destinées de la famille. Elle compte 3 enfants, aujourd'hui adultes. Tous ont des dons artistiques en plus de leurs métiers respectifs. Chez eux tout se fabrique. De la roulotte de jardin aux instruments de musique, jusqu'au poulailler géré par domotique en passant par les outils, le home made est roi. Laurie, elle, consacre son temps libre hors jardinage et train de maison à écrire des poèmes. Elle publiera trois volumes. Mais l'écriture ne lui suffit plus. Elle a besoin de couleurs, de lumières. Alors, elle s'essaie à la peinture. Mais n'est pas Bosshard qui veut et ses premiers essais ne la satisfont pas. Lui vient alors l'idée de recouvrir ses esquisses par des collages. Laurie a trouvé sa voie.

La vie d'artiste

Les enfants partis, pas trop loin puisqu'ils habitent sur le même domaine, Laurie a plus de temps pour elle. Sa première passion pour les fleurs refait surface. Elle en découpe dans tous leurs détails et dans toutes les tailles, au millimètre près. Elle court les brocantes et les décharges pour trouver des albums d'art, des catalogues raisonnés, des livres sur les peintres, l'architecture, la sculpture et elle découpe, découpe, découpe, des centaines, des milliers de motifs qui parlent à sa sensibilité. Un vrai travail de bénédictin qu'elle entasse dans tous les étages de sa maison qui bientôt ressemble à un atelier sur tous les niveaux. Et c'est de là que part son inspiration. Une grande feuille blanche posée sur une table où prend place une figure, une plante, une fenêtre. Et l'œuvre se construit. «Je ne suis pas un peintre ou un thème, peu importe de qui est l'œuvre ou la photo découpée, j'assemble selon ce que je ressens, en recherchant une harmonie soit par les teintes, soit par le style de disposition. Il me faut longtemps pour être satisfaite, je ne cesse d'ajouter, de retirer, de changer les images, jusqu'à ce que mon esprit trouve satisfaction, jusqu'à ce que, pour moi, l'équilibre ainsi réalisé me donne joie et force», raconte l'artiste dont les ajustages sont parfois vertigineux. Humains, animaux, plantes, objets se rejoignent alors dans des œuvres qui interpellent et échappent à tous les genres.

Laurie promène un doigt sur la vitre d'un de ses collages et s'enthousiasme: «Ah oui, pour celui-là, je suis partie de cette belle femme ici en haut. Je l'aime bien. C'est drôle ajoute-t-elle, pourquoi est-ce que je m'en souviens? Après, j'ai eu beaucoup de mal à rassembler les bonnes teintes autour d'elle, j'ai mis très longtemps». Mais 9 ans de vie au ralenti pour cause de maladie ont permis à l'artiste de cumuler énormément de découpages. Elle a réalisé des centaines d'œuvres de tailles différentes, qu'elle entasse dans sa maison. A la question vous n'avez jamais exposé? Elle répond: «Je n'en ai pas la force mais, ajoute-t-elle, un marchand d'art, Pierre Yves Gabus, venu chez nous pour autre chose a vu mes œuvres, il s'est enthousiasmé et il va en exposer une centaine dans sa Galerie Arts Anciens à Montalchez près de Neuchâtel dès le 24 novembre. Ce sera ma première exposition. Je me réjouis de voir comment réagira le public face à mon travail».

Date:16.11.2017
Parution: 877

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