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Fenêtres de l'Avent dans les villages: Ouvrir sa porte à l'autre

Tradition Antidote à la frénésie qui précède Noël, les fenêtres des villages, qui depuis quelques années se parent de mille feux sur le principe du calendrier de l'Avent, permettent de s'arrêter un instant et de s'ouvrir à l'autre. Le concept est simple: faire une belle décoration d'une fenêtre sur le thème de Noël avec bougies, vitraux, dessins ou tout autre décor, puis inviter voisins et autres habitants de la commune à partager un moment de convivialité, en toute simplicité, devant cette fenêtre durant une heure en début de soirée. De nombreux quartiers s'éclairent sous l'impulsion des habitants, des associations, voire parfois de l'office du tourisme. Lumière sur une tradition qui réchauffe les cœurs et les esprits.

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Sandra Giampetruzzi

Début décembre, les journées raccourcissent et les premiers frimas de l'hiver se font sentir. A quelques semaines de Noël, la période de l'Avent fait son entrée en scène. Elle dure quatre semaines pour faire patienter petits et grands jusqu'au 24 décembre. À l'origine, c'était une période où l'on jeûnait. Puis est apparu le fameux calendrier de l'Avent. Cette tradition est née en Allemagne au XIXe siècle. Chaque matin, on distribuait aux enfants des images pieuses, comportant une phrase de l'Évangile ou une incitation à faire une bonne action, ceci afin de canaliser leur impatience jusqu'à Noël. Au XXe siècle, un éditeur allemand a été le premier à commercialiser un véritable calendrier, d'abord composé de simples dessins colorés sur un support en carton, puis quelques années plus tard un calendrier avec des petites portes ou des fenêtres à ouvrir est arrivé. Le calendrier de l'Avent était né et bientôt les images ont été remplacées par des chocolats et autres friandises.

Ouvrir sa porte

Aujourd'hui, les calendriers de l'Avent deviennent de plus en plus créatifs et prennent des formes bien différentes, parfois assez éloignées du calendrier traditionnel, comme des boîtes empilées pour chaque jour et dans lesquelles se cache une petite surprise. On utilise aussi des chaussettes qu'on remplit de petites attentions. En Allemagne toujours, ce sont des maisons entières qui sont transformées en calendrier de l'Avent. Les fenêtres des bâtiments jouent le rôle des cases du calendrier et on découvre peu à peu des scènes colorées. C'est certainement de là qu'est né le concept des fenêtres de l'Avent. Mais cette tradition a-t-elle une connotation religieuse? «Oui et non, répond le pasteur de la paroisse de Vevey, Christian Pittet. Il s'agit sans aucun doute d'une variation du calendrier de l'Avent. La période de l'Avent est un rappel de l'attente du Messie dans l'Ancien Testament et du retour du Christ dans le Nouveau Testament. Mais la relation s'arrête là. Par contre, la notion de lien social s'est développée à la suite de ces fenêtres de l'Avent et je suis convaincu que cela ne peut faire que du bien. Ouvrir sa porte, se rapprocher des autres, sortir de chez soi et vivre avec ceux qui nous entourent, c'est positif. Je remarque que les fenêtres de l'Avent s'organisent souvent là où s'organise aussi la Fête des voisins. C'est la même idée, celle de se rapprocher des autres».

30 à 50 personnes par soir

Aux quatre coins du canton, l'envie de partager un moment convivial en toute simplicité fait des émules. Et les initiatives pour organiser ce genre d'animations prennent de l'ampleur, même si les gens sont de plus en plus occupés et que certaines fois il est difficile d'obtenir 24 fenêtres illuminées. Quelques variantes existent ici ou là, mais partout l'idée de base est respectée. Le principe est simple. «Il s'agit de faire une belle décoration d'une fenêtre sur le thème de Noël avec bougies, vitraux, dessins ou tout autre décor et d'inviter les autres habitants de la commune à partager un moment de convivialité, en toute simplicité, devant cette fenêtre durant une heure en début de soirée, explique Franziska Steingruber, qui organise pour la deuxième fois les fenêtres de l'Avent à Noville. En 2016, nous avons eu à chaque fenêtre entre 30 et 50 personnes qui se sont déplacées.»

Sortir malgré le froid

Chaque famille qui désire participer choisit une date et réalise un décor dans l'une des fenêtres de sa maison. Les volets des fenêtres concernées seront fermés, ou s'il n'y a pas de volets, la décoration sera éteinte jusqu'à la veille de leur date respective. Si la famille en question a choisi le 1er décembre, elle ouvrira donc ses volets ce jour-là et les jours suivants jusqu'au 24 décembre. Le premier soir, la famille proposera une boisson chaude ou une soupe à l'extérieur de sa maison dans un esprit de convivialité. «Lorsqu'il fait nuit, qu'il neige et qu'il fait moins 10 degrés dehors, on a tendance à se calfeutrer chez soi et ne plus voir personne. Tandis que là on met ses bottes, on sort pour une heure ou deux, on rencontre des gens, on discute et une fois qu'on est de retour chez soi, on est heureux d'avoir passé un bon moment. L'idée est de prendre du temps», souligne Mary-Claude Grobéty, responsable de l'organisation des Fenêtres de l'Avent aux Diablerets, où d'ailleurs certains habitants installent même leur décoration dans le jardin (voir notre photo de page 1).

24 occasions de se rencontrer

A Vevey aussi, cette tradition prend à chaque fois un peu plus d'ampleur. A Plan-Dessus, proche de la Place Robin, l'animation existe depuis 2012. Privés et commerçants ouvrent leurs portes à l'intérieur comme à l'extérieur. «C'est un quartier qui bouge beaucoup et notre devise c'est 24 occasions de se rencontrer. L'idée est de faire connaissance et de s'arrêter un peu», précise Jean-Marc Roduit, président de l'association APERO qui l'organise. Autre partie de la ville, au boulevard St-Martin, il y aura aussi des fenêtres illuminées à tour de rôle durant le mois de décembre. «C'est parti sous l'impulsion de plusieurs habitants du quartier et ils sont venus nous demander si le soir du 24 décembre l'Eglise pouvait illuminer une fenêtre, ce que nous allons faire», annonce le pasteur, Christian Pittet. À Leysin aussi, la pratique se fait depuis de nombreuses années, mais pour la première fois elle se déroulera sous la houlette de l'Office du Tourisme.

Par contre à Bex, l'événement s'essouffle un peu. «Il y a quelques années, nous avions une fenêtre pour chaque jour, mais cette fois, il n'y aura que deux fenêtres qui illumineront les soirées d'hiver. Nous avons eu ces dernières années beaucoup de nouveaux habitants et il faut un peu de temps pour connaître les traditions et y prendre part», reconnaît Paulette Kohli qui organise en partie l'événement. La deuxième raison est que les gens sont de plus en plus sollicités et l'emploi du temps de chacun se resserre. À Belmont, cela fait dix ans que des lumières scintillent dans les nuits hivernales. «Mais cette année, nous n'arriverons pas à avoir une nouvelle fenêtre chaque soir, regrette Chantal Dupertuis, présidente de la Société de développement de Belmont. Il y a avec les années moins de privés et plus d'associations ou de commerçants et les soirs de weekends sont plus difficiles à animer». Mais la présidente reste confiante. «C'est une animation qui a tout son sens dans une société où c'est métro, boulot, dodo. C'est important de pouvoir partager ces moments». Pour le pasteur de Vevey, le message en cette fin d'année est paix, solidarité et lumière. «L'esprit de Noël existe toujours, mais il commence trop tôt dans l'année à mon goût. On arrive essoufflé à Noël. Pour moi, ces fenêtres illuminées symbolisent le fait d'être une lumière chez soi, dans son quartier, et mises bout à bout, elles deviennent lumière du monde».

Date:07.12.2017
Parution: 880