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Yannick Buttet : le retour impossible ?

Collombey-Muraz Dans la population, les langues se délient aussi, évoquant des «dragouillages» ou des «comportements un peu trop chaleureux lors de soirées arrosées» de la part de leur président de commune. Mais les témoins tempèrent unanimement, n'ayant pas constaté de débordements. D'après eux, il s'agirait davantage de «lourdeur due à l'alcool». Après l'annonce de son retrait «jusqu'à nouvel avis» de ses mandats politiques, y compris de la présidence de sa commune, afin de «suivre un traitement pour maîtriser sa consommation d'alcool», ses adversaires politiques estiment qu'un retour pourrait s'avérer compliqué. Notamment en regard de la dimension judiciaire de l'affaire et de l'image «décevante» donnée par le politicien, du point de vue humain.

L'absence de Yannick Buttet «est un sacré trou dans la fonction de président de commune, avertit un élu, or on ne sait pas combien de temps peut durer une cure».

Texte et photo: Valérie Passello

«J'adore prendre des coups», lançait Yannick Buttet il y a peu dans les colonnes du Régional. Le voilà servi. Mais ce coup-là semble sonner le glas de sa carrière politique. La question qui taraude tout le monde actuellement, autant au niveau national que communal, est: «Pourra-t-il revenir après une telle tourmente?»

Moins d'une semaine après les révélations du journal Le Temps sur la plainte pour harcèlement déposée à l'encontre de Yannick Buttet par son ex-maîtresse et l'émergence de différents témoignages de femmes faisant état de «gestes déplacés» sous la coupole fédérale, les Collombeyrouds, manifestement encore sous le choc, ont leur analyse de la situation, plus ou moins intransigeante.

Mais tous font preuve d'empathie, à l'instar d'Emmanuel Gollut, chef de groupe PDC au Conseil général, qui s'exprime à titre personnel: «C'est certes un sacré coup dur pour notre parti, mais je pense surtout à la dimension humaine. Ça ne doit pas être facile, ni pour lui, ni pour sa famille, ni pour les gens qui ont subi ses actes incontrôlés». Véronique Chervaz, conseillère générale socialiste, reconnaît: «Il est clair que s'il n'y avait pas eu l'affaire Weinstein, Yannick Buttet n'aurait pas été exposé de la sorte. Mais s'ils sont avérés, ses agissements ne sont de toute façon pas corrects».

L'alcool oui, mais pas seulement

Le conseiller national et président de commune a annoncé le 4 décembre qu'il suspendait «temporairement» ses mandats politiques, afin de régler ses problèmes liés à l'alcool. Une décision qui laisse de nombreux observateurs sceptiques. Si la kryptonite rend Superman vulnérable, la boisson est-elle réellement la kryptonite du super-politicien qu'est Yannick Buttet? Dans un éditorial, la journaliste du Nouvelliste Stéphanie Germanier, tranche: «Il va se faire soigner pour sa consommation abusive d'alcool alors que son problème, ce sont ses mains». Il est vrai que l'image projetée par l'homme n'est pas celle d'un alcoolique. Le conseiller général collombeyroud Cédric Zürcher, chef de groupe PLR, affirme par exemple: «Personnellement, je ne l'ai jamais vu ivre, c'est un fait». De même qu'Emmanuel Gollut: «Je l'ai toujours vu maître de lui-même. Mais je pense qu'il a pris la décision qui s'imposait. S'il se soigne et ne récidive pas, il aura peut-être droit à une deuxième chance». À Collombey-Muraz, un habitant remarque: «Il nous arrive à tous de boire des verres, mais on sait se contrôler, on ne va pas commencer à peloter les filles! Par contre pour moi, Yannick Buttet n'est pas un harceleur». Une citoyenne ajoute: «En soirée, il y a eu des «dragouillages», mais rien qui s'apparente à ce que l'on a entendu de Berne. Des mecs bourrés, on en croise tout le temps, lui comme d'autres. Il lui est arrivé d'être un peu trop chaleureux ou dragueur dans des fêtes, mais il ne faut pas pousser, on n'a jamais pensé qu'il allait nous violer!». Une autre estime tout de même: «Le comportement de Yannick Buttet sous l'emprise de l'alcool est connu depuis longtemps. Mais être lourd est une chose. On parle ici de comportements plus graves».

Cheffe de groupe au Conseil général pour les Verts, Nathalie Cretton s'exprime elle aussi en son nom, sans que son parti ne se soit encore concerté sur la position à adopter: «Cette affaire me perturbe énormément. Je n'ai jamais été témoin d'un geste déplacé de sa part, mais on ne peut pas rester insensible à ce qu'on lit. Même si je ne partage pas toutes les opinions de l'homme politique, c'est une personne que je respecte. Je serais extrêmement déçue en tant que femme si les faits qui lui sont reprochés sont avérés».

Une absence problématique

Olivier Turin, vice-président socialiste, reprendra ad intérim les commandes de la commune. «Yannick Buttet m'a prévenu de sa décision de prendre une pause pendant deux mois. Cela me demandera une implication plus importante, mais il m'a confié une affaire qui roule. Le budget 2018 est ficelé, il est excellent et présente une marge d'autofinancement de 5 mios, donc l'objet ne devrait pas susciter trop de débats», rassure-t-il.

Cédric Zürcher, lui, ne cache pas son inquiétude: «Sur le papier, Yannick Buttet occupe un 60% au service de la commune, mais on sait que le mandat représente davantage. Son absence est un sacré trou dans la fonction. Or, on ne sait pas combien de temps peut durer une cure. Si c'est deux mois, ça peut aller, mais si le laps de temps est plus long, cela pourra s'avérer problématique». Une motion devrait être déposée par le PLR lors du Conseil général du 18 décembre, afin de demander des clarifications à ce sujet.

Que ce soit au PDC, parti de Yannick Buttet, au PLR, au parti socialiste, chez les verts, ou même au sein de la population (réd: l'UDC de Collombey-Muraz n'a pas répondu à nos sollicitations), tous évoquent «un immense gâchis», en regard des qualités démontrées par le président dans sa fonction. «Il me semble invraisemblable qu'il revienne au National, mais cette histoire n'enlèvera rien à ses capacités hors normes au niveau communal. Ce serait dommage de jeter le bébé avec l'eau du bain», estime Emmanuel Gollut. Nathalie Cretton se montre prudente: «Je n'ai rien à lui reprocher dans son travail. Mais du point de vue humain, il doit se mettre en face de ses responsabilités. Après, sera-t-il assez crédible pour revenir à la tête de la commune? Ce sera à lui de voir». Cédric Zürcher aussi évoque un président «brillant». Il tempère toutefois: «La présomption d'innocence prévaut, mais si la plainte en cours débouche sur une condamnation, ça ne collera plus avec sa fonction». Le PS réserve également son jugement en fonction des suites judiciaires de l'affaire, mais Véronique Chervaz ne mâche pas ses mots: «Il est vraiment au creux du creux de la vague. Pour revenir, il lui faudrait beaucoup de courage et une très haute estime de lui-même».

Date:07.12.2017
Parution: 880

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