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Les desserts dans la peau

Servion Quand Pauline Clouet débute la préparation d'une recette, on saisit immédiatement toute la passion qui l'anime. Les gestes sont sûrs et précis et la cuisine est manifestement son terrain de jeu. En 2017, elle s'est lancé le défi de se présenter au concours français de pâtisserie réservé aux femmes « La Cuillère d'or ». Sélectionnée parmi plusieurs centaines de candidats, elle participera à la finale à Paris les 7 et 8 mars. Portrait.

Pauline Clouet s'entraine pratiquement toutes les semaines avec son coach ou à la maison.DR

Texte et photo : Aline Ecuyer

Odeurs de vanille, feu dans le poêle, un chien qui court dans la neige. Qu'il fait bon se réfugier dans la chaleur de cet intérieur cosy. « Si vous voulez, vous pouvez m'aider à préparer la masse orange amère... », propose Pauline avec son sourire timide de jeune fille.

La pâtissière amateure de Servion, qui vient de fêter ses onze ans, se raconte volontiers entre casseroles et bols doseurs. À cinq ans, elle découvre la cuisine avec sa maman, comme tous les enfants. Seulement, elle ne s'arrêtera plus. À chaque occasion, elle met la main à la pâte pour ravir les convives : « Pour moi, cuisiner, c'est faire plaisir en se faisant plaisir à soi », glisse l'apprentie cuisinière entre deux coups de fouet.

100 plaques de chocolat

Elle commence à suivre des cours, mais l'essentiel, elle l'apprend dans les livres, les émissions culinaires et dans la cuisine de ses parents. Ceux-ci la sensibilisent rapidement aux questions financières comme le coût que cela représente de produire un gâteau. En novembre 2016, elle réalise sa première commande : des chouquettes en chocolat. À Pâques, une vente de lapins en chocolat maison lui permet de s'offrir des cours et du matériel de cuisine. Généreuse, la jeune fille aime mettre son talent au service de la communauté : « J'ai fabriqué 100 plaques de chocolat et je les ai vendues pour pouvoir reverser les fonds à l'association Zoé4life ».

Au fil des ans, elle met à profit chaque occasion pour rencontrer des grands noms de la gastronomie et visite les plus grands restaurants, tels que l'Eleven Madison Park à New York. Elle en profite pour demander conseils et astuces : « Je ne sais pas si c'est parce qu'elle a 11 ans, mais ils se sont tous montrés tellement gentils et disponibles, raconte sa maman. Je pense que quand des chefs arrivent à un tel niveau d'excellence, ils ont cette envie de partager leur passion.»

Rencontre improbable

Mais sa grande aventure trouve ses origines dans une rencontre improbable à Paris. La jeune passionnée se rend au Ritz, le restaurant de Cyril Lignac. Elle y croise Philippe Rigollot, le consultant gastronomique. Touché par sa curiosité, il l'invite dans sa pâtisserie d'Annecy. Pour le remercier, elle déniche des popcorns au chocolat élaborés par Patrick Bovon, l'un des pâtissiers du Duo Créatif à La Tour-de-Peilz, qui a également coaché l'équipe suisse ayant remporté la 3e place de la Coupe du Monde de la Pâtisserie en 2017.

Ainsi quand elle décide de se lancer pour le concours français de pâtisserie réservé aux femmes, « La Cuillère d'or », c'est naturellement qu'elle le contacte ce même Patrick Bovon pour glaner quelques bons conseils. Emballé, le pâtissier lance: « OK, on y va, mais on le fait pour gagner ». Commence alors un long travail de recherche sur le thème du chocolat et des agrumes. « Notre collaboration est très fusionnelle, on n'a pas besoin de parler des heures, on voit tout de suite ce qui est beau et bon ou ce qui ne nous plaît pas. » Les efforts finissent par payer et leur apportent une première victoire : Pauline Clouet est sélectionnée parmi les centaines de dossiers reçus par la « Cuillère d'or ». Elle défendra son gâteau lors de la finale « 11-15 ans » à Paris les 7 et 8 mars prochain pour la 4e édition.

«Tu le fais mieux que moi»

Depuis, la jeune passionnée s'entraine pratiquement toutes les semaines avec son coach ou à la maison. Pour réaliser sa création en 2 heures, elle doit apprendre à gérer le temps de préparation et de cuisson. « Est-ce que tu pourrais couper le sachet de la douille ? Tu le fais mieux que moi », demande doucement la petite pâtissière qui vient d'exécuter une masse orange amère en un tour de main, rappelant soudain que malgré des gestes précis et appliqués, c'est encore une très jeune fille. « Pauline reste une enfant, souligne Patrick Bovon. La pâtisserie, c'est une passion pour elle. Il faut que ça le reste. Aujourd'hui, elle a besoin de faire ce dont elle a envie quand elle en a envie. »

Pourquoi la pâtisserie ? « Pourquoi pas ? En fait, j'aime tout faire. Cette année, j'en ai beaucoup fait pour préparer le concours, mais ça aurait pu aussi bien être autre chose. » Et après ? « Pour le moment, l'école se passe bien et si ça continue, j'espère pouvoir faire l'année préparatoire pour l'École Hôtelière de Lausanne ou alors les Arts Culinaires à Lyon. Et un jour, peut-être, ouvrir ma propre pâtisserie. »

Une feuille d'or au centre et voilà une magnifique tarte à l'orange. Verdict des dégustateurs : wahou !

Date:11.01.2018
Parution: 883

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