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Il a fait le tour de la terre avec... des bigoudis

Bex Philippe Wüthrich vient de remettre son salon de coiffure ouvert en 1973. Une passion qu'il a su transmettre à son épouse Isabelle d'abord, mais aussi à une trentaine d'apprentis. Portrait.

Isabelle et Philippe Wüthrich quelques jours avant la remise de leur salon: «Ma femme m'a toujours secondé et épaulé», affirme le coiffeur.

Texte et photo: Valérie Passello

«Coiffure 2000». En 1973, le nom était avant-gardiste. «Maintenant, c'est rétro!», sourit Philippe Wüthrich. Rencontré juste avant Noël, le coiffeur de 68 ans s'apprête à ranger peignes et ciseaux au 31 décembre. Satisfait tout de même d'avoir trouvé quelqu'un qui reprendra l'affaire et conservera le nom du salon de coiffure qu'il a fondé 45 ans plus tôt.

Titulaire d'une maîtrise fédérale, Philippe Wüthrich est un vrai passionné: «Pendant toutes ces années, j'ai toujours été content de me lever le matin pour aller travailler. Je voulais pratiquer ce métier depuis tout petit déjà». Stimulé par la technique et la créativité indispensables dans le domaine, il n'a cessé de vouloir s'améliorer. «Un peu comme dans un sport, je voulais me mesurer aux autres, me battre, être au top niveau», raconte-t-il. Une opiniâtreté qui lui a valu, lors d'un concours en 1974, le premier prix «coupe-brushing-coiffure».

Arrondir les angles

Le coiffeur bellerin ajoute avoir pu, en tout temps, compter sur son épouse Isabelle: «Vendeuse de formation, elle a appris le métier sur le tas. Je l'avais envoyée chez mon frère, qui avait lui aussi son salon à Genève, pour dégrossir la tâche, puis je lui ai enseigné le reste. Elle m'a toujours secondé et épaulé pendant les périodes plus chargées». Mais y a-t-il eu des conflits parfois? Philippe Wüthrich rétorque d'un air malicieux: «Il faut savoir arrondir les angles, c'est pour ça que j'ai choisi des miroirs arrondis (rires)! Mais on ne s'est jamais engueulés devant les clients».

Justement, une cliente pousse la porte du salon: «Mais qu'est-ce que c'est que ces lâcheurs? Vous ne pouvez pas nous faire ça!», s'exclame-t-elle. Philippe Wüthrich reste philosophe: «Il faudra simplement que les gens fassent confiance aux suivants, comme ils l'ont fait avec moi à mes débuts». Il reconnaît tout de même que le contact humain risque de lui manquer. «C'est un métier social, on écoute beaucoup et on apprend des tas de choses sur le passé ou la vie des gens. Des fois, c'est dur de les garder pour soi. Mais je crois que la discrétion a été l'une de mes forces».

Une coupe au sommet

C'est qu'il en aura vu défiler des têtes. Certains clients lui sont restés fidèles pendant 45 ans. Beaucoup résident désormais à l'EMS de Bex et Philippe Wüthrich continuera à aller y faire des coupes, des mises en plis et des permanentes tous les mercredis. «Il m'est impossible d'estimer combien de personnes j'ai pu coiffer. Mais si l'on aligne tous les bigoudis que j'ai roulés dans ma carrière, on peut sûrement faire au moins une fois le tour de la terre.»

Parmi ses souvenirs les plus épiques, il se remémore une escapade en montagne avec des amis: «Nous étions montés jusqu'à la cabane de Plan-Névé. Là-haut, la gardienne m'a demandé de lui faire une coupe, alors j'ai pris des ciseaux et c'était parti.»

Savoir-faire partagé

Expert aux examens, impliqué dans l'association de coiffure d'Aigle et environs, qu'il a présidée, mais aussi instigateur de la fusion avec les sections de Montreux et Vevey, puis membre du comité comme caissier jusqu'à la création de l'unique section vaudoise en 2015, Philippe Wüthrich a consacré beaucoup de temps et d'énergie à sa profession.

Il a également transmis son savoir-faire à une trentaine d'apprentis tout au long de sa carrière. L'une de ses plus grandes fiertés? «Ma première apprentie était malentendante. Même l'AI lui déconseillait de faire ce métier, car il ne lui était, par exemple, pas possible de répondre au téléphone. Pourtant, elle est parvenue non seulement à achever sa formation, mais en plus à obtenir sa maîtrise fédérale et à ouvrir son salon à Monthey». Au moment de remettre les clés de «Coiffure 2000», Philippe Wüthrich tient tout simplement à remercier sa clientèle. Il compte bien profiter de sa retraite, sans horaires à tenir.

Date:11.01.2018
Parution: 883

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