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« Le futur, c'est déjà le présent »

Aigle Le château accueillera en mars le premier festival de bande dessinée du Chablais. En vedette, José Roosevelt, auteur choc à l'univers surréaliste, qui brosse un monde où les nations n'existent plus et où les politiques sont les marionnettes de la technologie. Rencontre.

«Je ne porte jamais de jugement, mais je transpose mes sentiments», assure José Roosevelt.

Entretien et photo: Amit Juillard

Il est l'une des têtes d'affiche du premier festival de bande dessinée d'Aigle, qui aura lieu les 17 et 18 mars (lire encadré). José Roosevelt est un surréaliste, orginaire de la futuriste Brasilia. Si c'est à l'intérieur de l'œuvre de Niemeyer qu'il a grandi, ce sont les Salvador Dali, Jérôme Bosch ou autres Lewis Carroll qui l'habitent. Arrivé à Yverdon pour présenter ses tableaux en 1988, il rencontre l'amour et s'installe dans le canton de Fribourg. Depuis, il s'est fait un nom dans le Neuvième art alternatif grâce notamment à sa série onirique «CE», qui comptera 13 volumes. Rencontre avec ce Lausannois d'adoption, écologiste convaincu, qui raconte son art et sa vision dystopique de notre monde, qui transparaît de ses récits de science-fiction.

Vous ne cessez dans votre œuvre de flouter la frontière entre rêve et réalité, présent et futur. Un moyen de radiographier les sociétés modernes, de les critiquer, de les réimaginer?

> Oui. Je ne porte jamais de jugement, mais je transpose mes sentiments. Par exemple, dans le sixième tome, je raconte le passé militaire d'un de mes personnages. Il vient d'une société très avancée technologiquement où des fœtus se développent dans des cages de verre, où les nations n'existent plus, où ce sont les conglomérats qui se font la guerre. Après un voyage vers une autre société, il est sauvé par des pacifistes qui vivent de la terre. Parfois, ce qui paraît futuriste est déjà notre présent.

Notre présent ressemble-t-il vraiment à cela?

> Oui, en partie en tout cas. Il existe aujourd'hui ces deux mouvements contraires dans nos sociétés. La sur-technologie au service d'une quête de pouvoir côtoie l'écologie et la décroissance. Aujourd'hui, le monde est aussi divisé en conglomérats, entre Google, Apple, Facebook et Amazon. La politique a moins d'influence, c'est l'économie qui dirige. Un président doit faire tant de compromis qu'il est dénué de toute capacité de décision. La preuve de ce que j'avance? Les journaux à potins. Avant, ils s'occupaient des têtes couronnées aux règnes symboliques. Aujourd'hui, ce sont les élus qui font la Une.

Après la fin des nations ou la dictature de la technologie, quel sera le thème prédominant de l'avant dernier numéro de votre série?

> L'écologie. C'est le seul véritable problème qui existe aujourd'hui. Nous sommes en train de vider notre habitat de sa capacité à nous loger. Le surréalisme m'aide à appréhender le monde qui nous entoure. Il touche à notre inconscient et jette le discrédit sur la réalité. Et permet de la questionner.

Qu'est-ce que la bande dessinée aujourd'hui?

> La bande dessinée est aussi riche que la littérature. Elle est méconnue et les préjugés sont tenaces. La plupart des gens la réduisent à Tintin, à l'univers des enfants et aux blagues. Mon travail s'adresse aux adultes. Dans ma série «CE», j'abolis les barrières entre peinture, littérature et illustration. Je traite de sujets complexes comme l'identité, la réalité ou l'amour.

Date:11.01.2018
Parution: 883

Un proche de Charlie Hebdo dans les écoles

En dehors des expositions et des traditionnelles séances de dédicaces, la troupe aiglonne du Théâtre Waouw jouera l'œuvre de Turf durant toute la durée de la manifestation. Le samedi soir, une conférence-débat en présence du dessinateur de presse iranien Kianoush, exilé en France pour des raisons politiques et proche de Charlie Hebdo, qui viendra notamment sensibiliser les écoliers en classe le vendredi et prendra part à un débat public le samedi. Le comité, qui insiste sur la qualité de l'accueil qu'il souhaite offrir, dispose d'un budget de 30'000 frs, financé à hauteur d'un tiers par la commune. Un festival à taille humaine: «Si nous comptons entre 1'500 et 2'000 visiteurs à la fin du week-end, c'est champagne!», sourit Cyril Zoller.

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