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« L'époque du tout-à-la-voiture est révolue »

Vevey Voilà vingt ans que la commune s'est dotée d'un Agenda 21, la première en Suisse romande. Essor de la mobilité douce, circuits commerciaux courts, potagers urbains, soutien aux produits locaux, économie d'énergie et chauffage à distance font partie des avancées. Point noir: les problèmes de circulation dans la ville, auxquels la très attendue étude de stationnement devrait répondre. En passe d'être rendu public, ce document valide les emplacements des parkings d'échanges. Etat des lieux avec Michel Bloch, Monsieur développement durable de la ville, alors même que l'initiative pour un parking sous la place du Marché a abouti.

«Le réchauffement peut encore être contenu en-dessous de 2°C, estime Michel Bloch, responsable de l'Agenda 21 de Vevey. Certains sont résignés, pas moi.»

Entretien et photo: Amit Juillard

Il y a 20 ans, personne ne savait ce qu'était le développement durable. Aujourd'hui c'est l'inverse. Quelques tempêtes, crues et autres glissements de terrain sont passés par là. A Vevey, cette prise de conscience est en partie l'œuvre de Michel Bloch, à la tête de l'Agenda 21 de la ville depuis octobre 1997. Dans la première commune de Suisse romande à avoir adhéré au programme, le chemin parcouru est exemplaire de cette évolution: vélos en libre-service, potagers urbains, soutien aux produits locaux ou encore chauffage à distance. Un pan de sa politique durable continue néanmoins de cristalliser les tensions dans la population: la mobilité. Bilan et perspectives en compagnie de Michel Bloch, un délégué pas près de baisser les bras.

Vingt ans d'Agenda 21, vingt ans de chasse aux automobilistes à Vevey?

> En préambule, l'automobile et la mobilité ne représentent qu'une petite partie d'un Agenda 21. Le but n'est pas de chasser les voitures du centre-ville. Il faut rendre l'accès à la ville équitable. Il est inapproprié que des places de parc au centre-ville soient utilisées par des pendulaires toute la journée, pénalisant ainsi le visiteur. Si le travailleur ne dispose pas d'alternatives efficaces en transport public, il stationne alors dans un parking dédié à cet usage. C'est ce principe que la Municipalité a mis en place avec l'abonnement au parking du Panorama. L'époque du tout-à-la-voiture est révolue.

L'initiative pour un parking enterré sous la place du Marché n'est-elle pas un désaveu de la politique de mobilité veveysanne?

> Non. L'étude de stationnement, qui analyse les besoins en places de parc à l'horizon 2030 et qui est actuellement sur la table de la Municipalité (lire encadré), montre que ça n'est pas le meilleur endroit. La situation de cette place, au bord du lac, ne permet d'en sortir qu'à l'est, à l'ouest et au nord, mais pas au sud. Les allées et venues de voitures que cela provoque ne font qu'engorger davantage le rond-point de la gare et les accès à la place du Marché. Mais c'est au jeu politique et citoyen de décider de son avenir.

Reste que les problèmes de circulation et de places de parc persistent...

> Des solutions vont être proposées. La même étude de stationnement montre qu'environ 1'000 places sont disponibles à Vevey, mais pas nécessairement au bon endroit et à la bonne heure pour l'usager. Il détermine également les emplacements adéquats pour la construction de parkings. Une convention a par ailleurs été passée avec le Centre St-Antoine: 70 places supplémentaires seront mises à disposition dans le courant de l'année. Les automobilistes pourront s'y garer également le dimanche et en soirée. Mais n'oublions pas que les places de parc génèrent de fait des flux automobiles importants.

Si les places de stationnement ne sont pas la meilleure solution au trafic routier, quelles sont les autres perspectives?

> Vevey a un réel besoin de stationnement pour ses pendulaires. Il y a par exemple quatre ans d'attente pour obtenir un abonnement au Panorama. Un parking d'échange avec un accès contrôlé est nécessaire. C'est un faux débat d'être pour ou contre la voiture. Nous ne pouvons pas financer et des grands parkings et couvrir le déficit des transports publics. Il est temps de parler de pertinence des formes de transports. Les Vaudois sont devenus multimodaux. Ils savent utiliser le bon moyen de locomotion au bon moment. A Vevey, il y a seulement 390 voitures pour 1'000 habitants. Les habitants ont compris qu'il existait d'autres possibilités de se déplacer. L'exemple de l'essor des vélos électriques est parlant. Il est primordial de proposer aux personnes venant à Vevey pour faire leurs courses des alternatives à la voiture. C'est pourquoi le service de livraison par des coursiers à vélo Dring Dring existe et des consignes gratuites – peut-être même réfrigérées – vers la gare sont à l'état de projet.

Au-delà de la mobilité, quel bilan tirez-vous de ces vingt années à la tête du développement durable à Vevey?

> Le chemin parcouru est immense. Au début, je travaillais à moins de 50%. Nous étions la première ville de Suisse romande à mettre en place un programme Agenda 21. J'avais dit à Yves Christen, le syndic de l'époque, que ma tâche n'était pas plus aisée que de nettoyer un immeuble avec une brosse à dents. En 1997, personne ne connaissait le terme développement durable. Le premier objectif était de montrer l'exemple. Aujourd'hui, tous les dicastères s'en imprègnent. La population et l'économie prennent des initiatives. Mais il reste des défis.

Justement, comment se présente l'avenir?

> Nous sommes à l'aube de plusieurs chantiers. Le plan directeur communal définissant les stratégies et les enjeux qui attendent la ville pour les 20 prochaines années est en cours d'élaboration. Pour la première fois, il sera infusé de principes de développement durable. Comme le réseau des transports publics ou la vie commerciale au centre-ville. Nous souhaitons par exemple lutter contre les vitrines froides, pas occupées par des commerces mais des bureaux ou des cabinets, qui donnent le sentiment d'une vieille ville morte. Courant 2018, le but sera d'exposer les nombreuses initiatives citoyennes, comme les jardins urbains, et de mettre les habitants en contact. Leur donner la possibilité d'échanger leur savoir-faire. Dans un deuxième temps, en 2019, nous ferons évoluer l'Agenda 21 vers l'Agenda 2030, construit autour de 17 objectifs par les Nations Unies (voir ci-contre).

A l'heure où des scientifiques se résignent à dire qu'il est trop tard pour le climat, gardez-vous encore la foi?

> C'est vrai, le changement climatique est en marche. Impossible de faire machine arrière. Mais le réchauffement peut encore être contenu en-dessous de 2°C. Certains sont résignés, pas moi. Il y a différents mouvements qui font fleurir l'espoir: les associations de quartier qui s'impliquent pour la qualité de vie, les végétariens... Voir des gens qui désirent devenir acteurs de la transition, c'est motivant. Ce sont des gouttes d'eau qui forment des bruines agréables. La société de consommation a beaucoup perdu de sa crédibilité. Aujourd'hui, le défi pour certains commerces est de viser l'économie de fonctionnalité; proposer un service au lieu de vendre un produit. Le système de partage de véhicules en est un exemple.

Date:25.01.2018
Parution: 885

Parking sous la Place du Marché: votation en vue

«La barre des 1'891 signatures nécessaires au dépôt de l'initiative populaire pour un parking souterrain sous la Place du Marché est déjà dépassée de quelques centaines», se félicite Philippe Oertlé, porte-parole du comité d'initiative, vice-président de la Société industrielle et commerciale (troisième depuis la gauche sur cette photo du comité). Lancée fin octobre 2017 par un groupe de 26 citoyens, elle vise à ouvrir un vrai débat sur l'avenir de la place, après trente ans de discussions et 2,130 millions déjà investis par la Ville en études et projets divers. Et vrai débat il y aura, puisque cette initiative intervient alors qu'une solution consensuelle, appuyée par la majorité du Conseil communal, semblait enfin avoir été trouvée: maintien de 200 places de stationnement en surface au lieu de 450 actuellement, compensées par la création d'un parking souterrain derrière la gare, et réaménagement de l'espace public en surface pour 10 millions via un mandat d'études parallèles (MEP). «Cette initiative populaire court-circuite le processus en cours, mais nous en prenons acte», commente le municipal Jérôme Christen, en précisant que les résultats du MEP seront connus d'ici à février: «On se trouvera donc avec d'un côté un projet concret de la Municipalité, de l'autre l'initiative avec toute la question de sa faisabilité et de son coût surtout.» Les initiants, eux, citent en exemple le projet de parking souterrain à Yverdon, dont le financement, la construction et l'exploitation passent par la conclusion d'un contrat de partenariat public-privé (voir Le Régional 875). Le parking des Remparts à La Tour-de-Peilz, celui du Marché à Montreux et de la Navigation à Lausanne sont d'autres exemples de tels financements. Les initants ont d'ailleurs déjà lancé la recherche de partenaires financiers.

La balle dans le camp de la Municipalité

La récolte des signatures se poursuivra jusqu'au 14 février, «afin de s'assurer une marge confortable (réd: au cas où certaines s'avéreraient non valides) et surtout de donner un signal clair aux autorités», souligne Philippe Oertlé. Mais l'aboutissement de l'initiative ne signifiera pas nécessairement votation populaire. La balle sera dans le camp de la Municipalité, qui devra faire un préavis. «Comme notre projet est plus avancé que l'initiative (réd: maintien de 200 places en surface), c'est ce dernier que nous mettrons en avant.», annonce Jérôme Christen. Soit le Conseil communal approuve l'exécutif, auquel cas ce sera alors à la population de voter sur l'initiative, soit le Conseil va dans le sens des initiants, et la Municipalité devra alors travailler à un projet de parking souterrain. Texte et photo: Priska Hess

Les projets de parkings d'échanges foisonnent

Pas de révolution. L'étude de stationnement, promise pour la fin de l'année 2017, sera rendue publique sou peu. Mais Jérôme Christen (Vevey Libre), municipal de l'urbanisme, le confirme: les plans de l'exécutif ne seront pas chamboulés. «Le projet de parking enterré à Entre-deux-Villes, qui avait poussé le Conseil communal à demander cette enquête, est toujours d'actualité, assure-t-il. Nous sommes par ailleurs en recherche de financement pour celui qui doit être construit au nord de la gare.» En l'occurrence, un financement public privé pour un avant-projet de 314 places. Pourrait s'y ajouter un parking d'échange de 600 à 800 places, assorti d'un parc artisanal, entre Gilamont et le Café du Stand. Un projet lancé par une motion PLR de 2015, à laquelle l'exécutif doit encore répondre, mais que Jérôme Christen estime «tout à fait faisable.»

A Corseaux aussi plane l'idée de créer un Park and Ride à la route de Lavaux, juste à l'entrée de Vevey, sur l'emplacement actuellement occupé par la station-service Eni. Rien de concret cependant pour l'instant, la parcelle privée en question faisant partie du périmètre du futur plan partiel d'affection (PPA) «Corseaux Parc», un dossier complexe discuté depuis de nombreuses années.

Le diagnostic de la situation, lui, ne change pas. Comme Vevey est suffisamment dotée en espaces de stationnement, estiment les autorités, «de nouvelles structures ne peuvent se justifier uniquement si nous supprimons des places de parc ailleurs, rappelle Jérôme Christen. Ce faisant, l'exécutif entend revaloriser certains espaces publics, comme la Place du Marché, par exemple.» Un plan qui risque toutefois d'être court circuité, l'initiative pour un parking souterrain ayant abouti (lire ci-contre).

Agenda 2030 à l’assaut des inégalités

La transition d’Agenda 21 à Agenda 2030 est un des défis auxquels la ville de Vevey doit faire face. Mais de quoi s’agit-il? Le premier nommé découle du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. 173 pays avait alors adopté un plan d’action pour le développement durable au 21e siècle ventilant des mesures dans des domaines aussi variés que la pollution, la gestion des déchets, la santé ou encore la pauvreté. En Suisse, ces recommandations se sont ensuite déclinées au niveau local. Vevey avait été la première commune romande à se joindre au mouvement.

Aujourd’hui, il cède sa place à Agenda 2030, un catalogue de 17 objectifs porté par les Nations unies. Le principe ne change pas: «A chaque niveau de décision – Confédération, cantons, communes – les recommandations doivent être adaptées au contexte local, explique Michel Bloch, délégué Agenda 21 pour Vevey. Le passage d’un plan à l’autre ne sera pas une révolution. De nouveaux éléments apparaissent néanmoins avec davantage d’acuité. L’égalité des sexes et salariale en est un.»

Selon les chiffres de la Confédération, 233 communes helvétiques se sont dotées d’un Agenda 21 alors que 90% des municipalités ont entrepris une démarche de développement durable.

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