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Pourquoi François Légeret n'est-il toujours pas libre ?

Justice En août 2017, Le Régional révélait l'existence d'un nouveau témoignage remettant en question le scénario retenu pour condamner François Légeret dans l'affaire du triple homicide de Vevey. Cette témoin affirme avoir vu Ruth Légeret, l'une des victimes, en vie plusieurs heures après l'heure du crime. Pourtant, elle n'a pas été entendue par le procureur général Eric Cottier et aucune demande de révision n'est parvenue au Ministère public. Explications avec l'avocat lausannois spécialiste du dossier Eric Stauffacher.

C'est dans le parc du Panorama à Vevey que Madame Martin* affirme avoir croisé Ruth Légeret et son amie le 24 décembre 2005, toutes deux habillées d'un manteau de fourrure (mise en scène). 			   R. Palaiyah

Textes: Valérie Blom

«A Cottier de la plaque»; «Secouer le coq Cottier»; «Raisonnement tarabiscottier»: l'hebdomadaire satirique romand Vigousse n'est pas tendre à l'encontre du procureur général vaudois Eric Cottier. Dans ses articles, Laurent Flutsch, son rédacteur en chef adjoint, critique l'inaction du Ministère public dans le dossier Légeret. Car depuis la révélation en août dernier par Le Régional d'un nouveau témoin, Madame Martin*, qui invalide la thèse de l'accusation (lire encadré), le représentant de la justice vaudoise n'a pas auditionné cette femme, se bornant à transmettre son témoignage à François Légeret dans sa prison. «Pourtant, ce fait nouveau devrait conduire à une révision du jugement, estimait alors dans nos colonnes Jacques Secretan, journaliste spécialiste des erreurs judiciaires, voire à la libération de François Légeret, l'accusation ne disposant plus d'éléments suffisants pour prouver sa culpabilité.»

Code révisé: qui a raison?

«Selon la lecture que je fais de la jurisprudence du Tribunal fédéral, la procédure me paraît régie par le nouveau Code de procédure pénal (CPP) entré en vigueur le 1er janvier 2011», justifie au Régional le procureur général. Explication: dans sa nouvelle version, ce CPP stipule que seule une personne lésée par un jugement peut demander sa révision. En l'occurrence, seul François Légeret.

Une position que conteste maître Eric Stauffacher, l'avocat qui avait lui-même transmis le témoignage de Madame Martin au procureur. «Puisque le dernier jugement, voire même les deux jugements, de 2008 et 2010, ont été prononcés avant le changement du code pénal, l'ancien texte de loi devrait s'appliquer», soutient-il. Or, avant sa révision de 2011, cet ancien Code de procédure pénale vaudois prévoyait que le Ministère public était lui aussi habilité à demander la révision d'un jugement. Notamment en cas d'élément nouveau.

Du crédit pour Madame Albanesi?

D'autres juristes consultés estiment que le ministère public aurait au minimum dû faire le nécessaire pour entendre ce nouveau témoin afin d'établir la validité du témoignage, déterminer s'il constitue bien un élément nouveau et éventuellement engager une procédure en révision. Soumis à cette analyse, Eric Cottier n'a pas souhaité répondre aux questions du Régional. «Le Ministère public s'exprimera, le cas échéant, le moment venu, dans le cadre procédural», esquive le magistrat.

Pour Eric Stauffacher, le procureur est coincé dans une certaine logique. «En donnant un quelconque crédit à ce témoignage, il reconnaitrait que Madame Albanesi n'avait pas tout tort (réd: la boulangère qui elle aussi avait vu vivantes les victimes après l'heure des supposés meurtres, lire ci-dessous). Il ne veut pas ruiner le travail qui a été fait auparavant.»

Dès lors, la seule perspective de révision ne peut venir que du principal intéressé. «Tout le monde l'attend et se demande pourquoi François Légeret ne l'a pas encore faite, confie Eric Stauffacher. Il est possible que les multiples rejets, comme l'expérience du deuxième procès, l'aient refroidi. En outre, nous nous rapprochons du délai d'une éventuelle libération conditionnelle, dans trois ans (réd: emprisonné depuis 12 ans, François Légeret peut obtenir la conditionnelle après 15 ans), et il devient moins urgent de chercher à obtenir un nouveau procès», souligne l'avocat lausannois, à qui l'affaire tient à cœur. Reste que, selon nos informations, François Légeret réfléchit actuellement quant à la meilleure stratégie à adopter et serait à la recherche d'un avocat.

*Nom connu de la rédaction

Date:01.02.2018
Parution: 886

Deux témoins qui invalident l'heure du meurtre

Au terme de deux procès, François Légeret a été condamné à la prison à vie pour le meurtre de sa mère adoptive, Ruth Légeret, ainsi que l'assassinat de sa sœur, Marie-José Légeret, et de l'amie de sa maman, Marina Studer. Trois homicides commis, selon le scénario de l'accusation retenu par les juges, le 24 décembre 2005 aux environs de midi. Le 4 janvier 2006, au domicile de Ruth Légeret, son corps ainsi que celui de son amie sont retrouvés au pied des escaliers menant à la cave. Marie-José Légeret est portée disparue, supposée morte elle aussi. En 2008, un premier procès condamne François Légeret à la prison à vie pour ce triple homicide, malgré l'absence d'aveux et de preuves irréfutables, mais sur la base d'un faisceau d'indices. Un nouveau témoignage, celui de la boulangère Jacqueline Albanesi qui certifie avoir vu les victimes en vie le 24 décembre autour de 17h, donc après l'heure du crime, aboutit à un procès en révision. Mais ce témoignage est écarté lors de ce second procès, qui a lieu en 2010, et qui confirme le premier verdict. Nouvel élément crucial, en août 2017, une témoin affirme elle aussi avoir croisé Ruth Légeret en vie le 24 décembre en fin d'après-midi dans le Parc du Panorama à Vevey, soit plusieurs heures après leur supposé décès. Un témoignage qui vient corroborer celui de Jacqueline Albanesi. Pourtant, ce nouvel élément n'a pas fait réagir la justice.

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