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« La démocratie atteint ses limites »

corbeyrier Au départ, Robert Nicolier ne nourrissait aucune ambition politique. Il se retrouve pourtant malgré lui dans la course pour la syndicature. Si l'agent de police retraité en est arrivé là, c'est bien grâce à une rigueur professionnelle qui inspire la confiance et le temps qu'il accorde sans compter à la collectivité. Rencontre.

«La critique et les coups font partie du mandat», estime Robert Nicolier.

Entretien et photo : Oriane Binggeli

Pourquoi vous êtes-vous engagé en politique?

> En prenant ma retraite en 2011, je ne pensais pas me lancer en politique dans ma commune. Mais plusieurs citoyens m'ont demandé si je ne voulais pas me laisser porter au second tour des élections municipales. Finalement, je me suis dit que ce serait utile de m'investir et de donner mon temps libre pour la cause publique. Au terme de la première législature 2011-2016, j'ai voulu mettre un terme à ma carrière et me consacrer à d'autres activités, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, j'ai été élu. Comme quoi, le destin n'est pas forcément là où on l'attend. C'est une preuve incontestable de la confiance que les citoyens m'accordent.

Syndic est une position exposée, où l'on prend souvent des coups, vous aimez ça?

>La critique et les coups font partie du mandat. J'accepte volontiers les critiques objectives. J'apprends à relativiser lorsqu'elles sont négatives ou injustifiées. Cela me rend finalement plus combatif et persévérant. Ce que je n'accepte pas, c'est la mauvaise foi. J'aime qu'un débat soit loyal.

Que devez-vous sacrifier au plan privé pour assumer votre fonction?

>J'ai beaucoup moins de temps pour mes proches et mes autres activités. Je m'organise au mieux pour que mon épouse ne pâtisse pas trop de cette situation.

Un syndic doit souvent avoir le dernier mot. Quelles sont les limites de la démocratie selon vous?

>Je suis un ardent défenseur de la démocratie et j'aime la transparence. Mais la démocratie atteint parfois ses limites, bloquant des projets déjà bien élaborés. Par ailleurs, certaines votations cantonales ou fédérales deviennent très difficilement applicables, les lois étant trop exigeantes. Nous n'avons finalement pas souvent le dernier mot, malgré ce que beaucoup de citoyens peuvent penser. Au contraire, nous ne pouvons pas diriger sans être à l'écoute de la population. Bien sûr, nous devons trancher et les décisions prises ne peuvent pas plaire à tout le monde. C'est la part de responsabilité qui revient au pouvoir exécutif et il faut l'assumer.

Le pouvoir selon vous, une drogue dure? Une illusion?

>Sans hésiter, c'est une illusion. Dans une petite commune, vous êtes là pour servir. Vous n'avez que très peu de marge de manœuvre financière et décisionnelle. Vous pouvez avoir les meilleures idées pour faire avancer certains projets, mais vous serez très vite limité dans votre action.

Entre vos idéaux et la réalité de la fonction, avez-vous déchanté?

>Je ne peux pas dire que j'ai déchanté. Mais j'ai été surpris par un mécontentement d'une petite partie de la population qui exige toujours davantage de l'Etat et des communes. Par moments, je me dis que nous sommes trop gâtés dans notre pays, en regard avec ce qu'il se passe dans le monde.

Si vous n'étiez pas ou plus syndic, qu'aimeriez-vous être?

>Je suis quelqu'un de très actif. Je ferai plus de marche en montagne et je profiterai pour faire de la photographie animalière et botanique. Je ferai de la musique, du jardinage et je m'occuperai davantage de mes petits-enfants.

Date:08.02.2018
Parution: 887

Ses valeurs

Votre devise

«Eviter de faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous fasse.» Si nous avions cette devise à l’esprit et que nous la mettions en pratique, beaucoup de problèmes seraient résolus.


Une réussite (personnelle ou politique)

J’ai beaucoup de satisfactions dans le cadre de mon mandat de syndic. Je peux dire que je suis comblé au niveau familial avec mon épouse, mes trois fils et leur famille respective. Je suis profondément reconnaissant. 


• Un échec 

Je regrette de ne pas avoir fait d’études ou suivre au moins une école secondaire. Ma soif d’apprendre est arrivée «trop tard». Ce qui me manque le plus serait de savoir parler une deuxième langue. 


• Un lieu pour vous ressourcer

J’aime profondément la forêt et la montagne. J’y marche souvent seul pour méditer. 

Un battant sollicité

Robert Nicolier a eu un parcours professionnel riche et varié. Après un apprentissage dans le domaine forestier, il fut finalement rattrapé par des problèmes physiques contraignants. «Mon chiropraticien m'a vivement conseillé de changer de profession afin de préserver mon dos», dévoile-t-il. Il se tourne donc vers la police cantonale vaudoise, au sein de laquelle il exerce durant 37 ans. Il s'y sent comme un poisson dans l'eau, bien que la profession exige plusieurs déménagements. «A l'époque, il était indispensable d'habiter la commune où se trouvait le poste de travail», poursuit Robert Nicolier. Finalement, le Vaudois fait son retour dans sa commune natale au moment de reprendre la maison familiale en 1990. Ne pouvant assumer la rénovation de la maison et un second loyer en ville de Montreux, il décide de quitter la police et se fait engager au poste de sous-directeur de l'EMS régional. «La police est très vite revenue me chercher, confesse le syndic. Après négociations, j'ai finalement réintégré les forces de l'ordre au bureau d'Aigle, sans obligation de quitter Corbeyrier.» Hyperactif et passionné par son métier, il ne cessera jamais de suivre des formations continues tout au long de sa carrière.

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