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Migros gagne à Epalinges

Commerces L'extension des heures d'ouvertures de l'enseigne à 20 heures en semaine passe le cap. La gauche perd son combat contre ce récent changement d'horaires. Réaction.

Migros et l'ensemble des commerces d'Epalinges pourront continuer d'ouvrir jusqu'à 20h en semaine.

Texte et photo: Xavier Crépon

«Les gens ne veulent pas d'une extension des horaires des commerces. Le grand distributeur a profité d'une brèche dans notre règlement et s'y est engouffré.» Ce constat de la socialiste Brigitte Crottaz a donné lieu en novembre dernier au dépôt d'un postulat demandant à la Municipalité de modifier les horaires des magasins de la commune. En désaccord avec les fermetures tardives de Migros Epalinges, la gauche locale souhaitait limiter les ouvertures en semaine à 19h, tout en acceptant une ouverture prolongée d'une heure le vendredi (lire Le Régional 879).

Qualité de vie péjorée

A l'heure de la rentrée politique, le 13 février, le bras de fer attendu s'est joué entre la gauche et la droite. Le groupe PS voit plus d'inconvénients que de bénéfices dans cette modification d'horaires qui abaisse la qualité de vie des employés des commerces. «Cette heure supplémentaire porte atteinte à la vie sociale de ces personnes qui doivent faire des sacrifices. Ne faisons pas aux autres ce que nous ne voudrions pas que l'on nous fasse, défend Jean-Pierre Michaud. En ce qui concerne les consommateurs, il existe de multiples alternatives aux courses du soir. De nombreux supermarchés sont présents sur tout le parcours du M2 et la livraison à domicile est également possible de nos jours.» Le PS dépeint également une situation qui s'avère difficile à gérer pour un personnel de vente qu'il qualifie de principalement féminin. «65% du personnel sont des femmes, et bien souvent aussi des mères. Finir à 20h est difficilement conciliable avec la vie de famille. Jongler avec les devoirs scolaires, ou les loisirs artistiques ou sportifs des enfants se trouve être compliqué», affirme Brigitte Crottaz. Son camarade de parti Angelo Marzoli renchérit sur la charge que représente ce changement: «À cette heure, toutes les crèches sont fermées. Comment sont censées faire les familles monoparentales?»

Les membres du groupe doutent également des promesses faites par le géant orange concernant la possibilité de choisir de travailler ou non lors de ces horaires prolongés. Afin de couper l'herbe sous le pied de la droite, ils anticipent même ses arguments économiques en révélant l'impact que pourrait avoir ce changement sur les petits commerçants. «Tout ce que l'on pourra observer, c'est le renforcement de la concurrence des grands distributeurs au déficit des petits commerces. Si ces derniers veulent s'aligner avec l'offre de Migros, il leur sera difficile de garantir des journées de travail ne dépassant pas 8 heures par jour car ils disposent d'un personnel plus restreint. Favorisons plutôt un commerce de proximité qui respecte les valeurs sociales.»

Protection suffisante

La droite, principalement par le groupe PLR, voit cette modification d'un autre œil: «Cette extension étant légale et s'inscrivant dans le cadre du règlement d'Epalinges, il n'y a pas de raisons de revenir en arrière, estime Félix Schmidt. Ceci enverrait un message peu encourageant à l'égard du secteur privé.» En réponse aux partisans du postulat, son camarade Enzo Santacroce ajoute que cette décision a été prise entre les grands distributeurs et les autres commerçants. «Ceux qui veulent prolonger leur ouverture sont libres de le faire, il n'y a aucune obligation.»

En ce qui concerne le droit du travail, le PLR estime que les employés sont protégés par la convention collective qui définit un maximum de 40 heures par semaines. «La protection est amplement suffisante, nous n'avons pas besoin d'ajouter une couche supplémentaire dans notre démocratie», clame Alexandre Meier. La question serait alors surtout de l'ordre de la planification familiale selon Enzo Santacroce: «Cette extension d'horaires est un service rendu à la population. Il a permis de créer une dizaine de places de travail pour des étudiants et permet à certaines femmes d'avoir un second emploi. En plus, si nous parlons de qualité de vie, les personnes qui travailleront jusqu'à 20h auront en principe congé le lendemain. J'ai donc plutôt envie de leur faire confiance dans leur gestion du temps plutôt que de leur dire et de leur imposer ce qui est bon ou non pour eux.»

Avant le vote, la Municipalité rappelle qu'il s'agit bien d'une prise en considération et non d'une modification de règlement immédiate. Elle incite alors le législatif à lui transmettre le postulat afin qu'elle puisse mener une réflexion qu'elle estime nécessaire. Elle n'en aura toutefois pas l'occasion, le Conseil communal finissant par le refuser, avec 38 voix, contre 24 avis favorables et 6 abstentions.

Date:22.02.2018
Parution: 889

Bon pour l'emploi, bon pour le consommateur

Contactée au lendemain de ce vote, Migros Vaud salue la décision prise par le législatif palinzard. Satisfaite de pouvoir poursuivre avec des horaires d'ouverture prolongés à Epalinges, l'entreprise considère cette modification comme une bonne nouvelle pour l'emploi avec la création de plusieurs postes de travail. «La décision prise de mettre à disposition notre surface jusqu'à 20h répond à une logique de besoin de nos clients et à leurs nouvelles habitudes de consommation», souligne Aurélie Murris, porte-parole de Migros Vaud. Concernant le droit du travail, le géant orange affirme l'avoir pleinement respecté: «En septembre 2017, une consultation formelle a été menée par la Commission du Personnel de l'entreprise, organe indépendant, auprès des collaborateurs de Migros Epalinges, tout comme dans les autres points de vente de la Coopérative Migros Vaud concernés par les adaptations des horaires d'ouverture (réd: Crissier, Ecublens, Bussigny, Oron et Pully), rappelle Aurélie Murris. Et le Service cantonal de l'emploi a confirmé que Migros Vaud a pleinement satisfait aux exigences légales relatives à la procédure de consultation qu'elle a menée auprès de ses collaborateurs.»

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