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La bataille de la place du Marché est lancée

Vevey Coûts, concept pour fluidifier le trafic, faisabilité du projet: après le dépôt de l'initiative pour un parking sous la Grande Place le 14 février, Le Régional dévoile en exclusivité les premiers chiffres et contours de ce projet citoyen. Qui devrait coûter entre 38 et 43 mios de frs, dont au moins 18,6 mios pour l'ouvrage souterrain et 20 mios pour la surface. Mais sans toucher aux porte-monnaie des contribuables, promettent les initiants. L'occasion de confronter leur projet à celui de la Municipalité et son parking derrière la gare, qui table sur un investissement de près de 32 mios de frs. Avec des critiques – trop cher, trop complexe et générateur de bouchons – et une ligne de défense – rentable, simple et fluidifiant – qui s'avèrent quasi identiques pour l'un et l'autre. A l'invitation du Régional, les deux parties s'affrontent point par point pour la première fois, alors que tout risque de se terminer par un nouveau statu quo

Note:  A ce stade, il ne s'agit  que d'ébauches de projets et ces chiffres émanent de la Municipalité et des  initiants, et non de la rédaction.

Amit Juillard

Crissements de pneus. Sur la grille de départ depuis le dépôt officiel de l'initiative le 14 février, la campagne démarre. Deux projets s'affrontent. La Municipalité souhaite réaménager la place du Marché et transférer 250 des 450 places de parc actuelles en surface dans un parking au nord de la gare. Au contraire, le groupe de citoyens à l'origine de l'initiative, soutenus par les milieux économiques, veut lui amener toutes les voitures en sous-sol de la Grande Place. Objectif: libérer totalement l'emblématique esplanade. Pour la première fois, ses partisans détaillent leur idée. Avec déjà d'importantes divergences entre Philippe Oertlé, leur porte-parole, et Jérôme Christen (Vevey Libre), municipal de l'urbanisme. Même si tous deux s'accordent sur les besoins futurs en places de parc, leurs solutions – pour l'heure encore à l'état d'ébauches – se télescopent.

Objectif désengorger

Au commencement, il y a les bouchons et l'engorgement de Vevey. «Le projet des initiants ne résout rien, attaque Jérôme Christen. La place du Marché est déjà un aspirateur à voitures qui provoque des embouteillages, notamment à la hauteur du rond-point de la gare, et paralyse la circulation au centre-ville, observe le municipal de l'urbanisme. L'étude de stationnement, qui définit les besoins en parkings de Vevey à l'horizon 2030, le démontre.» Partant de ce constat, l'Exécutif préfère construire des parkings le long des axes de circulation. Par exemple derrière la gare et à Entre-Deux-Villes. «Le trafic sera fluidifié parce que les véhicules choisissent de toute manière ces itinéraires, appuie l'édile. Et ceux venant de Gilamont ne passeront plus devant la gare. Notre compromis autorise par ailleurs les courses rapides en vieille ville grâce au maintien de 200 cases sur la place du Marché.»

Revoir le plan de circulation
Un argumentaire que balaie Philippe Oertlé, à l'origine de l'initiative: «Leur concept semble minimiser le rôle du trafic. Construire des parkings le long des grands axes qui bouchonnent déjà n'est peut-être pas la meilleure idée.» Au même problème, une autre réponse: repenser la circulation au centre-ville. «L'accès à la place du Marché devrait se faire uniquement par l'est et l'ouest. Et non plus par le rond-point de la gare, aujourd'hui problématique. Et pour faciliter les accès, il faudra revoir la pertinence des places de parc en surface dans les rues attenantes, du moment qu'elles peuvent être logées en sous-sol.»Mais la Municipalité campe sur ses positions. «Aujourd'hui, le taux d'occupation des cases en surface ne dépasse pas les 60%, révèle Jérôme Christen. Ce sont les pendulaires et les habitants qui ont besoin de places de stationnement. Mais pas sous la Grande Place, qui est en dehors des grandes voies de passages.»Si les initiants aiment rappeler qu'ils ne présentent pas un projet ficelé, mais une proposition, ils ont néanmoins de la suite dans les idées. «Pour la surface, soyons ambitieux, encourage Philippe Oertlé. Zéro véhicule, du mobilier urbain amovible, des arbres en pots, de la verdure, un revêtement élégant, pourquoi pas de la gare au lac, des jeux d'eau... Il y a 36'000 solutions. Prenons la place Darcy à Dijon: les voitures ont été enterrées et les piétons sont amenés à la surface par un ascenseur de verre s'intégrant merveilleusement à l'aménagement au-dessus. Une belle réussite!»

La guerre des chiffres

Au cœur du débat, les chiffres et les finances communales, plombées par des déficits chroniques. Les soutiens de l'initiative promettent que leur projet ne coûtera pas un sou aux contribuables. Grâce à un financement privé, moyennant un droit de superficie accordé par la Ville. «Pour rentabiliser un parking, les professionnels fixent le prix de la place entre 40'000 et 50'000 frs. Notre projet devrait donc se situer dans cette fourchette», jauge Philippe Oertlé. Mais est-il si facile de trouver un investisseur privé? «Selon notre ingénieur, impossible de construire à ce prix-là, contredit Jérôme Christen. Le coût serait au moins le même que pour le parking derrière la gare, soit 70'000 frs par case. Peut-être même davantage vu les contraintes techniques liées à sa position proche du lac et le poids des arènes de la Fête des Vignerons. Pour exemple, le parking derrière la gare comptera quatre étages, parce qu'à partir du cinquième, le niveau du lac est atteint et les coûts explosent.» Autre problème selon les autorités: pour maintenir un coût raisonnable, le parking sous la place du Marché ne devrait pas dépasser un étage et s'étendrait alors sur toute la largeur de la place. Résultat: elle serait inaccessible pendant les 2,5 ans de travaux.

Le souvenir de 2008

«Les divers projets étudiés au cours des dernières décennies envisageaient deux, trois, voire quatre étages, réfute Philippe Oertlé, ex-directeur de la communication de l'entreprise de génie civil Zschokke (aujourd'hui Implenia), Un parking de minimum 465 cases, l'actuel nombre en surface, est envisageable au prix que nous énonçons et sur une étendue moindre. Mais c'est le nombre de places retenu qui fixera en définitive l'architecture la plus judicieuse du futur parking.» Plus il y a de places de parc, plus leur coût diminue. En clair, ce nombre de 465, qualifié de «minimum», pourrait même être bien supérieur dans l'esprit des initiants, qui visent avant tout la rentabilité.Pour rappel, en 2008, le prix du projet de parking enterré de la Municipalité était de 16 mios de frs pour 280 places sur deux étages. Soit 57'000 frs par case. Le Conseil communal avait refusé le préavis. «Les contraintes pour 280 places ne sont toutefois pas les mêmes que pour 465 places ou plus», contre-attaque Jérôme Christen.

Mécénat en ligne de mire

Ces calculs de rentabilité devraient alors s'appliquer aussi au parking derrière la gare voulu par la Ville, estiment ses adversaires: «A 70'000 frs par place, il sera difficile de trouver des investisseurs, présage Philippe Oertlé, qui fut aussi porte-parole de Nestlé Suisse. Les CFF, propriétaires des deux tiers de la parcelle, ne veulent ni être promoteurs, ni sponsors. Par conséquent, tant que la Municipalité ne trouvera pas de financiers, ce sera le statu quo, à moins d'opter directement pour le parking sous la place du Marché!» (lire encadré). L'Exécutif est pourtant serein: «Le permis de construire est sur le point d'être délivré et le plan financier est en préparation», affirme Jérôme Christen. Si l'édile admet que les CFF ne sont pas intéressés à investir, «ils veulent rentabiliser leur bien-fonds», assure-t-il. Or, «l'immeuble qui sera construit au-dessus rapportera 7 mios aux propriétaires de la parcelle, soit la Ville et les CFF», se félicite le chef de l'urbanisme veveysan. Coût total du projet: près de 22 mios pour le parking derrière la gare, couvert par la collectivité ou grâce à un partenariat public-privé, auxquels s'ajoutent les 10 mios déjà annoncés pour le réaménagement en surface, via un financement public. Soit 32 mios de frs.Les défenseurs de l'initiative ne cachent pas que leur projet serait plus cher. «10 mios de frs pour réaménager un tel espace de manière qualitative semble très insuffisant, juge Philippe Oertlé. Il faudra compter sur un multiple de cette somme, quel que soit le projet.» Soit au moins 20 mios de frs. «Nous proposons une approche créative pour son financement afin d'éviter de recourir aux deniers publics.» Fondations, mécènes, sponsoring ou crowdfunding: autant de possibilités. Coût total du projet, incluant le parking souterrain: entre 38,6 et 43,25 mios de frs.

Une place protégée

Reste l'épineuse question du caractère historique du lieu. «La place du Marché est protégée par l'inventaire des sites d'importance nationale (ISOS)», met en garde Jérôme Christen. Un classement en catégorie A à l'ISOS, lequel impose la sauvegarde non seulement de l'aspect, mais également de la substance de la Grande Place. En clair, tous les bâtiments et les espaces libres doivent être conservés en l'état. «Par conséquent, les entrées et les sorties pour piétons et voitures ne pourraient pas se trouver sur la place, mais dans les rues avoisinantes, s'inquiète le municipal. Ce qui poserait un problème pratique et pourrait faire exploser les coûts.» Une explication qui étonne Philippe Oertlé: «En 2008, le projet de la Municipalité prévoyait une rampe d'accès et des sorties pour les usagers sur la place du Marché. Je ne vois pas pourquoi un tel projet serait impossible aujourd'hui.»

La commune décide

Réponse: si l'ISOS est défini par la Confédération, dans le canton de Vaud, ce sont les communes qui mènent l'analyse et protègent les sites. Et qui par conséquent décident de la faisabilité d'un chantier. En l'occurrence, un changement de Municipalité a pu amener cette interprétation nouvelle. Et de nouveaux projets.

Date:01.03.2018
Parution: 890

«Nous ne sommes pas has-been »

Un parking sous la place du Marché? Une vision passéiste de la société pour Jérôme Christen, municipal de l'urbanisme: «La voiture serait figée dans l'hypercentre pour les décennies, voire les siècles à venir». Un jugement auquel les initiants ne goûtent guère. «Nous ne sommes pas «has-been»!, s'offusque Philippe Oertlé, leur porte-parole. Les études montrent que la voiture, écologique, électrique, autonome, restera un moyen de déplacement dans le futur.» A l'encontre de la mobilité douce? «Vevey est une petite cité. Elle ne peut pas avoir un réseau de transports publics comme peut se l'offrir une grande ville. Et même à Lausanne, il est possible de se garer au centre-ville, à la Riponne, au Flon, à Belle-Fontaine...»

Deux parkings voués à capoter ?

Le statu quo est-il parti pour durer? Les initiants et la Municipalité s'interrogent. Pour Philippe Oertlé, défenseur de l'initiative, le projet de la Ville pourrait bien capoter puisqu'il dépend de la construction d'un parking derrière la gare. «Les autorités ne trouveront pas d'investisseurs car il n'est pas rentable selon les spécialistes. Et si elles se rabattent sur un financement public, elles s'exposent à un référendum, comme on l'a trop souvent vu ces dernières années.» Avec un risque de refus populaire. Pour mémoire, les trois derniers référendums portant sur le bâti ont été rejetés par les Veveysans. L'autre scénario catastrophe est imaginé par Jérôme Christen. «Le projet de parking sous la Grande Place ne serait pas si facile à réaliser. En cas d'acceptation du texte par le peuple, il faudra faire des études complémentaires coûteuses qui devront être acceptées par le Conseil communal.» Vu l'absence de majorité politique pour un tel parking, il n'y a aucune garantie que le législatif accepte les projets que lui soumettrait la Municipalité. L'exemple de l'initiative pour un accès aux rives du lac à La Tour-de-Peilz est parlant: voté en 2010, le texte n'a toujours pas été mis en application.

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