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Mouskouri, l'artiste éternelle

Montreux Nana Mouskouri donnera un unique concert en Suisse romande le 10 mars, à l'occasion de la sortie de son dernier album, Forever Young. Du haut de ses 84 ans, elle porte encore un regard de paix et de tolérance sur le monde. Une inspiration.

Avec Forever Young, la chanteuse ne cherche pas à rester jeune à tout prix. Plutôt à regarder en arrière.DR

Valérie Blom

Il existe des personnalités qui marquent une génération. D'autres, plusieurs. Nana Mouskouri en fait partie. Si les milléniaux ne savent pas forcément citer l'une de ses chansons, ils reconnaissent connaître son nom. Et ses lunettes. Ceux qui ont quelques années de plus songent à ses paroles en français, en italien ou en allemand. La plurilingue grecque n'a jamais conçu les langues comme une barrière. Le 2 février, elle a sorti un nouvel album, Forever Young. Un opus composé de reprises de musiques qui l'ont marquée et dont la tournée fait un unique arrêt en Suisse romande. Le 10 mars, Nana Mouskouri chantera à Montreux.

Barbara, Cohen ou Dylan

«Je n'ai pas sorti de nouveau disque depuis longtemps, confie l'artiste. La chanson représente une manière de m'exprimer. J'ai toujours l'hésitation de savoir si je fais bien ou non. Toutes les années ne m'ont pas ôté ce doute.» Aujourd'hui, elle n'envisage pas d'album sans tournée même si, à ses débuts, ce n'était pas la norme. «Je croyais ne pas être assez bien pour monter sur scène. Par la suite, elle est devenue importante. Le contact avec le public l'est devenu.»

Avec Forever Young, la Grecque ne cherche pas à rester jeune à tout prix. Plutôt à regarder en arrière. Le disque propose une quinzaine de reprises. Bob Dylan, évidemment, Elvis Presley, Amy Winehouse, Léonard Cohen, Barbara, John Lennon... «La chanson a été mon guide dans la vie. Après la Seconde guerre mondiale, nous cherchions la liberté, l'amour et la paix. J'écoutais alors des mélodies m'inspirant.» Elle estime avoir eu de nombreuses muses. Touche à tout, elle s'est plu à explorer la musique, en reprenant parfois les mélodies des autres. «Je ne veux pas imiter. Ces airs m'ont permis de devenir celle que je suis aujourd'hui.»

Un modèle de pardon

Or elle oublie parfois qu'elle s'est façonnée elle-même. Grâce notamment à la place qu'elle a laissé au pardon. Nana Mouskouri a grandi durant l'occupation allemande. «La guerre civile a succédé au conflit mondial. J'étais plus grande et c'était pire à vivre. Je voyais les tensions chez les familles et les amis. L'idéalisme a causé du tort. Par la suite, je me suis dit que je pouvais continuer en étant agressive comme je l'ai appris où chercher la paix. J'ai choisi la paix et l'amour.» Lorsque l'artiste se fait inviter en Allemagne, elle décide de chanter en allemand. «C'était les occupants. Mais tout le monde ne fait pas la guerre tout le temps. Je voulais apprendre à les connaître.» Sage, elle estime que le mal comme le bien doivent être traités avec la même générosité. «Nous ne pouvons pas demeurer ennemis toute la vie.»

Une fidélité envers elle-même qui lui a valu de passer pour «la fille d'à côté». Celle, comme tout le monde, proche des gens. Notamment grâce à son refus de retirer ses lunettes. «Quincy Jones m'a glissé une fois que lorsque j'arrive sur scène, il a l'impression que je me suis trompée de porte. Mais il m'a répliqué de ne surtout pas changer et de rester moi-même.» Elle considère avoir eu beaucoup de chance, en étant entourée et protégée. «En tant qu'artiste, il faut pouvoir l'être. Amy Winehouse ne l'était pas, par exemple, malheureusement...»

Philanthrope, elle croit en la démocratie, dans une mouture enseignée et vulgarisée. «Il ne faut pas l'imposer, mais l'apprendre. Le but ne serait pas de supprimer les frontières, mais plutôt de se connaître et d'échanger. Savoir respecter les différences.»

Date:01.03.2018
Parution: 890

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