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Football : la fusion capote

Exclusif Faute d'entrer en matière sur un soutien financier plus important, les autorités montreusienne et veveysanne enterrent de fait le projet d'union entre les deux clubs phares de la Riviera, les FC Vevey Sports et Montreux-Sports. L'incompréhension règne. D'autant que le président de Vevey se dit empêché dans ses démarches visant à améliorer le stade de Copet. Les deux municipalités s'expliquent.

William Von Stockalper, président du FC Vevey Sports, vise la Challenge League malgré l'échec de la fusion avec le FC Montreux-Sports.DR

Amit Juillard

Stupeur dans le milieu du foot régional. La Riviera aurait pu voir naître le deuxième plus grand club de Suisse en termes de licenciés (environ 900). Mais Le Régional a appris que le mariage, pourtant annoncé dans les médias, entre le FC Montreux-Sports (MS), le FC Vevey Sports 1899 (VS), qui incluait l'ACS Azzurri Riviera, n'aura pas lieu. Alors même que les tables étaient quasi nappées. Patatras, le 6 décembre, un courrier des municipalités veveysanne et montreusienne met fin aux espoirs des trois clubs. «Nous demandions une subvention annuelle de 450'000 frs pour le nouveau club (réd: soit 380'000 frs de plus que le soutien actuel de 70'000 frs pour les trois entités). Ce montant était destiné au futur mouvement junior, explique William Von Stockalper, président du VS, qui milite en 1re Ligue (soit la 4e division). En refusant, les autorités coupent l'herbe sous les pieds d'un club qui aurait pu évoluer en Challenge League dans trois ans (réd: ex-Ligue Nationale B, 2e division).» Budget annuel visé: 900'000 à un million de frs. Mais surtout avec pour objectif la création d'un centre de formation commun afin d'alimenter l'équipe professionnelle avec des joueurs du sérail. Et d'éviter le recrutement onéreux de mercenaires. «Sans cet argent, c'est impossible, déplore Alain Baré, président du MS (2e ligue inter, soit la 5e division). Dans le canton de Genève, la commune de Lancy donne 700'000 frs par an au club local...», compare, très déçu, cet ancien attaquant de l'Olympique lyonnais. Au point que cet ancien entraineur-joueur de Montreux et Monthey songe à jeter l'éponge. Seule consolation, le VS et Azzurri Riviera devraient néanmoins s'unir à la fin du mois «parce qu'elle n'implique pas de coûts supplémentaires» selon leurs dirigeants.

Les deux municipalités rejettent fermement toute responsabilité dans l'échec du processus. «Des bruits de couloirs font état de la désapprobation de certains membres des clubs, glisse Caleb Walther (Les Verts), municipal montreusien du sport. Mais nous soutenons l'idée d'une fusion. Les deux entités sont indépendantes et libres de s'unir.» Pourtant, William Von Stockalper affirme que la cause est bien financière. «Par le passé, parler de fusion était difficile, admet-il, aujourd'hui, tout le monde était d'accord. C'est dommage que nous n'ayons pas pu poursuivre la discussion avec les communes.»

Tous à la même enseigne

Pourquoi ne pas ouvrir le dialogue? «L'enveloppe demandée explosait de 643% pour un nombre de joueurs équivalent, calcule Caleb Walther. Nous aurions eu un problème d'équité. Les clubs de natation comptent par exemple davantage de membres.» En clair, ne surtout pas créer de précédent. Aujourd'hui, les clubs sportifs de la Riviera sont tous logés à la même enseigne. Ils perçoivent 63,50 frs par junior (de 5 à 20 ans), versés par un fonds intercommunal. Pour un total dépassant les 550'000 frs en 2017 pour les 87 associations des dix communes concernées. Auxquels s'ajoute une aide complémentaire versée par Montreux et Vevey, de respectivement 63,50 frs et 59,30 frs par junior.

La figure de proue du projet espérait mieux. «Ce n'est pas qu'une question de membres, mais de popularité du sport. Le stade de Copet, c'est 500 spectateurs par match!», rappelle William Von Stockalper. Un argument qui agace le socialiste Lionel Girardin, municipal veveysan du sport: «C'est un jugement de valeur. La popularité de la natation n'est plus à reprendre. Et le basket ne reçoit pas non plus davantage d'argent, malgré les affluences aux Galeries du Rivage.»

Date:08.03.2018
Parution: 891

Investisseurs privés : Vevey dit non

Autre problème: l'ambitieux président du FC Vevey Sports 1899, William Von Stockalper, se dit empêché dans ses démarches visant à améliorer les infrastructures, unanimement considérées comme vétustes. «La Ville, propriétaire du stade, a des difficultés financières. C'est pourquoi je leur ai soumis en septembre 2016 un projet d'agrandissement, financé par un privé prêt à léguer son ouvrage à l'association. Après un an et demi, la Municipalité me répond qu'elle n'en veut pas. C'est incompréhensible!» Un reproche auquel Lionel Girardin ne goûte guère: «Son club n'a pas l'exclusivité de l'utilisation du stade. A terme, les élèves de Gilamont l'utiliseront aussi. Nous voulons garder la main sur les infrastructures. Avoir un mécène pour la construction, d'accord. Mais il y a aussi l'entretien. Et si cela ne tient pas la route, c'est à la Ville de reprendre le tout.» L'édile rappelle en outre les investissements récemment consentis: 1,5 mio pour la réfection des terrains de Copet I et II, le rehaussement des grillages et la mise en état des haut-parleurs, notamment. En cas d'une promotion du VS cependant, un problème de taille pourrait se poser: le nouveau terrain est homologué pour la Challenge League, mais le stade ne correspond qu'aux normes de la 1re Ligue. «Dans ce cas, nous devrons répondre aux exigences disproportionnées des instances du football suisse. Nous en reparlerons le moment venu, mais nous le ferons», grince Lionel Girardin. Reste à savoir si la motivation de William Von Stockalper demeurera intacte. «Je ne peux pas avancer tout seul, avertit-il. Le club a besoin de soutien du politique et de l'économie. Ce n'est qu'ainsi que la Riviera pourrait un jour se permettre un club en Challenge League.»

Sport contre culture ?

Le basket aussi souhaiterait voir sa subvention prendre l'ascenseur. «Nous n'avons jamais fait de demande, mais avec 100'000 frs de plus, le club tournerait à merveille, constate René Gubler, président des Riviera Lakers (Ligue Nationale A). C'est un montant dérisoire par rapport à ce que la Ville donne pour la culture. Le sport joue un rôle social!» Soupir de Lionel Girardin: «Je me lève en faux contre ce discours. Nous considérons que le sport et la culture participent au même niveau au développement de notre jeunesse. Mais un musée a un coût plus élevé qu'un club.» Au budget 2018 de Vevey, pour la culture: 9,28 mios. Pour le sport: 4,85 mios.

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