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« J'aime avoir mal »

St-Maurice Présenté le 15 mars à l'EPFL, le spectacle Einstein rend artistique la théorie de la relativité. Danses et musiques y reviennent sur la vie de l'un des hommes les plus intelligents du monde. Parmi les comédiens, une Agaunoise, Joanie Ecuyer-Coquoz. Parcours d'une ancienne gymnaste, qui fut championne suisse et se consacre aujourd'hui à la scène.

Le parcours de Joanie Ecuyer-Coquoz n'a pas toujours été évident, mais elle s'est battue pour faire ce qu'elle aime. O. Carrel.

Valérie Blom

Joanie Ecuyer-Coquoz possède un corps lui permettant de devenir mannequin. Mince, aux formes quelque peu androgynes, belle, musclée, un visage aux traits fins et féminins. Et au regard bleu profond très expressif. Or, ce n'est pas le chemin qu'elle a choisi. Lorsqu'elle danse, tout devient logique. Aucun doute n'est possible. L'Agaunoise est destinée à la scène. Le 15 mars, elle prendra part au spectacle Einstein (voir encadré) à l'EPFL.

Triple championne suisse

A l'origine, la native de Lavey ne songeait pas à une carrière de comédienne. Enfant, elle a vite montré un talent pour la gymnastique rythmique. « J'ai d'abord tenté le patinage artistique avec une amie, raconte-t-elle lors d'une entrevue chez elle. Mais j'étais nulle, je n'arrêtais pas de tomber. » Elle change de discipline. Une excellente décision, puisque seulement une année après avoir rejoint la société de gymnastique SFEP (Société formatrice en éducation physique) Bex, elle est intégrée au centre de performance Vaud-Valais. Elle n'a que huit ans.

« Tout s'est enchaîné très vite. Rapidement, j'ai dénombré beaucoup d'heures de sport », détaille-t-elle en chassant de la table l'un des chats venus réclamer son lot de caresses. Entre 15 et 20 heures de gymnastique au centre de performance, puis davantage lorsqu'elle est admise au cadre espoir. « Je pouvais compter sur un tout petit allégement scolaire, car il n'existe pas de sport études. Heureusement, j'étais une bonne élève. Au fond, je n'avais pas le choix d'être organisée et de travailler lorsque je pouvais, si je souhaitais continuer à pratiquer ce que j'aime. » Ce labeur porte ses fruits. En 2001, elle est championne suisse junior. Puis réitère en 2002 et 2003, dans la catégorie senior.

Stoppée par une blessure

Elle ira au bout de son rêve en allant à Macolin au centre fédéral de performance. Joanie Ecuyer participera au championnat européen et du monde en tant que gymnaste individuel. Avant de tenter l'expérience durant deux ans en groupe. « Il n'était plus possible de concourir en solo, ce que je préférais, et je n'étais pas prête à arrêter... » Animal solitaire, elle découvre les plaisirs du partage d'un but commun. « Je ressens la même émotion en étant sur scène pour le spectacle Einstein, confie-t-elle. J'ai appris à aimer le travail à plusieurs. »

A 18 ans, elle clôt ce chapitre. La classe s'est dissoute et il aurait fallu recommencer avec des plus jeunes. A la suite d'une blessure, elle doit suspendre le sport une année durant. Si elle est désormais guérie, la décision d'interrompre ce qui lui procure tant de bonheur n'a pas été évidente à prendre. Souffrant d'une sérieuse périostite et de deux fractures de fatigue, elle est acculée. La gymnaste ne quitte toutefois pas le milieu et commence à entraîner, avant d'être petit à petit attirée par la scène. La Rocane d'origine se lance et intègre les Teintureries, une école d'art dramatique basée à Lausanne. « Je n'avais jamais pris de cours de théâtre. Mais je me suis préparée avec mon petit cousin qui y enseignait.» Une manière de renouer avec son corps. «J'adore ce qui est très physique. J'aime avoir mal. Me sentir vivante. »

A la recherche de l'équilibre...

Au bout des trois ans d'études, Joanie Ecuyer-Coquoz est comédienne professionnelle. Habituée aux ballons et rubans, elle s'est mise aux chaussons. « Je suis passée d'un milieu très carré à la danse et la création, avec le jeu et toutes ses facettes. » Deux visages émergent de son quotidien. Celui consacré à la gymnastique rythmique, puisqu'elle entraîne, et son art. Parfois, il est difficile de jongler. «Toutefois, j'aime bien le chaos», sourit-elle. Elle se maintient en forme grâce aux cours ouverts aux professionnels de la compagnie Linga, réputée dans le milieu. « A un moment, la gymnastique a pris davantage de place. » Elle endosse le rôle d'entraîneur en chef lors de la création d'un nouveau Centre régional de performance vaudois. Et puis, comme la vie se plaît parfois à donner des coups d'épaule, l'Agaunoise croise une ancienne amie avec qui elle a déjà partagé la scène, Stéphanie Boll. « Elle m'a proposé de la rejoindre pour Einstein. J'ai réalisé que le poste que j'avais accepté m'enfermait et qu'il ne m'aidait pas à trouver le bon équilibre. »

...dans la vie comme dans le couple

Joanie Ecuyer-Coquoz comprend ce qu'elle veut et s'emplit la tête de projets. « Cela m'a permis de me relancer. J'aime trop la scène et la création. » A 30 ans, la comédienne vit de son art. Même si ce n'est pas toujours évident. « Je continue tout de même à entraîner, car j'aime le faire et l'activité m'assure un gain fixe. Pour les engagements scéniques, c'est difficile de prévoir. Je peux parfois être embauchée pour la semaine suivante. » Elle a la chance d'avoir toujours pu compter sur le soutien de ses proches. Sa famille, lorsqu'elle était jeune. Puis son amoureux, Mikael Coquoz, devenu son mari en 2013.

« Ce n'est pas toujours facile d'avoir des horaires irréguliers pour le couple », souffle-t-elle. Son mari étant engagé pour la commune ainsi qu'au sein de plusieurs sociétés sportives, ils ont un équilibre en étant les deux occupés. Nonobstant, pour une artiste vivant de son corps, elle n'envisage pas immédiatement d'enfant. Sujet sensible, son cœur étant partagé. Les prunelles portant au loin, elle se confie. « Ce n'est pas évident à intégrer dans un programme. C'est surtout... que je vis des moments extraordinaires, et des rencontres fortes. Il est difficile de se dire que je pourrais passer à côté d'une opportunité. Pour le couple, c'est forcément délicat... » Au regard chargé d'amour, de respect et de passion que lui porte Mikael Coquoz – et la fierté lorsqu'il la voit danser - aucun doute qu'il attendra.

Date:08.03.2018
Parution: 891

Einstein sous toutes ses facettes

Le spectacle Einstein tire son originalité de son angle d'abord, en abordant différents aspects de la vie du père de la théorie de la relativité. « L'enfant marginal, l'époux romantique et infidèle, le chercheur audacieux et solitaire et l'homme public, défenseur de la paix », précise le texte de présentation. Entre musique et danse, le rendu sort de l'ordinaire et embarque le spectateur dans un univers où la physique quantique prend des airs de démarche artistique. La prochaine représentation est prévue le 15 mars à l'EPFL. Plus d'infos sur www.einsteinlespectacle.ch

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