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Pandémie, terrorisme, dangers naturels: la Protection civile en alerte

Sécurité La Protection civile (PCi) souffre d'une mauvaise réputation. Placard pour ceux qui aspirent à éviter l'armée ou nid de mystérieux hommes de l'ombre. Pourtant, police et pompiers ont de plus en plus tendance à y avoir recours dans le canton de Vaud. Incendie, intempéries, manifestation de grande ampleur: les uniformes vert et orange sont partout. Et face aux nouvelles menaces et à la baisse des effectifs, la Confédération cherche à adapter la loi fédérale pour que la PCi soit au plus proche des risques réels. Une réorganisation qui va réduire les jours de service, mais augmenter le nombre potentiel d'astreints et renforcer les collaborations entre cantons. Explications.

© Protection civile vaudoise

Valérie Blom

Protection civile. Pour le grand public, elle évoque l'apéro, du «cheni», une échappatoire à l'armée, un engagement pour la communauté, les uniformes orange et kaki, une dictature. Pourtant, la «protection des citoyens» n'existe que dans huit pays dans le monde*. Il s'agit d'un des piliers de la sécurité, en sus de la police, des pompiers et des services sanitaires. Elle appuie même ces derniers, appelés partenaires feux bleus. Actuellement, la loi fédérale sur la Protection civile (PCi) fait l'objet d'une révision, en consultation jusqu'à la fin du mois de mars.

Pandémie, terrorisme, cyberattaques

Moderniser, certes, mais pour qui, et pourquoi? L'objectif est de s'adapter aux dangers actuels. Dans le viseur, menaces terroristes, cyberattaques, pénuries d'électricité ou risques de pandémie. Certains seraient tentés de rétorquer que ce travail est réservé à la Grande Muette. Il ne s'agit pas de s'attribuer l'une ou l'autre tâche, mais d'être complémentaire. «Au sein de l'Etat fédéral, il y a le respect des différentes sphères de compétences, développe Louis-Henri Delarageaz, commandant de la Protection civile vaudoise. En fonction du principe du subsidiarité, nous faisons appel à un autre échelon. Lors d'une situation d'urgence, ce sont toujours les partenaires feux bleus qui entrent en scène en premier. Ils peuvent demander ensuite à la PCi de les relever ou les appuyer et si ce n'est pas suffisant, l'armée représente l'ultime recours.»

Problème: effectifs en baisse

Les premiers concernés par les remaniements proposés par Berne, ce sont les astreints (voir encadré). La population ne ressentira vraisemblablement pas les modifications de la loi, si ce n'est que la PCi devrait se montrer plus efficiente. Pour les autorités communales et cantonales, difficile d'affirmer à l'heure actuelle à quel point elles seront touchées, la consultation n'étant pas encore terminée. «Des responsabilités seront redéfinies et adaptées, précise le commandant. Financièrement, l'équilibre ne devrait pas changer: la Confédération reprendra à sa charge certains coûts et en attribuera d'autres aux cantons. A l'évidence, il n'y aura ni gagnant ni perdant.»

Des adaptations supposant une meilleure réactivité en cas d'évènement majeur, que le fléau soit naturel ou non. «La révision de la loi prévoit en particulier de renforcer la coordination et la disponibilité opérationnelle, explique Kurt Münger, porte-parole de l'Office fédéral de la protection de la population (OFPP). Il nous importe de réorganiser les structures de l'état-major fédéral responsables d'intervenir en cas de catastrophes et d'urgences.» Pour rappel, chaque canton – étant lui-même en charge de sa PCi - se doit d'être en mesure de mettre sur pied un système de réponse en cas de crise. Vaud possède un Etat-major cantonal de conduite (EMCC). En Valais, il s'agit de l'Organe cantonal de conduite. Grâce à la nouvelle loi, il sera possible de transférer de la main d'œuvre entre cantons, au besoin. Ce qui pourrait pallier la baisse des effectifs constatée ces dernières années.

Les femmes sont bienvenues !

«Si en 2010 et 2011, nous avons encore embauché plus de 8'000 personnes, ce nombre est passé sous la barre des 6'000 depuis 2014, alarme Kurt Münger. La réduction a été particulièrement forte en 2017 où nous avons recruté environ 1'000 personnes de moins (4'800) que l'année précédente. Si les taux de recrutement devaient rester faibles, la couverture des effectifs réglementaires avec les astreints disponibles serait empêchée. Il est néanmoins difficile d'estimer si le recul de 2017 amorce une tendance qui se confirmera ces prochaines années.»

Plusieurs raisons expliquent cette baisse. L'armée a notamment modifié ses critères d'aptitude pour intégrer davantage de jeunes hommes qui ne souhaitent pas ramper dans la boue. Pour y remédier, un groupe de travail planche sur différentes solutions et doit rendre un rapport en 2020. Dans un des futurs possibles, les dames auraient l'obligation de servir, soit dans l'armée, soit dans la protection civile, dans la mesure des besoins réels de la Confédération. La journée d'information sur l'armée, le service civil et la protection civile pourrait également être suivie par les filles. «Les femmes, au même titre que les étrangers domiciliés en Suisse ou les militaires libérés de leur mission sous les drapeaux, ont la possibilité de s'annoncer comme volontaires auprès de la PCi jusqu'à l'âge de 65 ans, informe Louis-Henri Delarageaz. Et toutes ces personnes sont bienvenues!»

Sauvetage d'un train à Bex

Pour agrémenter ses rangs de nouveaux membres, la PCi compte sur son image, puisque les hommes de l'ombre accèdent petit à petit à la lumière. «Nous sommes de plus en plus visibles, note Louis-Henri Delarageaz. Cela peut susciter des vocations. Je l'espère. Nous œuvrons tout de même au profit de la population.» Pour preuve, la liste des interventions lors de situations d'urgence en 2017. La plus marquante est celle du train bloqué à la hauteur de Bex lors des intempéries en décembre, réclamant l'évacuation et la prise en charge de 400 passagers. «Nous sommes souvent appelés pour l'appui des pompiers en cas d'incendie ou d'évènement naturel, évoque le commandant. Je me souviens également de délestages autoroutiers, en cas d'accident important ou imposant. C'est aussi grâce au soutien politique que nous gagnons en crédibilité et que les partenaires ont davantage recours à nous.»

Archives attaquées en Lavaux

En Lavaux, la PCi a contribué à la protection de biens culturels, lorsque des archives ont été attaquées par une moisissure assez conséquente. Elle opère en cas de recherche de personne disparue. Ou à l'amont de déclenchement d'avalanches, en s'assurant que la zone à risques est totalement évacuée, dans le Pays-d'Enhaut entre autres. «Nos sorties sont variées», mentionne le commandant vaudois. Ces exemples n'illustrent que certaines opérations d'urgence. La PCi encadre des manifestations, des visites de chef d'Etat ou veille au contrôle et à l'entretien des ouvrages protégés, comme les abris antiatomiques. Aux yeux de certains, la PCi a bien plus d'utilité que l'armée. Mais il s'agit là d'un autre débat...

* Source Wikipedia

Date:22.03.2018
Parution: 893

Les jours de service vont diminuer

Le projet de loi fédérale préconise d'inclure les mesures citées dans le rapport de juillet 2016 sur la mise en œuvre de la stratégie de la protection civile 2015+. Actuellement, les astreints paient la taxe militaire jusqu'à l'âge de 30 ans et servent jusqu'à 40 ans avec, au maximum, 40 jours de service par année. Si la révision de la loi est validée, les soldats et sous-officiers de la PCi seront actifs 12 années ou 245 jours. Seuls les officiers et sous-officiers supérieurs contribueront aux forces vives jusqu'à 40 ans. Chaque cours de répétition annuel durera de 3 à 21 jours, en impliquant des tâches en faveur de la collectivité. «C'est plus simple et la durée de l'obligation de servir sera moins longue pour la plupart de nos membres, précise Louis-Henri Delarageaz, commandant de la Protection civile vaudoise. L'instruction sera renforcée et les compétences des cadres pourront être améliorées.» Il sera possible d'effectuer un service long, en accomplissant les 245 jours d'une seule traite.