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Trois Tarzan vaudois dans la jungle

Documentaire Explorateurs-aventuriers à la recherche des dernières Terra Incognita, Cédrik Strahm, Joshua Preiswerk et Martin Ureta reviennent de la jungle amazonienne avec un documentaire exclusif et captivant. «Objectif Sauvage» rencontre déjà un franc succès avec plus de 2000 vues et des critiques très enthousiastes. Le film retrace le périple de ces jeunes Romands, de Vevey et Montreux, à la recherche d'un lieu mythique, le paradis perdu de La Laguna Chaplin. Considérée comme inaccessible, cette oasis mystérieuse alimente l'imaginaire populaire et plus personne ne sait si elle existe vraiment où s'il s'agit d'une légende. Machettes à la main, 40 kg sur le dos et accompagnés de six guides boliviens et d'une scientifique, nos trois protagonistes se sont lancés dans l'inconnu.

Objectif Sauavge

Magaly Mavilia

Alliant leurs passions communes pour le voyage et l'image, les trois amis décident de réaliser leur objectif en 2013. Mais il faut d'abord trouver le budget de l'expédition: 40'000 francs. Ils cassent leur tirelire et auront le soutien de 140 contributeurs via une plateforme de crowdfunding. Leur projet est sérieux et plus de 10 partenaires techniques et financiers les soutiennent, dont les communes de Veytaux, Montreux et Vevey, Canon et la Caisse d'Epargne du district de Vevey.

1662 jours se sont écoulés entre la naissance du projet et la première projection en 2017. Entre deux, Cédrik Strahm, Joshua Preiswerk et Martin Ureta ont traversé 180 km de jungle à pied avec 200 kg de matériel. Des dizaines de piqûres d'insectes et 3000 heures de travail plus tard, leur «Objectif Sauvage» a pris la forme d'un documentaire immersif qui retrace leur tentative d'expédition vers ce lieu oublié.

Légende ou réalité ?

Au départ, une seule certitude. Chacun était prêt à troquer le confort pour le frisson que donne le risque de se perdre en terre inconnue, de croiser un jaguar ou un caïman à l'heure du déjeuner. L'aventure était digne de celles qu'ont vécu les premiers explorateurs. En effet, à l'heure actuelle, il n'existe aucune archive vidéo des berges de la Laguna Chaplin. Seuls les légendes et les mythes sont relayés par certains villageois. On murmure qu'il s'agirait d'un lac qui se déplace au gré de ses envies ou de celles des Dieux.

Cédrik n'en est pas à son premier voyage. Il a sillonné l'Afrique centrale mais aussi des mégapoles, comme Tokyo ou Las Vegas. C'est pourtant la symbiose avec la nature qui l'attire le plus. Il s'est rendu en Alaska et en Slovénie pour rencontrer des ours. En Ethiopie, il filme illégalement les derniers loups d'Abyssinie. «J'aime ce genre de voyage, se réjouit-il. J'ai toujours fantasmé de vivre à l'époque des grandes conquêtes. D'être le premier à découvrir un territoire vierge.»

A la veille du départ, les questions fusaient. Certaines sont restées sans réponses.

Est-ce que cette lagune est atteignable par une petite expédition venue de Suisse sans grands moyens? Ou est-elle réellement magique et par conséquent, introuvable, comme certains habitants de la région le supposent? Comment l'équipe va-t-elle évoluer dans un environnement aussi hostile? La troupe restera-t-elle soudée dans l'adversité?

1 km en 2 jours

«Il a fallu ouvrir beaucoup de passages impénétrables, se souvient Cédrik. Le premier jour, nous sommes partis à la recherche d'une «route» dont se souvenait Don Pedro, un ancien employé du Parc National Noel Kempff Mercado.»

Malgré son grand âge et bravant les peurs de sa famille, Don Pedro avait envie de retourner dans la forêt de sa jeunesse, autrefois exploitée pour son caoutchouc et ses essences de bois rares. Mais, depuis les années 60, la jungle avait repris ses droits.

«La mémoire de notre accompagnateur chancelait parfois. Le doute s'insinuait, mais nous avons suivi notre «guide spirituel», comme on le surnommait. Nous n'avons jamais trouvé cette route, mais il nous a fallu 2 jours pour parcourir 1 km. Là, on s'est dit que ça allait être difficile!»

Un sanctuaire de la vie sauvage

Alors que le bassin amazonien se réduit jour après jour, l'équipe continue son périple à travers un véritable sanctuaire de vie sauvage, autant hostile que fascinant. Au gré de leurs découvertes et de leurs expériences, les trois protagonistes partagent leurs sentiments, leurs craintes et inquiétudes envers certains thèmes environnementaux actuels. Le documentaire s'axe autour de leurs états d'âme, de leurs joies, de leurs peines au fur et à mesure qu'ils s'enfoncent dans la jungle primaire.

Par touches, Don Pedro, Hernan, guide principal et responsable des repas et Jose Luis, chauffeur et porteur, livrent de manière spontanée et authentique leur regard sur l'histoire et l'évolution de leur pays. Afin d'amener une dimension supplémentaire au documentaire, l'équipe était accompagnée par le professeur Luise Emmons, scientifique de renom en Bolivie et spécialiste du Parc National Noel Kempff Mercado. «Ces regards croisés en filigrane nous ont permis de mieux saisir certains des enjeux de la sauvegarde d'un environnement en grand danger, souligne Cédrik. Mais le film ne se veut ni écologiste ni moralisateur, prévient le producteur. Il constate et pose des questions.»

Narcotrafic et tribus inconnues

Vers la fin de sa vie, Noel Kempff, fervent défenseur de la nature et grande figure de la biologie, part à la découverte des hauts plateaux du parc. Peut-être était-il intrigué par le mystère de Percy Fawcett? L'explorateur britannique disparu dans la jungle brésilienne à la recherche d'une cité perdue. Encore une légende sans réponse, dont on pense qu'elle a inspiré «Le Monde perdu», publié par Arthur Conan Doyle en 1912.

Trop âgé pour gravir la falaise, Noel Kempff s'y rend avec son équipe dans un petit avion. Il avait repéré un semblant de «piste» à la frontière colombienne. «Il s'agissait bien d'une piste, raconte Cédrik. Le célèbre trafiquant de cocaïne Pablo Escobar y faisait atterrir ses DC3. Sa bande était armée jusqu'aux dents et lorsque le professeur Kempff et son équipe mirent les pieds au sol, ils ont tous été tués. Excepté un membre qui a réussi à s'enfuir.»

Luise Emmons a trouvé des reliquats du laboratoire des narco-trafiquants et bien des aventuriers se sont lancés à la recherche de vestiges et de tribus inconnues, descendants de la cité perdue. Nos trois aventuriers romands n'ont pas résisté à cette tentation...

Harcelés par des animaux inattendus

«Je m'attendais à quelque chose de plus facile d'accès», soupire Cédrik. «La rencontre avec la faune est un élément fort du film». Nous n'en saurons pas plus, si ce n'est un face à face avec les grands mâles d'une race unique au monde. Le harcèlement quotidien d'un animal que l'équipe ne s'attendait pas à rencontrer et une invasion digne d'un film d'horreur dans les décombres d'un ancien laboratoire scientifique.Des moments de peur? «Lors de mes précédents voyages, je me suis trouvé une trentaine de fois face à un ours ou un grizzli. L'idée est de ralentir son cœur et d'envoyer de bonnes ondes, de faire attention à nos gestes respectifs et de sourire. Nous sommes sur leur territoire. Ils nous voient et, la plupart du temps, nous ne les voyons pas. Parfois je pensais à un jaguar qui guettait au-dessus de moi sur une branche d'arbre. C'est la première fois que je me suis rendu compte que je n'étais pas au sommet de la chaîne alimentaire. Mais j'ai réussi à me recentrer suffisamment pour réaliser que je vivais un moment unique, intense et vraiment grisant.»

Une aventure humaine

Marcher dans la jungle n'est pas une opération linéaire, 180 km ont été parcourus pour un trajet de 30 km. Il fallait faire des aller-retour et des détours pour trouver de l'eau et rassembler le matériel. «La logistique a été atroce», reconnaît Cédrik.

Les relations ont aussi été difficiles. Perdus, sans eau, les membres de l'équipe se sont divisés en deux camps: ceux qui, à bout de force et craignant pour leur santé, voulaient revenir sur leurs pas et ceux qui espéraient atteindre la lagune.

Dans ce genre de situation, les forces et les faiblesses sont à nu. Plus possible de tricher avec ce que l'on est, l'être humain retrouve son côté animal, il est à vif. «Même si c'est chacun pour soi, il y a un fort esprit de groupe dans l'adversité. Il y avait une vraie tension et en même temps, nous n'avons jamais été aussi soudés», se souvient Cédrik.

«Il n'y a plus que l'essentiel qui compte»

Dans cet extrême inconfort, confrontée à la fatigue, à la soif et à la peur, toute l'équipe est revenue transformée par cette expédition. Josh a découvert une autre manière de vivre, dans une optique plus spirituelle. A son retour, il a quitté son emploi pour partir autour du monde. Ainsi, le film a été monté entre les Philippines, la Thaïlande et la Colombie.

Cédrik et Martin ont repris leurs activités, mais leur regard a changé.

«On est tellement chouchouté dans notre société, relève Cédrik. Mais la vraie vie est dure et chacun d'entre nous devrait y être confronté une fois dans sa vie pour réaliser ce que cela représente de se retrouver dans des situations où l'on peut faire le vide. Où il n'y a plus que l'essentiel qui compte. Je suis revenu un peu plus humble à plein de niveaux. C'est la vraie valeur ajoutée de cette expérience.»

«Objectif Sauvage» a été classé 6 ans et conseillé 10 ans par FilmRating.

A découvrir dès le 15 avril dans toutes les salles de Cinérive et dans notre région, le 26 avril au Cinéma Astor de Vevey, le 22 mai au Grain de Sel à Bex, le 14 juin au City Club Pully et le 28 juin au Cinéma Hollywood à Montreux.

Date:12.04.2018
Parution: 896