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Drame psychologique:
Une série TV sera tournée
au cœur de Lavaux

Série TV Le vignoble en terrasses que le monde entier nous envie sera au cœur d'une nouvelle production de la RTS. Intitulée «Double vie», cette série de six épisodes racontera comment deux femmes se reconstruisent après avoir été trompées par le même homme. A la réalisation, Bruno Deville, avec parmi les rôles principaux Bruno Todeschini. En pleine préparation du tournage – qui débutera en juin – le producteur Jean-Louis Porchet, connu notamment pour des films à succès comme «Merci pour le Chocolat», «Bouboule» ou «Sils Maria», la responsable des fictions RTS Françoise Mayor et les scénaristes Marie Fourquet et Léo Maillard dévoilent en primeur les contours de cette création. Tout au long de l'aventure, Le Régional vous plongera dans l'ambiance du tournage avec des entrevues et des reportages à intervalles réguliers.

Giampaolo Lombardi

Valérie Blom

Le panorama de Lavaux. La vue sur le lac s'étend au loin jusqu'aux Dents-du-Midi. Les Alpes paraissent s'enfoncer dans le bleu profond des eaux. Deux dames vivent dans ce paysage idyllique. Deux femmes qui partagent le même homme. Mais elles ne le découvrent qu'à sa mort. Deux destinées opposées brutalement liées et dont les maitresses apprendront ensemble à se reconstruire.

L'histoire pourrait être réelle. Or il s'agit du scénario de la prochaine série de la RTS, qui sera tournée dès le mois de juin dans les vignes de Lavaux. Elle s'intitule «Double vie» et le casting est encore en cours. Mais Bruno Todeschini (Les Fantômes d'Ismael, La French), Anna Pietri (Anomalia, Station horizon) et Marina Golovine (Le Cri, Le monde de Fred) ont déjà signé pour les rôles principaux. «A l'origine, j'échangeais avec le producteur Jean-Louis Porchet. Il souhaitait trouver un moyen d'avoir un coup d'avance, une production toute prête», détaille Françoise Mayor, responsable «unité fiction produite» pour la RTS. L'idée était de réadapter une série flamande de treize opus en six épisodes. Finalement, la masse de travail ne s'est pas révélée être beaucoup plus légère. «Nous nous sommes pas mal éloignés du texte originel», note Marie Fourquet, l'une des scénaristes. Jean-Louis Porchet ajoute: «Nous nous accordons à la vie des vignerons. Cette série, dans un décor entre Montreux et Lausanne que nous aimons beaucoup, sera très intéressante.»

De cocus à «Big Little Lies»

«Cette histoire pouvant être celle de tout le monde m'a plu, livre Françoise Mayor. L'autre est parfois plus inconnu que nous pourrions le penser.» Une narration sous forme de plongée dans l'univers du vignoble vaudois, abordant le deuil, avec la perspective de la reconstruction. Deux femmes très différentes ont aimé et ont été aimées par le même homme. Face à cette trame quelque peu cliché, les scénaristes se sont amusés à créer un univers de femmes puissantes, s'inspirant notamment de «Big Little Lies», œuvre américaine à succès avec Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley et Laura Dern.

«Nous avons rusé afin que l'histoire dépasse celle de cocus. Nous avons féminisé de nombreux caractères et métiers, d'abord par exercice, puis Bruno (réd: Deville, le réalisateur, notamment connu pour avoir tourné «Bouboule») les a conservés», décrit Marie Fourquet. Dans le concept originel, les épisodes passaient du drame à la comédie, et les scénaristes ont cravaché pour trouver le bon ton. «Nous obtenons une forme d'ironie dramatique. Nous avons conservé tout de même un certain niveau de bonne humeur», indique Léo Maillard, le deuxième scénariste.

La musique accompagnant l'atmosphère de «Double vie» sera originale. «Avec un style qui se centre davantage sur les personnages, développe Léo Maillard, il fallait des chansons reflétant le travail intérieur et permettant d'appuyer la gravité de la situation.» La création musicale a aussi pour but d'éviter de plomber le budget. La facture des droits pour l'utilisation de rengaines existantes est coûteuse.

Des scénarios souvent critiqués

Depuis une dizaine d'années, la RTS a pour politique de valoriser ses fictions. Elle en vise une à deux par année grâce au pacte audiovisuel (voir encadré). «Nous voulons favoriser l'écriture et la création de nos propres crus. Sachant que la série est quelque peu le genre roi», relève Françoise Mayor. Il n'y pas de règle, si ce n'est d'être soit centré sur des personnages, à l'exemple de «Double-vie», soit sur une intrigue, comme avec «Quartier des banques», série récente se déroulant à Genève dans le monde des affaires.

«Souvent, le scénario est contemporain pour des raisons de budget. Il serait difficile et cher de boucler une rue pour le tournage d'une histoire d'époque», précise la responsable fiction. «Nous sommes souvent critiqués, relève Léo Maillard. Mais nous essayons d'écouter et de nous améliorer.» Sa consœur Marie Fourquet abonde: «Je crois qu'en Suisse les gens ont de la peine à être fiers de leurs productions. Je constate néanmoins une évolution de la qualité.»

Ma rue dans la télévision

La RTS relève qu'en termes d'audience, ses propres fictions s'en tirent mieux que les achats de productions étrangères. «Le public se plait à découvrir le miroir de sa région, avec parfois des angles de vues inédits», souligne Françoise Mayor. L'équipe de production et de réalisation compte s'amuser entre la Riviera et les vignes protégées par l'UNESCO. Les spectateurs vont pouvoir rêver.

Depuis le refus de l'initiative No Billag, qui aurait signé l'arrêt de mort des séries helvétiques, Gilles Marchand, patron de la SSR, a réaffirmé l'importance de l'investissement dans les productions maison. «Nous devons prendre confiance en nous, développe Françoise Mayor. «Station horizon», une série RTS, a été remarquée à l'étranger. Nous avons comme but premier de servir notre public, mais c'est plaisant de remarquer notre évolution.»

A quand un polar?

Avec un budget restreint, la RTS s'interdit d'imiter des succès avec moins de moyens. Du coup, elle ne s'est jamais lancée dans une série médicale ou un polar. «C'est peut-être ce qui manque, stipule Léo Maillard. Si un jour nous signons un bon policier, nous gagnerons certainement en respect.» La paire de scénaristes précise que l'une des difficultés est également d'imaginer des histoires se limitant à une seule saison. «Néanmoins, pondère Marie Fourquet, la politique change et nous avons de plus en plus de libertés. Il y a moins de tabous concernant la drogue et le sexe.»

Dès le mois de juin, le tournage débutera en Lavaux. Une cinquantaine de jours sont prévus pour l'enregistrement des images entre Montreux et Lausanne. Une grande partie de l'équipe logera à Crêt-Bérard, à Puidoux. «La version originale ressemblait plutôt à une sitcom, tournée presque entièrement en studio. Nous avons cherché à nous orienter vers l'extérieur, pour la transformer en une belle série», dévoile Jean-Louis Porchet.

Date:26.04.2018
Parution: 898

De B comme Béjart à Sils Maria: un producteur à succès

La série «Double vie» est tournée par CAB productions, une entreprise basée à Chavannes-près-Renens et fondée par Jean-Louis Porchet. Il a produit des longs-métrages à succès, comme «Merci pour le chocolat», «Bouboule» ou «Sils Maria». L'enseigne se charge également de documentaires, tels que «B comme Béjart» ou «La liste de Carla». Actuellement, le reportage de Delamuraz provient de CAB productions, comme les fictions de «Conquistador» ou «Hodler, journal érotique», qui sont en développement. «Double vie» dispose d'un budget de 4 mios de frs, couvert aux trois quarts par la RTS.

Recherche maison

La production est à la recherche d'une maison contemporaine dans les vignes avec vue sur le lac. Dans l'idéal, construite ou rénovée dès 2000. Cette habitation sera la demeure familiale des personnages principaux dont le mari est architecte. Durée de tournage trois semaines. Si vous pensez connaître la perle rare que cherche le producteur, vous pouvez le contacter à administration@cabproductions.ch

Sans pacte audiovisuel, pas de cinéma suisse

Le pacte audiovisuel signé en 2016 attribue chaque année 27,5 mios de frs à la SSR pour les produits sur écrans. Sans cet accord, il ne serait pas possible d'élaborer en Suisse des films de manière indépendante. En détail, 14 millions sont dévolus aux productions TV, 9 millions aux projets de long métrage et un million aux films d'animation. «Plus de 2'500 films et séries et plus de 130 coproductions ont ainsi vu le jour, dont les meilleurs ont été récompensés sur la scène internationale. «Heidi», «Schellenursli» ou «Ma vie de Courgette» ont attiré des millions de téléspectateurs», spécifie le message à propos du pacte, qui se termine en 2019. «A chaque nouvelle négociation, nous nous adaptons en fonction du public et des stratégies de réalisation, comme les droits VOD ou le doublage, complète Françoise Mayor. Vraisemblablement, celle qui sera discutée l'an prochain ne verra pas s'interrompre l'offre car l'investissement sera axé vers la création indépendante.»