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Les petites histoires dans la grande

Anecdotes La Confrérie des Vignerons, dont la création remonterait au Moyen Âge, décide au 18e siècle de récompenser les travailleurs méritants plutôt que de blâmer les médiocres. La Fête des Vignerons naît alors, célébrant le travail de la vigne et mettant à l'honneur les valeurs terriennes. L'événement grandit à chaque nouvelle mouture et devient incontournable pour le public veveysan, vaudois, national et international. Mais si les grandes lignes de l'histoire de la Fête sont connues, chaque édition a généré son lot d'anecdotes. Plongée non exhaustive au cœur de ces petites ou grandes péripéties qui ont fait le sel de la manifestation.

Photo: Farandole finale de la Fête des Vignerons de 1955, Confrérie des Vignerons

Valérie Passello

1797 De la parade au spectacle

Première édition de la Fête et prémisses de la structure que l'on connaît aujourd'hui. Une estrade est montée sur la Place du Marché, un spectacle est proposé. Il remplacera la parade organisée traditionnellement par la Confrérie des Vignerons à l'issue de son assemblée générale. Dans un climat tendu avec les autorités bernoises quelques mois avant la révolution vaudoise, toute allusion politique est prohibée.

1819 La Fête renaît de ses cendres

Les festivités sont prévues trois ans plus tôt, mais l'éruption du volcan indonésien Tambora le 10 avril 1815 a des conséquences climatiques dans le monde entier. Les poussières atmosphériques provoquent «l'année sans été» en 1816 et la culture des céréales en pâtit, entraînant famine et mort sur le vieux continent. L'heure n'est pas à la Fête. Mais elle revient en 1819, avec les jours meilleurs. La garde d'honneur des Cent Suisses, symbole de l'ancrage patriotique de la célébration, y fait son apparition, de même que les Armaillis et le Ranz des vaches, renforçant l'appartenance à la terre.

1833 Radicalisme religieux

Le mouvement piétiste, qui prône une régénération des valeurs fondamentales du protestantisme, critique la Fête pour ses cultes rendus aux faux dieux, ses déguisements et les images vénérées. Mais la tentative de propagande des piétistes tourne court, la Fête recueille un immense succès.

1851 Couronnement posthume

Henry Bény est l'un des vignerons primés. Comme il est décédé l'hiver précédant la Fête, la couronne est remise à son fils. Ce cas particulier se présentera à nouveau en 1955, où la veuve d'Adrien Genet-Porchet sera couronnée en l'honneur de feu son époux.

1865 Victime de la mode

La tendance des crinolines en fait grincer plus d'un. Les volumineuses robes cerclées d'acier prendront trop de place dans les tribunes et pèseront trop lourd, craignent les observateurs. Selon les calculs d'un chroniqueur historique, les 20'000 spectatrices attendues porteront sur elles 40 tonnes d'acier et assez de tissu pour couvrir la route de Lausanne à Berne.

1889 Solo pipe au bec !

Les décors sont romantiques, certaines des paroles du spectacle sont signées Jean-Jacques Rousseau, les danses sont celles de la cour de Marie-Antoinette. Pourtant, malgré le faste et la grandiloquence, c'est le Ranz des vaches, interprété en solo et pipe au bec par l'Armailli – notaire de profession – Placide Currat, qui marquera les esprits.

1905 Rasez cette barbe...

Le 20e siècle est en marche. Mais les traditions ont la dent dure. Monsieur Ellès, porte-drapeau de la Confrérie, demande s'il peut conserver sa barbe pour participer à la Fête. La commission des costumes tranche: s'il ne se rase pas et ne porte pas la perruque, l'intéressé ne sera pas le bienvenu.

1927 Des images clandestines

Le spectacle est filmé pour la première fois par des professionnels. Mais si ces images sont les seules à être agréées par la Confrérie des Vignerons, d'autres se mettent à circuler peu de temps après la Fête. Un cinéaste amateur, qui s'était vu refuser l'autorisation de filmer l'événement, aurait offert «force verres à un vendeur de cartes officielles, jusqu'à ce qu'un lourd sommeil s'en suive», afin d'installer des appareils automatiques permettant de tourner des images clandestines.

1955 Boiteux, mais pas manchot

Incarné par Samuel Burnand, le messager boiteux devient une figure veveysanne mythique, connue dans toute la Romandie. Troquant sa prothèse contre une vraie jambe de bois afin de mieux coller à son personnage, l'homme porte la bonne nouvelle jusqu'à Berne, invitant les autorités fédérales à la Fête. Il revient triomphalement de la capitale... à pied!

1977 Saisons bouleversées

Alors que dès 1905 les tableaux saisonniers de la Fête débutent par l'hiver pour se terminer par la Bacchanale, le librettiste Henri Deblüe mise sur un retour aux sources. Le spectacle commence par le printemps et se termine sur le renouveau, un printemps éternel célébrant le cycle chrétien du vin. Cette idée donne une dimension supplémentaire à l'événement, qui devient une réelle célébration.

1999 La lune éclipse tout

L'éclipse solaire du 11 août restera dans les mémoires. Le concepteur et metteur en scène de la Fête, François Rochaix, choisit de laisser toute la place à cet impressionnant phénomène naturel. Les spectateurs reçoivent des lunettes teintées à leur entrée dans l'arène. À 12h25, la musique s'arrête, les projecteurs s'éteignent, les figurants se figent et chaussent, eux aussi, leurs lunettes de protection. Le ciel assure le spectacle, pour la dernière fois du 20e siècle.

Source principale: «Du Labeur aux Honneurs», de Sabine Carruzzo-Frey et Patricia Ferrari-Dupont, édité par la Confrérie des Vignerons de Vevey

Date:08.05.2018
Parution: 900

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