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Martine Rebetez, climatologue:
« Oui, la Fête de la Nature a un impact écologique positif »

Environnement Observer la nature en ville, c'est possible. Telle est l'invitation lancée par la Fête de la Nature, du 25 au 27 mai. Le thème cette année, «La nature et ses créatures», permettra de découvrir la faune et la flore locales, avec des activités dans toute la Suisse. Objectifs de cette manifestation soutenue par l'Office fédéral de l'environnement: concevoir autrement notre rapport à l'environnement, sensibiliser à l'importance de la biodiversité, et surtout, faire naitre une conscience écologique chez les plus perplexes. De Lausanne à Vevey, de nombreuses animations sont prévues, entre ateliers d'agriculture urbaine, d'alimentation locale, de permaculture ou contes animés. L'occasion aussi de souligner, en compagnie de la climatologue Martine Rebetez, l'impact de ce genre d'événements sur la cause environnementale.

Martine Rebetez : « Il n'y a pas de doute possible sur les causes du réchauffement  »

Daniella Gorbunova

C'est bien connu, les petites bêtes ne mangent pas les grosses. Mieux encore, elles sont aussi fascinantes qu'omniprésentes dans notre environnement. Du centre-ville aux petites communes, la faune et la flore se cachent partout, et offrent un spectacle captivant à qui veut bien prendre la peine de le regarder. Faire découvrir la nature et ses créatures est le pari lancé par l'association de la Fête de la Nature pour son édition 2018, du 25 au 27 mai. Un événement annuel, avec une première édition en France qui date de 2007. La manifestation a dès 2011 pénétré les frontières helvétiques, en Romandie d'abord, sous l'impulsion du magazine La Salamandre, puis s'est rapidement répandue à travers tous les cantons.

Un rassemblement d'initiés?

La conscience de la nature qui nous entoure n'est de loin pas une évidence. Mais au-delà des égaiements proposés, susciter une prise de conscience écologique est la motivation sous-jacente de cette manifestation – soutenue par l'Office fédéral de l'environnement. «L'objectif de l'association, c'est d'initier le grand public à la biodiversité, la faune et la flore locales», souligne Elise Ruchonnet, organisatrice et coordinatrice de l'événement. Montrer des choses restées jusque-là inaperçues, ou même susciter des vocations. Le défi est de taille. Mais avec 12'000 visiteurs comptabilisés dans tout le pays l'année passée, à quel point l'événement touche-t-il réellement la population, et suscite une prise de conscience écologique? «Nous ne nous définissons pas comme écolos. Néanmoins il est vrai qu'en proposant des activités qui mettent les gens en contact avec la nature, nous leur faisons comprendre que ce sont des choses qu'il faut préserver, estime l'organisatrice. Toutefois, je pense que les personnes qui viennent participer à ce genre d'activités sont déjà un peu initiées aux thèmes que nous mettons en avant.» Non sans l'ambition de faire grandir la manifestation, et ainsi d'augmenter graduellement le nombre de visiteurs.

Jardinage ludique

La biodiversité, voire la révolution écologique, commence chez soi, dans son jardin. C'est du moins ce que soutient l'association Permaculture Riviera, qui permettra de faire découvrir à Corsier la permaculture et le compostage de façon ludique, en s'appuyant sur la Charte des jardins – un manifeste pour des enclos domestiques durables. «Il s'agira d'une sorte de jeu pour voir si les gens respectent la nature dans leur jardin, explique Eric Balsiger, membre de l'association et organisateur de l'activité. Puis il y aura des informations sur le compost et les différentes façons de composter.» Une occasion de mettre en avant l'importance des bons gestes au quotidien. «Pour moi, cette manifestation peut réellement susciter une prise de conscience par rapport à l'écologie et au développement durable, espère-t-il. Je pense que cela peut amener à modifier ses mauvaises habitudes; les personnes se rencontrent, parlent entre elles, échangent des idées... et les comportements suivent.» Dans cette même optique, à Lausanne, plusieurs ateliers sur l'agriculture urbaine et l'alimentation locale seront programmés.

Cap sur la jeunesse

Pour sensibiliser les petits à prendre soin de notre environnement, Vevey proposera de son côté des contes ludiques et interactifs. Des histoires à venir découvrir en famille, avec un accent sur le thème de la nature et ses créatures. Placée sous l'égide de L'association La Suisse Raconte, cette activité sera chaperonnée par Nathalie Jendly. Responsable de projets au Petit Musée des contes et récits, cette dernière voit l'écologie comme une façon d'être, un automatisme à inculquer dès le plus jeune âge: «J'imagine qu'aborder l'écologie et les sciences par le biais de la poésie, de la lecture ou encore des images permet de s'y sensibiliser inconsciemment. Familiariser les enfants avec la nature et ses petits êtres les encourage à prendre soin de ce qu'ils ont observé. Ils comprennent qu'ils sont intimement liés à ce qui les entoure.» Et au-delà, voir ses têtes blondes s'émerveiller devant la faune et la flore provoquerait également une prise de conscience chez les parents. Ainsi, le plaisir d'une activité familiale devient implicitement le moteur de la modification de certains comportements – et cela pour un monde meilleur.


Martine Rebetez : « Il n'y a pas de doute possible sur les causes du réchauffement  »
Titulaire d'une chaire conjointe de climatologie appliquée à l'université de Neuchâtel et à l'institut fédéral WSL de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, Martine Rebetez défend une approche dynamique et positive de l'écologie. Bien que rien ne soit gagné, cette climatologue salue l'importance d'événements comme cette Fête de la Nature et relève les nombreux progrès réalisés. Et en profite pour rejetter avec force toutes les théories qui cherchent ailleurs que dans l'activité humaine la source des gaz à effet de serre. «Ce n'est que de la désinformation, qui provient d'agences financées par les milieux pétroliers et miniers», assène-t-elle.

Des événements comme La Fête de la Nature participent-ils à une prise de conscience écologique chez le grand public?

> Oui, sans aucun doute, ils y participent. Toutefois je me demande à quel point cela touche essentiellement un public qui est déjà très informé, très intéressé, ou un nouveau public. Cela dit, même si la première option est la bonne, c'est l'occasion pour les gens intéressés d'acquérir de nouvelles informations.

Le thème cette année est «La nature et ses créatures». Dans quelle mesure un intérêt particulier porté aux petits écosystèmes locaux peut avoir un impact écologique positif?

> Il y aura un impact indirect. Car les gens qui sont motivés par ces actions pourraient, par exemple, décider de ne plus avoir de jardin avec un gazon tondu, mais un jardin fleuri. Ainsi, des émissions de gaz à effet de serre seraient économisées, et des insectes, donc aussi des oiseaux, seraient épargnés. Dans le domaine de la prise de conscience du réchauffement climatique, il y a aussi l'attention portée à la nature, qui amène à avoir des comportements plus harmonieux. Aujourd'hui, nous menons une vie qui nous pousse à consommer à outrance. Qu'il s'agisse de biens matériels ou de déplacements. Observer les petites choses du quotidien, notamment dans son jardin, ou dans la forêt proche peut apporter plus de sérénité et de bien-être. Plus encore, cela peut améliorer notre qualité de vie en général.

Aujourd'hui, le thème de l'écologie doit-il être attrayant, distrayant, voire «glamour» pour susciter l'intérêt?

> Dans tous les cas, je pense qu'il est important de rester positif. Pas seulement faire la liste de tout ce qui ne va pas, mais aussi mettre en avant les progrès effectués. Pour encourager les gens à faire encore mieux et pour montrer que des solutions existent. Par exemple, dans le domaine des changements climatiques, nous augmentons dramatiquement les gaz à effet de serre chaque année et nous peinons à trouver des solutions pour les réduire. Mais, malgré tout, nous arrivons tout de même à certaines réductions, ou du moins nous commençons à y arriver. Et c'est déjà un message positif à transmettre. Puis nous avons, depuis une trentaine d'années dans les pays occidentaux, beaucoup réduit la pollution de l'air. Cela est également très positif. Nous avons aussi largement réduit les atteintes à la couche d'ozone. Et cela n'aurait pu se faire sans une prise de conscience, qui a eu lieu dans les années quatre-vingts. Il y a beaucoup de domaines dans lesquels nous avons trouvé des solutions. Et il faut absolument poursuivre l'effort.

Sur les gaz à effet de serre, il est encore courant d'entendre des désaccords au sein même du milieu scientifique quant à leur provenance et à leur véritable influence sur la dégradation de la planète. En outre, la pollution agricole, qui serait un problème bien plus conséquent que la pollution liée aux transports, est de plus en plus évoquée. Qu'en pensez-vous?

> Les gaz à effet de serre sont totalement responsables du réchauffement climatique actuel. Toutes les autres théories ne sont que de la désinformation, qui provient d'agences financées par les milieux qui y trouvent de l'intérêt. C'est à dire les milieux pétroliers et miniers principalement. Mais il n'y a pas de doutes scientifiques possibles. L'argument des cycles de Milankovitch, notamment, est en réalité une méthode de désinformation. Il s'agit de prendre des choses qui sont en partie justes, puis les déformer. Certes, cela nous ferait à tous extrêmement plaisir que tout aille bien, pour que nous puissions continuer à prendre l'avion et la voiture à bon marché et sans hésiter. Parmi les gaz à effet de serre, il y en a deux produits par l'agriculture, dont le méthane et le protoxyde d'azote. Leur contribution à l'échelle planétaire est de l'ordre de 20% contre 65% pour le CO2. En Suisse, ils contribuent pour environ 10%, et le CO2 pour plus de 85%. Aussi, la déforestation est-elle une source très importante de CO2, plus de 20%. Et nous y contribuons beaucoup, indirectement, par l'élevage et la consommation d'huile de palme, entre autres.

Date:17.05.2018
Parution: 901

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