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Clic de fin pour les Bonnard Yersin

Vevey Le Musée suisse de l'appareil photo change de mains. Pascale et Jean-Marc Bonnard Yersin s'en vont après vingt-sept ans à sa tête, avec le sentiment d'avoir accompli leur mission. Plongée dans leur album-souvenir, foisonnant d'anecdotes cocasses, au moment où le journaliste spécialisé Luc Debraine leur succède.

Irrésistible: le pigeon-photographe du couple avait séduit les douaniers danois de l'aéroport de Copenhague.DR

Textes et photo: Amit Juillard

Déclenchement d'appareil photo. Crépitement d'un flash. A côté de leur pigeon-photographe empaillé mais adoré, Pascale et Jean-Marc Bonnard Yersin – co-directeurs du Musée suisse de l'appareil photo à Vevey – posent. «La balance des blancs et des couleurs est très bonne, commente Jean-Marc Yersin, un œil sur le rendu. Avant le numérique, c'était très compliqué d'atteindre ce niveau de qualité.» L'histoire de la photographie, les deux époux l'ont étudiée, sauvegardée, vécue. Elle est archéologue et lui photographe lorsqu'ils prennent la tête de ce «beau bateau qui n'a jamais pris la grande mer» en 1991. Vingt-sept ans plus tard, ils larguent les amarres. Direction le prochain port, celui de la retraite. C'est le journaliste spécialisé Luc Debraine (Le Temps et L'Hebdo notamment) qui reprend la barre pour les deux prochaines années. Fils d'Yves Debraine, photographe officiel de Charlie Chaplin, il a entre autres été commissaire d'exposition pour le Musée de l'Elysée.

Retour au quatrième étage. «Avec nous se termine la deuxième tranche de vie du musée fondé en 1979 par Claude Henry Forney, observe Jean-Marc Yersin. Nous lui avons offert une exposition permanente de qualité. Notre successeur pourra mettre l'accent sur les expositions temporaires. Nous vivons un moment où l'histoire de l'image est passionnante, avec les nouvelles technologies et leur impact sur la société.»

Processus de deuil

La révolution numérique, le couple l'a traversée. En ce début des années 2000, le musée s'étend, de la ruelle des Anciens-Fossés jusqu'à la Grande Place. Une nouvelle exposition permanente voit le jour. «A l'époque, cette révolution n'a pas du tout été perçue à sa juste ampleur, même par les plus grands analystes, se souvient Jean-Marc Yersin. Il y a eu une accélération sidérante!» Conséquence: il faut déjà repenser le contenu des salles. «Paradoxalement, c'est difficile à cette période de trouver des objets qui à peine nés deviennent obsolètes, explique Pascale Bonnard. Beaucoup de matériel argentique est abandonné dans les garages et les hivers laissent des traces. Souvent, nous repartons les mains vides. Nous avons accompagné ces photographes dans leur processus de deuil.» Pour trouver les premiers appareils numériques, les co-conservateurs chinent sur le web pour garnir leurs vitrines et suivre le rythme imprimé par l'évolution technologique.

Conférence pour les douaniers danois

Acquérir des raretés, des petits bijoux: le défi perpétuel des Bonnard Yersin. De trésors, ils ont rempli leur écrin. Et à chaque achat, son histoire. Comme lorsque ces plaques de daguerréotype en cuivre argenté – premier procédé photographique rendu public en 1839 – arrivent sur le seuil du musée dans un sac Migros. «Ce monsieur savait ce qu'il faisait, il exécutait les dernières volontés d'une personne proche», raconte Pascale Bonnard. Ce temple de la photographie compte aujourd'hui environ 15'000 pièces. Pour autant d'anecdotes. Exemple lorsque l'institution est nominée pour le Prix du musée européen de l'année en 2003 à Copenhague: «Nous avions choisi d'emporter notre pigeon empaillé équipé d'un petit appareil photo, destiné à l'origine aux prises de vue aériennes pour le compte de l'armée qui les a testées, mais jamais achetées, sourit le tandem. Les douaniers danois, curieux et plein d'humour, ont eu droit à une présentation détaillée dans l'aéroport à notre arrivée comme à notre départ!» Avant de quitter leurs postes, le duo publiera le sixième et dernier tome de sa série «Les yeux des photographes». Le testament d'une mission accomplie.

Date:31.05.2018
Parution: 903

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