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Qui sont ces bénéficiaires des Cartons du cœur ?

Précarité Les Cartons du cœur Riviera nourrissent les plus démunis de la région depuis 25 ans. En toile de fond, un constat: la pauvreté ne cesse d'augmenter. En 2017, près de 1'400 personnes ont reçu 32 tonnes de nourriture, soit 5% de plus qu'en 2016. Pour Le Régional, des bénéficiaires témoignent.

Soixante bénévoles s'affairent à remplir les cartons à bananes destinés aux plus démunis tout au long de l'année.DR

Amit Juillard

La précarité augmente. Le constat est fréquent, les appels à l'aide aussi. Il est des chiffres qui ne trompent pas. Les Cartons du cœur Riviera «célèbrent» leurs 25 ans dans la région. Les guillemets sont ici de mise: toute structure venant en aide aux plus démunis a la vocation utopique de disparaître avec la pauvreté. «Il y a constamment plus de demandes», déplore Olivier de Rham, président de l'association. En 2017, le nombre de livraisons de première nécessité a augmenté de 5% par rapport à 2016. «Nous enregistrons environ vingt nouveaux demandeurs par mois, décompte cet ancien chimiste chez Nestlé. Notre idée est d'aider les personnes en difficulté temporaire. Or, certaines aides s'inscrivent dans la durée.» Résultat, 1'343 bénéficiaires pour les 32 tonnes de nourriture récoltées auprès de la population l'an dernier.

Quantité de dons «sidérante»

Le profil des récipiendaires est pluriel (lire ci-dessous). «Il y a des étudiants, des gens en attente de leur rente assurance invalidité, des familles endettées, des travailleurs précaires, des mères de famille qui n'ont pas droit au chômage... énumère Olivier de Rham. Nous distribuons sans procéder à des contrôles, ce qui permet de boucher certains trous du filet social. Nous essayons bien sûr de faire la chasse aux abus, mais ceux-ci ne concernent vraisemblablement qu'un très petit pourcentage.» Taux de chômage localement élevé, travail sur appel, entreprises aux exigences plus élevées à l'embauche et au licenciement plus facile, frais médicaux, dettes: autant d'explications à la hausse des demandes, selon lui. Mais comment colmater les brèches durablement? «Il faudrait peut-être augmenter les barèmes sociaux, qui ne sont parfois pas suffisants, mais aussi garantir par exemple une stabilité aux personnes qui travaillent sur appel, leur garantir un revenu minimum», imagine le retraité.

Non-subventionnée, la section Riviera vit uniquement grâce aux dons de nourriture et d'argent de la population. «La base de dons est sidérante, s'enthousiasme Olivier de Rham. Nous faisons du déficit chaque année, mais nous disposons d'une certaine fortune dans laquelle nous pouvons puiser. Raison pour laquelle nous ne touchons pas d'argent public. Mais la commune de Montreux nous fournit un abri pour stocker nos dix-sept tonnes et nous collaborons avec les services veveysans.»

60 bénévoles à l'année

Compléter le stock par des achats, remplir les cartons à bananes et les distribuer ensuite: voici la tâche des 60 bénévoles qui offrent de leur temps à l'année. Lors du grand ramassage de novembre, ils sont 220 à faire le pied de grue dans les treize magasins Coop et Migros de la Riviera. «Mais nous cherchons toujours des gens prêts à venir nous aider durant deux heures une à deux fois par mois», rappelle Olivier de Rham. Lequel, lui aussi, donne de son temps gratuitement: «Quand j'ai pris ma retraite, j'ai cherché à faire quelque chose d'utile. J'ai d'abord collaboré quatre ans durant avec L'Etape (réd: centre d'accueil œcuménique à Vevey) avant de rejoindre les Cartons du cœur en 2017. J'ai beaucoup reçu de la société et je me sens redevable.»

Date:31.05.2018
Parution: 903

« Aucun de mes parents ne peut m'aider »

«Je suis aux études. Aucun de mes deux parents ne peut m'aider. J'ai trop d'heures de cours pour pouvoir travailler. Je touche une petite bourse de 19'000 frs par an, mais je dois payer mon loyer, mes frais d'écolage, mon abonnement de transports publics, mes frais ménagers et mon assurance maladie. Dans ma classe, beaucoup d'étudiants sont dans mon cas. C'était la première fois que je faisais une demande aux Cartons du cœur. Les produits alimentaires de base reçus m'ont permis d'économiser pour trois ou quatre mois de courses.»

Chloé, région de Montreux (prénom d'emprunt)

« Je n'arrive pas à boucler mes fins de mois »

«J'ai fait une demande auprès des Cartons du cœur parce que je n'arrive pas à boucler mes fins de mois. Je vis seul avec mes filles de six et dix ans et dois m'occuper financièrement de mes parents malades restés en Espagne. Ma mère a un cancer et mon père est dans un EMS. Je travaille, mais mon revenu ne me permet pas de payer le loyer et le reste. Ces deux derniers mois, je n'ai pas pu régler les assurances de mes enfants. C'est une employée de Caritas qui m'a conseillé de contacter les Cartons du cœur. Je vais recevoir une première livraison à la fin de mois.»

Carlos, région de Vevey (prénom d'emprunt)

« L'Etat refuse de continuer à me verser le RI »

«Je suis française, j'habite en Suisse depuis neuf ans. Mon autorisation de séjour prend fin bientôt. L'Etat refuse donc de continuer à me verser le revenu d'insertion (RI). Je me suis fait opérer récemment, pour la sixième fois depuis décembre 2017. Impossible pour moi de payer mon loyer et ma nourriture. Je n'ai nulle part où aller. Je suis complètement désespérée parce que toutes les portes se ferment. Dans le carton livré, il y avait largement pour trois semaines de nourriture et de produits d'hygiène. C'est génial, ils ont pensé à tout.»

Liyah, région de Montreux (prénom d'emprunt)

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