Télécharger
l’édition n°904
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Yvette partage son Sud entre anecdotes et pinceaux

Savigny Yvette Bovay expose pour la première fois à la boutique pART'ages. Des peintures de la mer, du Sud ou d'Irlande qui l'inspirent tant. Une femme de 81 ans coquette et pleine d'énergie qui n'a rien perdu de son accent du Var (France) malgré ses cinquante années en Suisse. Rencontre.

Quitté en 1967, le Sud ne cesse d'habiter Yvette Bovay, qui l'exprime dans ses peintures ou avec son accent.DR

Texte et photo: Valérie Blom

Elle est si élégante, Yvette. Avec ses ongles rouges assortis à son rouge-à-lèvres et à ses boucles d'oreilles. A Savigny, elle est connue comme la dame aux chapeaux et aux longues jupes. «C'est vrai que je ne sors jamais sans couvre-chef, précise-t-elle. Ce serait comme si je n'avais pas de chaussures.» Ce que le village et les environs ont récemment découvert, c'est qu'Yvette Bovay peint. Depuis son enfance dans le sud de la France, elle manie le pinceau. Et pour la première fois, elle présente ses tableaux à la boutique pART'ages. Ses œuvres seront visibles jusqu'au 17 juin, l'exposition ayant été prolongée.

«C'est elle qui est venue pour réserver l'espace durant notre marché de Noël, explique Lucie Weber, propriétaire de pART'ages. Elle savait ce qu'elle voulait!» ajoute-t-elle en souriant. A 81 ans, Yvette Bovay déborde d'énergie. Elle passe du petit canapé à la chaise, s'agite et tape du poing sur la table en rigolant. «Ah ça c'est une sacrée histoire!» La Française d'origine semble avoir traversé le siècle sans que les années finissent par la marquer. Avant-dernière d'une fratrie de 9 enfants, elle se souvient de la guerre, même si elle était toute jeune. Gamine déjà, elle dessinait. Sa maîtresse voulait l'envoyer aux Beaux-Arts. Mais le conflit mondial lui ayant pris son père, impossible de réaliser ce rêve.

Une exposition en secret

Or, il en faudrait davantage pour retirer le pinceau des mains d'Yvette. Elle dessine ou peint partout, sur les cartons ou les enveloppes. Au point de se faire réprimander par son mari. «Il me disait lorsque nous étions au milieu des paiements», s'esclaffe l'artiste. Sa première exposition a même été mise sur pied dans le dos de son époux. «Il est parti travailler et j'ai installé mes tableaux dans la maison, sur les tables et les bancs. Puis j'ai invité tous mes amis.» Le soir-même, elle s'exclame victorieuse qu'elle en a vendu 5! «Mon mari a alors commencé à me laisser faire.»

Elle est si joyeuse, Yvette, que sa bonne humeur est contagieuse. Elle s'exprime avec ce joli français des aînés, ponctué d'expressions ou de mots moins utilisés à présent. Et cet accent du sud, qui ne la quitte pas, malgré le nombre d'années passées en Suisse. Elle a quitté sa patrie natale peu de temps après un chagrin d'amour en 1967. «J'étais si amoureuse, il était marié, nous nous voyions en cachette.» Après la rupture, une amie d'Yvette l'a invitée à venir travailler à Echallens. «Le Café des 3 Suisses cherchait une sommelière, je suis allée alors que je ne connaissais rien au service!» Et c'est en zigzaguant entre les tables qu'elle va rencontrer Philippe, son futur mari.

La mer, son évasion

«Lorsque je suis tombée enceinte, en rentrant du gynécologue je confiais à une amie que si Philippe ne voulait pas garder le bébé, je rentrais illico en France! Mais il m'a regardée en me disant qu'il voulait me marier...» Touchante, sincère, elle confie ses anecdotes. Drôles, ou non. Les larmes lui montent aux yeux lorsqu'elle évoque son chien perdu, Paddy. A dix ans, il est décédé subitement alors que la Savignolane l'emmenait au Tierspital à Berne. C'était son compagnon depuis la disparition de son époux, il y a vingt-et-un an.

«Il me suit», livre-t-elle doucement en désignant les photos de son mari dispersées dans la pièce. «Je me suis réveillée une nuit, je l'avais vu en rêve. J'ai réalisé que peu importe où j'irai, il me suivrait.» Une mélancolie l'accompagnant dans ses peintures, où la mer – qu'elle chérit alors qu'elle ne sait pas nager – se déchaîne parfois. «Je ne sais pas pourquoi la mer, peut-être son association à la liberté...», enchaîne-t-elle. Une ode à l'évasion, avec les bateaux de ses œuvres qui voguent où le vent les mène.

Les oubliés de la guerre

Et puis, parmi les paysages de l'Irlande ou du Sud de la France, son préféré. Des enfants, un casque de soldat sur la tête, jouent sur une plage détruite, marquée par le conflit. «Il s'intitule les oubliés de la guerre. Or, ces bambins incarnent l'espoir, puisqu'ils s'amusent...» Malgré ses épreuves, Yvette Bovay respire l'amour. Celui pour son fils, Thierry Bovay – à la tête de laprod.tv et ancien directeur d'Ici TV – mais pour tous les gens qui passent dans sa vie. La preuve avec cette amie venue de Grandvaux pour son exposition, ou dans sa manière de saluer. «Je vous embrasse pour vous dire au revoir! Je dirai à mon fils qu'une jeune fille m'a fait pleurer aujourd'hui, rigole-t-elle. Oui, quelle bonne idée, je vais le faire marcher!» Impossible de rester de marbre devant cette sincérité brute. Le soleil de ses tableaux finit par toucher le cœur des visiteurs.

Date:07.06.2018
Parution: 904

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio