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Antennes et enfants, la peur

La Tour-de-Peilz Des habitants se mobilisent contre l'installation d'une station de téléphonie mobile à proximité d'une garderie.

Une cinquantaine d'habitants ont participé à la séance d'information organisée par Nathalie Christe et Annick Bally (au premier plan).DR

Texte et photo: Priska Hess

Ils étaient une cinquantaine, dimanche en fin d'après-midi, à participer à la séance d'information organisée au numéro 40 du chemin de Vassin par Nathalie Christe et Annick Bally, habitantes du quartier. Surpris, sceptiques, inquiets, fâchés. Motif, le projet de l'opérateur Salt d'y installer une station de base de téléphonie mobile avec six antennes émettrices, à l'enquête publique jusqu'au 28 juin. «Ni la régie ni le propriétaire du bâtiment ne nous ont avertis. Nous l'avons appris par hasard d'un voisin!», se scandalisent les deux fers de lance. Leur objectif: informer le plus possible d'habitants ayant le droit de faire opposition, soit dans un rayon de 503 mètres, en distribuant lettres et oppositions types. «Le bâtiment se trouve dans une zone de forte densité avec une garderie à quelques dizaines de mètres, plus des écoles et unités d'accueil dans le périmètre concerné», argumente Nathalie Christe, inquiète face aux «possibles effets nocifs des rayonnements générés en continu par ce type d'installation.» Les enfants étant particulièrement vulnérables aux ondes. D'ailleurs, en France, une loi votée en 2015 interdit le wifi là où il y a des enfants de moins de trois ans, donc dans les crèches et garderies.

La faute aux utilisateurs?

Mais pourquoi cette nouvelle station, alors que la zone est déjà couverte en 4G par Salt?. D'autant plus que la commune compte déjà une quinzaine d'emplacements d'antennes. Selon Benjamin Petrzilka, porte-parole de l'opérateur, les utilisateurs sont toujours plus friands de téléchargements mobiles – la quantité de données transmises doublerait tous les 12 mois. Or, la capacité des antennes est toujours partagée et cela réduit en conséquence les débits de téléchargements individuels. «D'où la forte demande pour de nouveaux projets là où les utilisateurs ont l'habitude de passer leur temps lorsqu'ils sont connectés. La 4G+ que nous prévoyons à cet endroit permet d'augmenter la capacité par un facteur trois.»

Quant à la Municipalité, elle se contente de suivre la mise à l'enquête selon la procédure habituelle. «Nous ne nous prononcerons qu'une fois celle-ci terminée, après avoir reçu les réponses de l'opérateur aux éventuelles oppositions», résume le syndic Alain Grangier. Sur cette base, la Municipalité décidera alors de délivrer ou non le permis de construire.

Date:14.06.2018
Parution: 905

Les champs «peut-être cancérogènes»

Alors que les cas de personnes se disant «électrosensibles» se multiplient (voir ci-dessous le lien vers notre dossierà ce sujet), on est loin de connaître les possibles effets à long terme des champs électromagnétiques sur la santé humaine, malgré les nombreuses études. Les instances officielles se montrent prudentes et évitent tout alarmisme invoquant le fait que «aucun impact sanitaire n’a pu être mis en évidence scientifiquement jusqu’à présent» (source: Office fédéral de l’environnement OFEV, Rayonnement de stations émettrices et santé», 2013. Le Centre international de Recherche sur le Cancer de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a classé les champs magnétiques de radiofréquences comme «peut-être cancérogènes pour l’homme, sur la base d’un risque accru de gliome, un type de cancer malin du cerveau, associé à l’utilisation du téléphone sans fil» (lien vers le communiqué complet ci-dessous). «Outre des indices sur un rôle lors du développement de maladies cancéreuses, une modification des ondes cérébrales, du débit sanguin cérébral, de la qualité des spermatozoïdes et une déstabilisation des informations génétiques», indique pour sa part l’association des Médecins en faveur de l’Environnement, s’en référant aux études scientifiques sélectionnées et discutées par BERENIS (groupe consultatif de l’OFEV en matière de rayonnement non ionisant).

L’association romande alerte.ch elle, lutte sans relâche «pour faire admettre qu'il existe un risque connu à l'exposition aux rayonnements non ionisants et empêcher la prolifération des antennes». Sur son site régulièrement mis à jour, elle recense de nombreux articles et études sur le sujet. Comme, parmi les dernières en date, celle de l’institut Ramazzini, dont les résultats ont été publiés dans une revue scientifique. Réalisée sur des rats exposés sur une longue durée à des ondes de téléphonie mobile «variées et à intensité faible», elle démontre chez les rats irradiés un risque beaucoup élevé d’un type de cancer cardiaque relativement rare. Ou encore cette autre récente étude menée par une équipe de chercheurs indiens, «publiée dans une revue scientifique à comité de lecture» précise le site, montrant que l’exposition chronique à faible dose aux rayonnements de la téléphonie mobile endommagerait l’ADN des riverains d'antennes-relais.

Notre dossier complet "Quand les ondes rendent malade"

Les explications de Salt

«Dans un secteur donné, les utilisateurs présents se partagent la capacité des antennes à proximité, réduisant ainsi mathématiquement les débits de téléchargement pouvant être atteints par chaque utilisateur. Que ce soit à travers des sites, des applications ou la consommation de contenus au format vidéo, les mobinautes suisses sont toujours plus friands de téléchargements mobiles. Actuellement, la quantité de données transmises sur les réseaux mobiles en Suisse double tous les 9 à 12 mois. Ces tendances inversées expliquent la forte demande pour de nouveaux projets de téléphonie mobile là où les utilisateurs passent la majorité de leur temps lorsqu’ils sont connectés au réseau, notamment dans les zones résidentielles. L’antenne prévue à la Tour-de-Peilz servirait donc à améliorer la couverture réseau – notamment à l’intérieur des bâtiments – ainsi qu’à augmenter le débit de téléchargement de données dans le centre du village. Concrètement, le site en question offrira de la technologie 4G+ avec des débits théoriques maximaux pouvant atteindre 1 Gbit/s», explique Benjamin Petrzilka, en soulignant: «La réglementation suisse est particulièrement stricte en matière de rayonnement non ionisant (RNI). Cette spécificité réglementaire a donné lieu en terres helvétiques à une densité relativement élevée d’antennes dont le champ de rayonnement optimal ne dépasse souvent pas les quelques centaines de mètres.» Par ailleurs, la problématique des antennes occulte souvent celle du rayonnement des téléphones portables: «Rares sont ceux qui renoncent complètement à l'utilisation d'un téléphone mobile ou smartphone – aussi parmi les personnes électrosensibles. De ce fait, le rayonnement direct émis par l'appareil est totalement négligé. Ce rayonnement est considérablement plus intense que celui émis par les antennes de téléphonie mobile et il s'accroît davantage plus l'antenne est éloignée du téléphone mobile de l'utilisateur», souligne le porte-parole de Salt.

Non à l’augmentation des valeurs limites… pour l’instant

Le 5 mars dernier, en dépit de l’avis favorable du Conseil Fédéral, le Conseil des Etats a refusé à une très courte majorité d’assouplir les prescriptions sur le rayonnement émis par les installations de téléphonie mobile via une modification de l'Ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI) adoptée en 1999. «L’infrastructure de téléphonie existante est proche de l’effondrement» s’alarmait pourtant la Commission des transports et communications, à l’origine de cette demande. A l’appui, des chiffres fournis par Swisscom: environ la moitié des installations du pays généreraient déjà des émissions atteignant plus de 90% de la limite autorisée pour leur site, et trois quart déjà 70% de la valeur maximale. La Suisse applique, en effet, des normes plus restrictives que celles en vigueur dans la plupart des pays européens. Cependant, elle «n’est pas le seul pays à imposer une législation draconienne en matière de rayonnement non-ionisant. L’Italie ou certaines villes comme Bruxelles ou Paris imposent depuis plus ou moins longtemps des normes qui se rapprochent de celles pratiquées en Suisse, même si leur application est facilitée parfois par des méthodes de mesures moins rigides», souligne sur son blog Xavier Studer, analyste des nouvelles technologies et télécoms.

Le 8 décembre 2016, le Conseil des Etats avait déjà rejeté une première motion dans le même sens. Ce nouveau vote pourrait compromettre le lancement de la 5G et impacter la place économique suisse, avertissent les opérateurs, à l’instar de Swisscom. Reste qu’une modification d’ordonnance relève d’abord de la compétence du Conseil fédéral. Qui devra tôt ou tard procéder à une nouvelle pesée d’intérêts, entre d’un côté le développement futur des réseaux mobiles en Suisse et de l’autre côté les impacts prouvés ou soupçonnés sur la santé de la population, d’autant plus avec l’arrivée de la 5G.

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