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Lionel Girardin bientôt de retour ?

Vevey Le municipal socialiste se dit prêt à reprendre du service dès le 1er juillet, pour autant que son état de santé le lui permette. Par la voix de son avocat, il critique «le manque d'impartialité et d'indépendance» du Conseil d'Etat et fera recours contre sa décision de le suspendre. Dans le même temps, le Canton a nommé le socialiste Michel Renaud, ancien président du Grand Conseil, comme municipal de remplacement. Par ailleurs, Vevey Libre demande la suspension du versement du salaire de Lionel Girardin, notamment soupçonné de gestion déloyale et d'enrichissement illégitime dans le cadre de sa présidence de la Fondation Apollo.

«Mon mandant est innocent et le contraire n'a pas été prouvé»

Amit Juillard

«Oui, si son état de santé le permet, à compter du 1er juillet.» Me Ludovic Tirelli, l'avocat de Lionel Girardin, municipal socialiste soupçonné de conflits d'intérêt, de gestion déloyale et d'enrichissement illégitime dans le cadre de sa gestion de la Fondation Apollo, l'affirme: son client est prêt à reprendre son poste dès la fin de son arrêt maladie*. Pourtant, le Conseil d'Etat vient de nommer Michel Renaud, ancien député socialiste, à sa place, après l'avoir suspendu de ses fonctions de municipal pour les six prochains mois.

Une décision contre laquelle Lionel Girardin va donc recourir. Motif: il considère que le gouvernement cantonal est à la fois juge et partie puisqu'il est l'auteur de la plainte pénale à son encontre et qu'il se base sur cette même plainte pour le priver de son poste de municipal. «D'une part nous contestons le manque d'impartialité et d'indépendance du Conseil d'Etat dans cette cause, d'autre part nous estimons que les motifs invoqués à l'appui de la suspension ne suffisent pas à la prononcer», étaye l'avocat.

Suspension «injustifiée»

Ce dernier rappelle par ailleurs que Lionel Girardin n'a pas été entendu dans le cadre de l'audit du Contrôle cantonal des finances (CCF), dont les résultats ont encouragé la procédure pénale en cours, alors qu'il avait annoncé se tenir à disposition. Dans les faits, le municipal n'a pas répondu à la convocation initiale du CCF, qui n'a pas mené d'entretien de clôture, passant le témoin au procureur.

«S'agissant de la suspension, il (réd: Lionel Girardin) la considère injustifiée sachant que ses compétences de municipal n'ont jamais été mises en cause et ne sont en aucun cas affectées par «l'affaire» que d'aucuns ont cherché à construire», explique Me Ludovic Tirelli. Sur le fond, Lionel Girardin clame son innocence: «Mon mandant est innocent et le contraire n'a pas été prouvé», rappelle son avocat. Lequel, questionné sur l'état d'esprit de son client, souligne son «grand courage», «pour quelqu'un qui a subi un flot ininterrompu d'attaques médiatiques et politiques de bas étage.»

Un recours contre sa suspension n'a pas d'effet suspensif automatique. «Nous pourrions demander la restitution de l'effet suspensif, confirme Me Ludovic Tirelli. Mais le but de mon mandant n'est évidemment pas de paralyser le fonctionnement des autorités veveysannes. Nous réfléchissons actuellement à la meilleure solution pour préserver tant les intérêts de mon mandant que le bon fonctionnement du collège municipal.» 

Médiateur à la rescousse

C'est le 13 juin que cette décision est tombée. «À la suite de la requête de la Municipalité de Vevey, et après avoir pris connaissance des déterminations de l'élu, le Conseil d'Etat a décidé de suspendre Lionel Girardin de ses fonctions de conseiller municipal.» Résultat, l'édile socialiste a l'interdiction de siéger en séance de Municipalité et ses dicastères sont redistribués entre les quatre municipaux restants.

Dans le même temps, le Conseil d'Etat nomme Michel Renaud, ancien municipal socialiste d'Ollon, fort de 27 ans d'expérience au Grand Conseil, qu'il a présidé en 2003-2004. But de l'opération: garantir le bon fonctionnement du collège lorsqu'au moins deux de ses membres se récusent, ce qui empêche la prise de décision (quorum). Tout s'enchaîne rapidement. Le 14 juin, Michel Renaud prête serment devant le bureau du Conseil communal, juste avant la séance. Et ce lundi 18 juin, peu avant 15h30, il sort de sa première séance de Municipalité. «Elle a été longue, lâche-t-il au Régional, un sourire dans la voix. J'ai trouvé la situation à laquelle je m'attendais. Je ne regrette pas d'avoir accepté ce mandat. Toutes les choses doivent être relativisées, les choses essentielles se font.»

En filigrane, le Conseil d'Etat attend de Michel Renaud qu'il endosse un rôle de médiateur. «Le mot est peut-être un peu fort, tempère-t-il. Je suis là pour mettre de l'huile dans les rouages, d'essayer de trouver de l'apaisement. Je suis un homme de consensus et tout le monde est content que je sois là. Je participe aux discussions, mais ne vote que si le quorum n'est pas atteint.» A quelle fréquence surgit un tel cas de figure? «Je ne pense pas que je vais voter souvent...» analyse-t-il. A ce propos, le municipal de Vevey Libre Jérôme Christen rappelle sur les réseaux sociaux que cela ne s'est produit que deux fois depuis le début de l'absence de Lionel Girardin.

Salaire de Lionel Girardin en ligne de mire

Suspendu, Lionel Girardin continue à toucher son salaire de quelque 105'000 frs par an pour un 60%. Et ce indépendamment du fait qu'il soit en arrêt maladie. Choquant pour certains. «Du point de vue de la conservation des biens communaux, cette situation n'est pas tenable», déplore Vevey Libre. Le parti demande que la Municipalité «franchisse un pas suivant en suspendant son salaire et autres avantages dans les plus brefs délais.»

*Lire l'interview complète de Me Ludovic Tirelli ci-contre.

Date:21.06.2018
Parution: 906

«Oui, si son état de santé le permet, Lionel Girardin est prêt à reprendre ses fonctions»

Sur quelle base allez-vous faire recours contre la décision du Conseil d’Etat de suspendre votre client? Quelle sera votre stratégie? Quelle sera votre argumentation?

Nous ne sommes pas en guerre, ce n’est donc pas le lieu de parler de stratégie. Et vous comprendrez que je ne vous dévoile pas notre ligne de défense. Je puis toutefois vous dire que d’une part nous contestons le manque d’impartialité et d’indépendance du Conseil d’Etat dans cette cause, d’autre part nous estimons que les motifs invoqués à l’appui de la suspension ne suffisent pas à la prononcer.

Est-ce à dire que votre client conteste sa suspension, et cas échéant continue de se dire innocent?

Bien entendu. Mon mandant est innocent et le contraire n’a pas été prouvé. Cette question fait l’objet d’une procédure pénale et il appartient désormais au Ministère public de se prononcer. Pour ma part, je regrette l’empressement du Conseil d’Etat à déposer une plainte pénale ayant pour seul fondement un audit dans le cadre duquel personne n’a pris le soin d’entendre M. Lionel Girardin, malgré le fait qu’il avait annoncé se tenir à disposition. Pour le surplus, mon mandant conteste sa suspension car, comme exposé, ses fondements sont instables.

Comment votre client vit-il cette situation?

Pour quelqu’un qui a subi un flot ininterrompu d’attaques médiatiques et politiques de bas étage, je le trouve d’un grand courage. S'agissant de la suspension, il la considère injustifiée sachant que ses compétences de municipal n'ont jamais été mises en cause et ne sont en aucun cas affectées par «l'affaire» que d'aucuns ont cherché à construire.

Puisqu’il conteste sa suspension, est-il prêt à reprendre ses fonctions? Si oui, quand?

Oui, si son état de santé le permet, à compter du 1er juillet.

Comment considérez-vous le fait que le municipal ad hoc nommé en remplacement de votre client ait déjà été assermenté devant le bureau du Conseil communal et qu’il assistera à sa première séance de Municipalité ce lundi 18 juin? Un recours de votre part a-t-il un effet suspensif?

Dans le cadre du recours nous pourrions demander la restitution de l’effet suspensif. Mais le but de mon mandant n’est évidemment pas de paralyser le fonctionnement des autorités veveysanes. Nous réfléchissons actuellement à la meilleure solution pour préserver tant les intérêts de mon mandant que le bon fonctionnement du collège municipal.

Ne craignez-vous pas qu’un recours contre la suspension de votre client puisse susciter l’incompréhension des citoyens veveysans? Un tel recours pourrait suggérer que votre client s’accroche à son poste et souhaite continuer de toucher son salaire.

Si un jour vous êtes suspendu de vos fonctions sans motif valable, j’imagine que vous vous battrez pour que la vérité soit faite ainsi que pour le rétablissement de vos droits. C’est précisément ce que fait mon mandant. Et ça les citoyens veveysans sont parfaitement à même de le comprendre, pour peu qu’ils ne s’arrêtent pas à la surface des choses que les médias et autres «personnes politiquement intéressées» leur prémâchent. Je ne doute pas une seconde de la compréhension des veveysans et ai confiance en leur clairvoyance.

Comment avance l’enquête du procureur? A-t-il inculpé votre client?

L’enquête du procureur suit son cours. Mon client n’a pas été inculpé. L‘enquête étant entamée, je n’en dirai pas davantage en l’état.

Conflit d’intérêts pour la syndique?

A la demande du Canton, l’ordre du jour du Conseil communal du 14 juin a été modifié. La réponse de la Municipalité à une interpellation sur les jetons de présence touchés par la syndique verte Elina Leimgruber pour ses activités au sein du conseil d’administration de la Romande Energie a été retirée. Motif: ses collègues de Vevey Libre, Jérôme Christen et Michel Agnant ont fait recours auprès du Canton. Ils estiment que la syndique aurait dû spontanément se récuser au moment de traiter cette interpellation pour éviter tout conflit d’intérêts.

«Une procédure est en cours, je n’ai pas à prendre position, coupe la syndique. C’est le Conseil d’Etat qui tranchera. Je m’étais renseignée auprès du Service des communes et du logement de l’Etat de Vaud qui avait estimé que la question posée relevait du domaine privé et non de l’activité de la Municipalité. Par souci de transparence toutefois, j’ai donné mon accord pour que la Ville réponde à cette interpellation.»

Sur le fond, le conseiller communal Nicolas Bonjour, l’interpellateur, et son parti, Vevey Libre, reprochent à Elina Leimgruber de ne pas restituer à la Commune – comme le faisait son prédécesseur Laurent Ballif (PS) – les 48'000 frs annuels qu’elle perçoit. Réponse de la syndique: «L’Etat et les services communaux m’ont confirmé que ces montants n’ont pas à être reversés à la Commune puisque je ne représente pas la commune de Vevey à la Romande Energie et que le Conseil d’Etat m’a nommée ad personam. Si je devais reverser ces montants, ce serait à l’Etat de Vaud.»

 

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