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« L'école nous met devant le fait accompli »

Aigle Des mamans s'insurgent contre le transfert de leurs enfants, prévu dès la rentrée, du Collège de la Grande-Eau au centre-ville, à un pavillon provisoire dans le quartier de la Planchette au nord-ouest de la cité. Elles pointent un déficit d'information et de concertation de la part de l'école.

Jeanne Bengono, Stefania Jonsson, Sarah Gay et Fanny Guillard (de g. à d.) sont quelques-unes des mamans qui entendent se battre pour que leurs enfants ne soient pas déplacés.

Texte et photo: Valérie Passello

Colère, incompréhension, inquiétude pour leur progéniture, plusieurs mamans n'en reviennent toujours pas du courrier reçu le 30 mai dernier. Émanant de l'établissement primaire et secondaire d'Aigle, il annonçait qu'en raison d'une «augmentation spectaculaire des effectifs» à la rentrée d'août 2018, deux classes supplémentaires seraient ouvertes dans des pavillons modulaires temporaires. Problème, ces classes seront installées sur le site de la Planchette, situé à 1,5 km au nord-ouest du collège de la Grande-Eau, où leurs rejetons sont actuellement scolarisés. Sarah Gay est révoltée: «Nos enfants n'ont que cinq ans. Ils ont dû s'adapter au système scolaire et se sont fait des amis. Maintenant, on va les déplacer dans un autre établissement, les mettre dans une nouvelle classe, avec un prof et des camarades qu'ils ne connaissent pas.» La crainte que les enfants soient perturbés est dans l'air: «Les maîtresses essaient de nous rassurer, mais je ne sais pas du tout comment aborder le sujet avec ma fille», soupire Fanny Guillard.

La Planchette sinon rien

Parmi les cinq familles ayant contacté Le Régional, plusieurs ont, pour des raisons pratiques, emménagé près de l'école. Sarah Gay s'interroge: «Serait-il au moins envisageable d'installer un pavillon à la Grande-Eau?» Réponse de la municipale des bâtiments Isabelle Rime: «Je peux comprendre la réaction émotionnelle des parents. Mais comme il y a déjà un module à la Planchette, il est moins coûteux d'installer eau, sanitaires et électricité dans un pavillon situé à côté du premier, plutôt que d'avoir à tout mettre en place au centre-ville. De plus, la cour de la Grande-Eau va être réaménagée. Ces travaux ne seraient pas réalisables si un module provisoire se trouvait là.» Relevons encore que si les parents du centre d'Aigle sont habitués à un certain confort de proximité, rien n'oblige la commune à privilégier un site scolaire plutôt que l'autre en fonction du lieu d'habitation d'un élève, l'essentiel étant que chacun ait une place à l'école.

Un bus scolaire, oui mais...

Dans l'optique de faciliter les choses, la commune mettra sur pied un service de bus au départ du collège du centre-ville. «Les parents, les mamans de jour ou le personnel des UAPE continueront à amener les enfants au même endroit, mais quelques minutes plus tôt», explique Isabelle Rime.

Cette perspective laisse Julie Gustin perplexe: «Ces petits seront noyés dans la grande cour de la Planchette. Y aura-t-il quelqu'un pour s'assurer qu'ils montent bien dans le bus à midi, par exemple?» Le directeur des écoles Pierre-Alain Hermann concède: «Au départ, nous avions pensé à des élèves plus grands. Mais les petits sont toujours accompagnés d'un adulte, ce qui fait qu'ils arrivent à l'heure pour monter dans le bus. Ce sera le cas à midi également. Ainsi, les horaires scolaires seront tenus.» Pour Julie Gustin, le transport scolaire soulève aussi la question de la garde: «Nous nous sommes immédiatement renseignés auprès du réseau et il s'avère que notre maman de jour ne pourra pas adapter ses horaires à ceux du bus», déplore-t-elle.

Appel au dialogue

Selon Stefania Jonsson, les procédés de l'école sont discutables: «Nous n'avons pas été concertés et on nous met devant le fait accompli avec une information tardive.» Une autre maman, Jeanne Bengono, abonde: «S'il y avait eu un sondage, peut-être que certains auraient été contents que leurs enfants aillent à la Planchette. Ce n'est pas mon cas. Si aucune solution n'est trouvée, je songe à déménager.»

En l'absence d'un numéro de téléphone sur la missive, plusieurs familles ont écrit à la direction des écoles, mais la réponse, reçue le 14 juin, est sans appel: «La décision qui concerne votre enfant reste inchangée». Le directeur, lui, défend ses choix en matière de communication: «Une séance d'information aurait certainement généré davantage d'inquiétude. Nous avons prévenu les parents assez tôt, afin qu'ils puissent s'organiser. La décision définitive, avec davantage d'explications détaillées, leur parviendra avant les vacances d'été. Ceux qui le souhaiteront pourront faire recours auprès du département.»

Vers une pétition?

L'article 65 de la loi sur l'enseignement obligatoire stipule: «À la demande du directeur, après avoir entendu les autorités communales et les parents concernés, le département peut autoriser le transfert d'un élève entre établissements». Les mamans, qui ont toutes l'impression de ne pas avoir été entendues, réclament une rencontre avec la direction et les autorités. Elles ressentent en outre un sentiment d'injustice quant à la manière dont la sélection des enfants a été opérée. «La direction souffle le chaud et le froid sur ce point. On a l'impression qu'elle joue la montre», estime Julie Gustin. Pierre-Alain Hermann objecte: «Je suis ouvert à la discussion, y compris à reconsidérer une situation si quelque chose m'a échappé. Le choix des élèves à déplacer est le fruit d'un travail d'équipe, mais j'en assume l'entière responsabilité.» Insatisfaits des réponses obtenues jusqu'ici, les parents concernés ont alerté l'Association des parents d'élèves et n'excluent pas de lancer une pétition.

Date:21.06.2018
Parution: 906

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