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« Un syndic doit être un rassembleur »

La Tour-de-Peilz Fils du dernier patron de brick du Léman et lui-même féru de voile, Alain Grangier s'est vu confier la barre de la Municipalité en 2016, après 22 ans au sein du Conseil communal. Connu pour son franc-parler, cultivé et baroudeur dans l'âme, cet ingénieur civil aime faire avancer les choses. Avec éthique, ouverture d'esprit et humilité. Rencontre.

«Prendre des coups fait partie du jeu», estime Alain Grangier.DR

Entretien : Priska Hess

Pourquoi vous êtes-vous engagé en politique ?

> Par intérêt pour le management public et par un profond attachement à ma commune du fait que je suis descendant de réfugiés Huguenots qui se sont établis à La Tour-de-Peilz à la révocation de l'édit de Nantes en 1685.

Syndic est une position exposée, où l'on prend souvent des coups, vous aimez ça ?

> Prendre des coups fait partie du jeu. Cependant, si l'on est à l'écoute des citoyens et que l'on étudie les dossiers avec un esprit d'analyse et de synthèse, on peut en éviter la majorité. Mais la confrontation peut être musclée. A côté de cela, il y a des moments humains riches et cela récompense le travail effectué. Les situations difficiles incitent plutôt à cet optimisme qui faisait dire à Albert Camus, à la fin de son livre «La Peste», qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer qu'à mépriser.

Que devez-vous sacrifier au plan privé pour assumer votre fonction ?

> Je n'ai pas la notion de sacrifice. Les représentations municipales en soirée sont nombreuses, mais nous avons toujours le temps avec mon épouse pour le théâtre, les concerts et autres activités culturelles. Il est vrai que la présence du syndic est souvent requise lors d'évènements publics auxquels j'assiste toujours avec plaisir et intérêt.

Un syndic doit souvent avoir le dernier mot. Quelles sont les limites de la démocratie selon vous ?

> Le syndic n'a le dernier mot que dans un cas: lorsqu'en Municipalité il y a égalité des voix, celle du syndic compte double. Une Municipalité se doit d'être collégiale. De plus, n'oublions pas que le pouvoir décisionnel appartient au législatif, soit le Conseil Communal, et non à l'exécutif, soit la Municipalité. Quant aux limites de la démocratie, celles-ci sont quelquefois dépassées par la tyrannie de certains groupes ou personnes qui utilisent notamment le droit de recours d'une façon abusive, en faisant fi de l'avis de l'écrasante majorité des citoyens.

Le pouvoir selon vous: une drogue dure ? une illusion ?

> Ni l'un, ni l'autre. En démocratie, le pouvoir passe toujours par l'écoute et la concertation à tout niveau. Le pouvoir est donc une affaire d'équilibre avec une dynamique constante. Le pouvoir du syndic, comme celui des municipaux, est avant tout un pouvoir de persuasion. A la Municipalité d'être convaincante, notamment par la maîtrise des dossiers. Or, la maîtrise des dossiers dépend également de la qualité du travail effectué en amont par les collaborateurs au sein des différents services communaux. Ils ont toute ma reconnaissance et mes chaleureux remerciements.

Entre vos idéaux et la réalité de la fonction, avez-vous déchanté ?

> Non, car mon expérience politique aux niveaux communal et cantonal m'aide à garder une attitude sereine face à cette réalité. De plus, mon expérience professionnelle en Suisse et à l'étranger m'aide également à percevoir les différentes mentalités et prises de position auxquelles on fait face.

Si vous n'étiez pas ou plus syndic, qu'aimeriez-vous faire ?

> Poursuivre mon parcours de vie tel que je l'ai fait jusqu'à présent, avec enthousiasme et curiosité.

Date:05.07.2018
Parution: 908

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Une réussite (personnelle ou politique)

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• Un échec 

Il n’y a pas d’échec. Il n’y a que des non réussites dont on retire toujours un côté positif.


• Un lieu pour vous ressourcer

La nature, le lac, la montagne.

De l'Australie aux Ateliers de Constructions Mécaniques de Vevey

Alain Grangier, c'est d'abord un franc-parler presque légendaire, depuis 25 ans que ce libéral-radical s'engage dans la politique locale, dont dix au Grand Conseil. Servi par des formules dont il a le secret, un indéniable charisme et une voix portante, aux intonations plus françaises que vaudoises. En vrai boéland pourtant, il se sent lié viscéralement au lac et au monde de la voile. Son père, Gabriel, était le dernier patron de brick en activité commerciale sur le Léman, le Courbet. «Il est décédé quand j'avais 18 ans. Cela a fait de moi un peu un révolté. D'un autre côté, j'ai appris très tôt à ne compter que sur moi», confie-t-il. Son diplôme d'ingénieur civil EPFL en poche, il décide d'apprendre son métier et de parfaire son anglais tout en découvrant le monde, direction l'Australie. «J'étais parti avec ma vieille 2CV, qui était déjà en panne en Allemagne et que j'ai finalement laissée en Tchécoslovaquie» se souvient-il, amusé. Arrivé à destination huit mois plus tard après avoir traversé l'Asie, il travaille pour une prospection d'uranium en pleine brousse. Est engagé dans un bureau d'ingénieurs à Sydney «grâce à un immense coup de bol.» Navigue sur la grande barrière de corail. Rentre en Suisse, repart travailler en Algérie, puis à Dubaï. Avant d'obtenir un poste aux ateliers mécaniques de Vevey, pour lesquels il part en mission aux USA et en Malaisie. A leur fermeture en 1992, diplômé entre-temps de l'IMD en management, il crée son propre bureau. «Mes lectures d'adolescence – Camus, St-Exupéry, Malraux, Hemingway – et les voyages m'ont ouvert l'esprit. Ces derniers m'ont appris à respecter l'opinion d'autrui et à me contenter de peu.» L'homme aime la simplicité. Que ce soit en cuisine, chez les gens, ou dans le domaine culturel. Grand marcheur – il prévoit de repartir cet automne pour un trek en Asie – Alain Grangier est aussi un contemplatif, avouant même un côté animiste. Il n'en garde pas moins les pieds sur terre, peu adepte des longues palabres: «J'aime que les choses avancent. La vie est trop courte pour s'ennuyer. Dans la mesure du possible, il faut faire ce qui nous plaît».

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