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Haro sur les pilleurs de châtaignes

Bex À l'automne, certains promeneurs succomberont peut-être à l'appel de la brisolée, en traversant les nombreuses châtaigneraies du territoire bellerin. Mais contrairement à certaines idées reçues, on ne ramasse pas impunément des châtaignes n'importe où. Rappel des règles et usages.

Beaucoup font fi des panneaux interdisant le ramassage de châtaignes dans les forêts privées.

Textes et photo: Valérie Passello

«Peu de gens auraient l'idée de cueillir des poires ou des pommes dans des vergers privés. Pourtant, en ce qui concerne les châtaignes, beaucoup pensent qu'ils peuvent se servir», constate Pierre Echenard. Le conseiller communal bellerin a déposé une motion lors de la séance du 27 juin, déplorant les récoltes illégales et les abus en termes de quantités. «Il y a près de 100 hectares de forêts de châtaigniers répartis sur notre territoire, dont 10 appartiennent à la commune. Les châtaigneraies demandent de l'entretien et un certain investissement, puisqu'un plant coûte 350 frs et qu'un arbre met cinq ans avant d'être productif. Hélas, certains propriétaires se font régulièrement piller leur récolte», ajoute-t-il.

Par sa motion, l'élu espère que la surveillance sera globalement intensifiée pour lutter contre ce phénomène. Concernant la châtaigneraie communale, il suggère que les autorités informent mieux le public par la presse et par un affichage sur site, indiquant qui a le droit de se servir et dans quelles proportions.

Que fait la police ?

Tout observateur se baladant à l'automne sur la colline du Montet, qui surplombe le bourg, remarquera des voitures venues de différents cantons garées çà et là. Des personnes remplissent des cabas à commissions, voire de grands sacs à pommes de terre, avant de disparaître en douce. Pourtant, de nombreux panneaux ne laissent planer aucun doute sur l'interdiction de ramassage. Le commandant de l'EPOC (Police du Chablais vaudois) Claude Ruchet précise: «Il est impossible pour nous d'intensifier la surveillance. Il appartient aux propriétaires d'être attentifs. Mais s'ils constatent la présence de chapardeurs, ils peuvent appeler l'EPOC. Sur place, nos agents enregistrent la plainte et les contrevenants seront poursuivis pour vol.» Si quelques cas sont signalés chaque année, la pratique reste toutefois peu fréquente, selon le commandant.

« Merci pour la récolte »

Sur la colline de Chiètres, la famille Cadosh exploite la châtaigneraie du Chablais. Elle y assure une présence pendant la saison et les amateurs de brisolée peuvent venir se servir moyennant paiement, soit 4,5 frs le kilo. Relativement peu de pillards osent s'y aventurer, mais ceux qui sont pris sur le fait sont priés de payer ou de rendre leur récolte. «Les discussions sont en général pacifiques», nous assure-t-on.

Garde-forestier et président du groupement chablaisien des propriétaires de châtaigneraies, Gilles Delaloye en appelle à la civilité et au bon sens de chacun: «Dans la plupart des cas, lorsqu'il tombe sur un voleur, le détenteur de la forêt lui reprend son sac et le remercie pour la récolte. Mais la moindre des choses est de demander l'autorisation au propriétaire avant de commencer le ramassage.» Le syndic bellerin Pierre Rochat, lui, répond non sans une pointe d'humour à la requête de Pierre Echenard: «Nous prendrons des mesures avant l'automne, en espérant qu'elles soient moins coûteuses que le kilo de châtaignes.»

Date:12.07.2018
Parution: 909

Ce que dit la loi

Aucun article de loi n'aborde spécifiquement les châtaigneraies et leurs fruits. Mais l'article 699 du Code civil suisse indique: «Chacun a libre accès aux forêts et pâturages d'autrui et peut s'approprier baies, champignons et autres menus fruits sauvages, conformément à l'usage local, à moins que l'autorité compétente n'ait édicté, dans l'intérêt des cultures, des défenses spéciales limitées à certains fonds.» Si l'expression «menus fruits sauvages» peut être sujette à interprétation, les châtaignes issues d'une forêt entretenue ne peuvent être qualifiées de «sauvages», étant cultivées avec soin par le propriétaire du terrain. Malgré nos investigations, impossible de déterminer si les châtaigneraies sont à considérer comme des forêts ou plutôt comme des cultures, à l'instar des vergers d'arbres fruitiers, par exemple. Toutefois, leur règlementation dépend de la loi forestière.

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