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« Le débat est plus dur »

Rossinière Si Jean-Pierre Neff a grandi à la ville, il ne manquait jamais une occasion pour retrouver ses racines, dans le chalet familial de Rossinière. Au moment de s'y installer, c'est naturellement qu'il intègre la vie politique communale, comme son grand-père et son arrière-grand-père avant lui. Conseiller communal, municipal, puis syndic, Jean-Pierre Neff gravit les échelons, motivé par les nouveaux défis et l'amour qu'il porte à son village.

«Nous somme vite sujets à la critique», observe Jean-Pierre NeffDR

Oriane Binggeli

Pourquoi vous êtes-vous engagé en politique?

> J'avais moins de 30 ans en entrant au Conseil communal et je souhaitais avant tout participer à la vie de mon village. Je me suis ensuite laissé porter par le courant, je suis entré à la Municipalité en 1998. La syndicature m'est revenue naturellement à la suite du départ de mon prédécesseur en 2010. A ce moment-là, j'avais déjà trois législatures à mon actif et songeais à me retirer. Le poste est arrivé comme un nouveau défi.

Syndic est une position exposée, où l'on prend souvent des coups, vous aimez ça?

> J'admets qu'on est vite sujet à la critique. Mais je m'y étais déjà préparé quand j'ai accepté le poste. Dans un petit village, nous pratiquons de la politique de proximité avant tout. Je ne peux pas dire que j'aime être exposé, mais j'assume. Je suis conscient que la démocratie fonctionne comme ça. Dans des décisions politiques, il n'y aura jamais trente personnes 100% d'accord pour tout. Etant entrepreneur de métier, mon travail à la commune a été bénéfique et m'a appris à être plus souple et à l'écoute.

Que devez-vous sacrifier au plan privé pour assumer votre fonction?

> J'ai eu la chance d'avoir pu installer mon entreprise de menuiserie charpente à Rossinière. Mon atelier est dans ma maison et la plupart de mes contrats sont dans la région, ce qui m'a permis de voir grandir mes enfants. Avec la commune aussi, c'est un avantage, je suis toujours sur place et j'ai pu tout concilier sans trop de sacrifices. Je fais sans doute un peu moins de sport qu'avant, mais il faut faire des choix.

Un syndic doit souvent avoir le dernier mot. Quelles sont les limites de la démocratie selon vous?

> Dans les discussions au sein de la Municipalité, chacun s'exprime, mais il est vrai que le syndic doit parfois mettre un point final au débat. Mais j'essaie toujours de trouver un consensus. Il est important que tout l'Exécutif soit unanime au moment de présenter un projet à la population, pour plus de cohérence. Les limites se situent plutôt au niveau de la communication, en vingt ans d'activité au sein de la commune, j'ai vu l'évolution d'internet et les conseillers sont beaucoup plus au courant des choses qu'avant. C'est une bonne chose dans certains cas, mais il nous faut être plus pointilleux sur la communication, les malentendus et les quiproquos étant vite arrivés. Les séances d'information doivent se multiplier, le débat est plus dur et prend plus de temps.

Le pouvoir selon vous, une drogue dure? Une illusion?

> Il faut faire attention avec ce mot. Bien sûr qu'en tant qu'autorités communales, nous avons un certain pouvoir, mais il est toujours lié aux cadres, aux lois et aux règles. Le terme «pouvoir» est finalement un peu fort et plutôt une illusion. On s'en rend vite compte d'ailleurs, surtout pour un entrepreneur comme moi. Au sein de mon affaire, je suis seul décisionnaire, mais à la commune, c'est une autre histoire.

Entre vos idéaux et la réalité de la fonction, avez-vous déchanté?

> C'est vrai qu'au début, on laisse un peu aller notre imagination, mais j'ai évolué en enchaînant les postes petit à petit et j'ai eu le temps de me faire à l'idée de ce que la syndicature impliquait. Dans ma famille, on a toujours parlé politique autour de la table et j'ai baigné très tôt dedans.

Si vous n'étiez pas ou plus syndic, qu'aimeriez-vous être?

> Je poursuivrais mon activité entrepreneuriale, que j'aime toujours autant. Mais je me rends compte aujourd'hui, après plus de vingt ans, que si mon aventure politique devait se terminer demain, ça me ferait drôle. J'investis beaucoup de temps dans mon rôle de syndic et il y aura sans doute un vide à combler.

Date:12.07.2018
Parution: 909

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Fils d'une mère originaire du Pays-d'Enhaut, Jean-Pierre Neff fait ses écoles à Lausanne, mais son cœur et son âme d'enfant s'épanouissent à Rossinière. «Mes grands-parents demeuraient encore dans la commune et nous montions tous les week-ends.» Plus tard, il reprend le chalet familial et s'installe définitivement à la montagne. «Je n'étais pas très attaché à la ville et je me sentais sans cesse attiré par mes racines, mais je reconnais qu'à l'époque, la vie dans la vallée était bien plus coupée du monde qu'aujourd'hui et c'était plutôt une bonne opportunité de faire mes classes ailleurs.» A l'instar des hommes de sa famille, Jean-Pierre Neff suit naturellement leurs traces et s'implique dans la vie politique du village. «J'ai vu le village et la région s'ouvrir au monde alors que les conditions pour mon grand-père et son père étaient très difficiles, tout se passait à Lausanne au niveau politique.»

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