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La pompe à eau boélande qui pourrait changer l'Afrique

Technologie Un inventeur de La Tour-de-Peilz et son équipe ont créé un système solaire innovant et autonome de pompage de l'eau jusqu'à 80 mètres de profondeur, pour les zones sans infrastructures ou montagneuses du monde entier. Rencontre aux Mines de sel de Bex, où le dernier prototype est testé.

«C'est génial, elle marche parfaitement, regardez!», se réjouit Jean-François Treyvaud, ingénieur.

Texte et photo: Priska Hess

Le puits du Bouillet, au cœur des Mines de sel de Bex. Dans le clair-obscur de la salle souterraine, le ronronnement ïambique d'un moteur. Et sur la grille du puits, une installation intrigante. «C'est génial, elle marche parfaitement, regardez!», se réjouit Jean-François Treyvaud, ingénieur EPFL, directeur de Swiss Intech Sàrl et par ailleurs conseiller communal à La Tour-de-Peilz, en désignant l'eau crachée infatigablement à 2 litres/minute par un petit tuyau dans un bac. Une eau puisée 45 mètres plus bas, grâce à une pompe tubulaire «révolutionnaire. Elle a le diamètre le plus petit au monde, à peine 40 millimètres, et permet de relever de l'eau jusqu'à 80 mètres de profondeur, en ne nécessitant pas plus d'énergie qu'une ampoule. Il n'existe actuellement aucune autre pompe qui puisse puiser aussi bas avec aussi peu d'énergie. Ça a l'air tout simple, mais nous étions partis d'une configuration très différente. Avant, tout était trop complexe, vous n'imaginez même pas! Car l'amorçage d'une pompe, à une telle profondeur, était un réel problème. Ce nouveau prototype, lui, est auto-amorçant et simple d'utilisation», souligne le génial inventeur, intarissable.

Libérer les femmes

Hormis dans la mine évidemment, le système nécessite seulement un panneau solaire d'un mètre carré. L'énergie alimente une pompe de surface à piston, fonctionnant avec un moteur de vélo. Celle-ci peut être utilisée en tant que telle pour puiser de l'eau à faible profondeur, dans un lac ou une rivière par exemple. Mais en l'occurrence, cette pompe à piston sert d'actionneur pour entraîner la pompe tubulaire à l'intérieur du puits. «Grâce à sa finesse, cette dernière peut s'insérer dans des forages de petit diamètre réalisables à faible coût, comme il en existe déjà en Afrique mais où tout le travail de pompage se fait encore manuellement», décrit Jean-François Treyvaud.

L'Afrique, l'ingénieur y a déjà passé plusieurs mois avec des membres de son équipe. Quelques pompes de surface fonctionnent d'ailleurs dans le cadre de projets pilotes au Sénégal, au Congo et au Ghana. «Dans bien des régions, il n'y a ni eau, ni électricité. Les femmes doivent parcourir parfois jusqu'à deux kilomètres, parfois en pente, pour aller chercher des litres d'eau avec des bassines, s'exposant aussi sur le trajet à de grands risques. Ce système permettra à des milliers d'entre elles de ne plus aller à l'eau tous les jours».

Des pompes par milliers

Swiss Intech Sàrl a bénéficié d'aides étatiques et de soutiens privés, et a été récompensée par deux médailles, dont une d'or, au Salon International des Inventions de Genève. «Nous allons bientôt passer en SA et nous professionnaliser pour produire les pompes en série. La pompe de surface est au point, même si quelques petites améliorations sont encore nécessaires. Quant à la pompe tubulaire pour forages, le prototype installé aux Mines de Bex a fonctionné à satisfaction pendant plusieurs heures. Nous allons la redessiner pour la produire cette fois en série dans diverses versions, avec des matériaux meilleur marché. Le but est d'arriver à des pompes coûtant moins de 1'000 frs, contre 1'500 actuellement, comme elles sont d'abord destinées aux populations défavorisées», explique Jean-François Treyvaud. Selon lui, la société Swiss Intech verrait désormais aussi s'ouvrir un nouveau marché, le système intéressant une population plus aisée dans des pays peu sûrs comme le Congo: «Les gens riches vivent dans des maisons protégées par des palissades et veulent leurs propres pompes pour s'alimenter en eau, sans dépendre du réseau électrique, cher et peu fiable». Mais une fois la SA créée, l'inventeur, lui, se retirera de la direction. «La production industrielle en série, c'est un chapitre très différent. J'ai d'autres inventions en cours, et je souhaite m'y consacrer», conclut-il, énigmatique.

Date:09.08.2018
Parution: 911

La drôle d’histoire du Puits du Bouillet

Le Puits du Bouillet, situé dans la salle où les visiteurs embarquent dans le train, doit son nom à Jean du Bouillet qui, selon une légende, aurait découvert les sources salées de Bex au XVe siècle. Elles furent exploitées durant 200 ans par les Bernois, qui ont envahi le Pays de Vaud en 1536. La grande aventure des mines commença, elle, à partir de 1680. «Le Puits du Bouillet fut creusé dès 1743 et durant 26 ans, au marteau et à la cisette, jusqu’à atteindre une profondeur de 215 mètres», narre Philippe Benoit, directeur de la Fondation des Mines de Sel de Bex. Les opérations ne permirent de trouver que trois filets d’eau, mais nul «réservoir très considérable d’eau salée» comme on l’imaginait. Le naturaliste Horace Bénédicte de Saussure (1740-1799) raconte dans son ouvrage Voyage dans les Alpes sa descente au fond du Puits. Alors qu’il se trouvait sur la dernière échelle et s’était penché pour mesurer la température de l’eau, celle-ci s’était retournée sur elle-même. Il réussit à s’y retenir d’un bras, avant d’être secouru par un ouvrier qui l’accompagnait…

Au fil des siècles, l’eau a rempli une grande partie du puits, et seulement une quarantaine de mètres est encore hors d’eau aujourd’hui. L’ouvrage n’en est pas moins impressionnant, avec toujours ses étroites échelles de bois, séparées par de petits planchers et s’enfonçant dans les profondeurs de la roche. Si le puits n’a pas permis de trouver le sel espéré, il fait aujourd’hui l’émerveillement des visiteurs – près de 40'000 au cours de ces quatre derniers mois – et a trouvé aussi, momentanément, une nouvelle vocation avec les essais de Jean-François Treyvaud et son équipe. «Nous sommes heureux de pouvoir contribuer à un projet qui peut être utile à d’autres personnes dans le monde», conclut Philippe Benoit.

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