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Ses déchets valent de l'or

Monthey Edi Blatter, directeur de la Satom depuis 15 ans, partira à la retraite à la fin de l'année. Satisfait du travail accompli, malgré certains moments plus houleux que d'autres, il passe le relais sans état d'âme. Rencontre.

Edi Blatter dans la salle de surveillance donnant sur l'énorme fosse à déchets de la Satom, récemment rénovée

Texte et photo: Valérie Passello

Il a l'œil vif de l'homme qui sait ce qu'il fait et où il veut aller. Les prises de position d'Edi Blatter n'ont pas toujours convenu à tout le monde, mais il les assume pleinement. Pragmatique, il considère les déchets comme une matière première à valoriser et à rentabiliser, une vision qu'il a mise en pratique depuis son arrivée aux commandes de la Satom. Avant de s'en aller profiter du bon air sur un alpage, il revient sur ces quinze années riches en événements.

Si vous croisiez aujourd'hui le Edi Blatter de 2003, que lui diriez-vous?

> Allez-y, courage, prenez les déchets! (rires) Auparavant, j'étais directeur des tuileries de Fribourg et Lausanne. Là-bas, je sortais de la glaise des trous, il fallait griller énormément d'énergie pour extraire le produit. À la Satom, c'est l'inverse: on reçoit les matériaux et on en retire de l'énergie. Au final, mes compteurs sont équilibrés.

Quelle a été l'évolution de l'usine en 15 ans?

> À mon arrivée, les fours étaient neufs et l'usine avait été bien équipée par mon prédécesseur. Pour ma part, j'ai toujours vu les déchets comme une matière première. Quand Tridel a ouvert ses portes à Lausanne au début des années 2000, les volumes que nous recevions ont diminué de moitié, alors que nous avions un outil performant, capable de produire de l'électricité. Ma décision d'importer, pendant trois ans, des déchets allemands pour les valoriser, a fait couler beaucoup d'encre. Mais cette collaboration a été très réjouissante. Nous avons aussi été pionniers dans la récupération des métaux dès 2006. La mise en place du chauffage à distance, qui alimente aujourd'hui 6'000 foyers, a également été une importante évolution. Enfin, il y a notre antenne de Villeneuve, qui traite les déchets verts et alimentaires, pour une mise en valeur de la biomasse. Décriée au début, elle est aujourd'hui entrée dans les mœurs et a de très belles perspectives de croissance.

Votre franc-parler n'a pas toujours été bien perçu, y a-t-il une dimension politique dans la fonction de directeur de la Satom?

> Maintenant que je vais partir, je devrais peut-être m'excuser auprès de tout le monde (rires)! Le challenge, c'est qu'il y a d'un côté les instances politiques qui doivent suivre les lois. De l'autre, il y a le directeur d'usine qui constate que cela ne fonctionne pas. Dans la législation suisse, la valorisation n'est pas prise en compte. Ce qui est confié aux usines d'incinération, c'est le feu du diable à détruire pour l'éternité. Mais pour valoriser les déchets, il y a des exigences de qualité à avoir sur les filières de collecte. Il faut aussi traiter le problème du littering et du gaspillage. On fait payer aux gens leurs déchets pour qu'ils limitent leur consommation. Mais pour moi, ce n'est pas logique de lier les deux, il serait plus judicieux de mettre en place une formation de base à la consommation, que cela passe par l'éducation. Se la coincer, c'est cautionner une situation qui n'est pas satisfaisante. Il y a eu des bisbilles politiques, chacun a défendu son bifteck et c'est normal, mais les esprits ont évolué et nous avons réussi à avancer.

Êtes-vous écolo?

> J'ai un côté très écolo, mais avec une approche industrielle, concentrée sur l'efficience et la perpétuelle recherche d'améliorations. Ça m'énerve de voir les histoires que l'on peut faire pour un bout de plastique, par rapport au gaspillage disproportionné de notre société. Quelqu'un qui prend l'avion va polluer tellement plus que l'élimination d'un plastique envoyé au bon endroit une fois utilisé...

Comment voyez-vous la suite, pour la Satom et pour vous?

> Mon successeur, Daniel Bailliffard, aura un joli défi à relever: la mise en place d'une conduite de vapeur pour alimenter en chaleur le site chimique de Monthey. Celui-ci n'aura plus besoin d'en produire et deviendra ainsi quasiment autonome. C'est l'un des projets que je n'ai pas réussi à concrétiser. Pour ma part, je reste actif dans différentes fondations et j'ai acquis un alpage dans la région du Simplon. Il y a pas mal de choses à retaper, mais je me réjouis! Je pars sans regrets, reconnaissant et satisfait.

Date:09.08.2018
Parution: 911

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