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Festival en élitisme mineur

St-Légier Intimiste, abordable, sans «dress code», mais pointue: la Semaine internationale de piano entretient un esprit d'ouverture. Pour sa 29e édition, le petit festival rend hommage au grand compositeur français Claude Debussy du 18 au 25 août à l'église de La Chiésaz. La relève du classique est au rendez-vous: plus de trente jeunes pianistes du monde entier se forment aux côtés d'interprètes invités neuf jours durant.

Les pianistes Edith Fischer et Jorge Pepi-Alos choisissent les interprètes de la Semaine internationale de piano de Saint-Légier avec soin: le culturel prend le pas sur le diktat du commercial. Sipiano

Amit Juillard

«Barbante», «élitiste», «bourgeoise», «chère», «incompréhensible»: la gamme des clichés sur la musique classique se répète sur plusieurs octaves. Sous la voûte céleste en bois bleuté de l'église de la Chiésaz à Saint-Légier, ces lieux communs volent en éclats pendant la Semaine internationale de piano. «Les gens ont parfois peur des lieux sacrés de la musique, image Edith Fischer, pianiste chilienne de renom et cofondatrice dudit festival en 1990, aux côtés de l'argentin Jorge Pepi-Alos. «Quand vais-je y aller?», «que vais-je mettre?»; l'accès à l'église de La Chiésaz est très facile, pas besoin de réfléchir à ces questions.»

Intimiste, conviviale, abordable, mais pointue, la manifestation: «C'est l'été, il y a peu de cravates et de longues robes, des spectateurs viennent en shorts et en tongs, raconte Corinne Druey, attachée de presse. D'autre part, il ne faut pas que le prix soit un frein pour les gens qui viendraient découvrir, c'est pourquoi la soirée est à 25 frs.» Cet esprit d'ouverture imprègne la composition de la programmation de cette 29e édition: «C'est un mélange entre des pièces très connues, comme la sonate «Clair de lune» de Beethoven, et d'œuvres moins souvent interprétées, à l'instar des «Tableaux d'une exposition» de Moussorgski», explique-t-elle. Le décorum du concert classique ne disparaît pas pour autant: se taire entre les morceaux, applaudir le chef d'orchestre à son entrée, comme le soliste. Nombre de spectateurs espéré: 2'000 sur huit soirées.

Debussy à l'honneur

Fil rouge de cette mouture, le compositeur français Claude Debussy, décédé il y a cent ans. «Nous avons voulu lui rendre hommage avec des œuvres jamais présentées au festival, développe Edith Fischer. C'est un immense innovateur qui a renouvelé totalement l'écriture pour le piano et amené des couleurs incroyables à l'orchestre. Sa vie fut trop courte, et son œuvre pléthorique n'est pas aussi grande que nous l'aurions souhaité.» L'octogénaire a commencé à jouer si tôt qu'elle ne se souvient pas de ses débuts, mais confie: «Lorsque j'ai entendu du Debussy pour la première fois à 8 ou 9 ans, c'était comme ouvrir une nouvelle porte.»

Parmi les interprètes, outre Edith Fischer et Jorge Pepi-Alos, le Français Pierre Réach, l'Espagnol Josep Colom ou encore le quatuor lausannois Sine Nomine. «Nous choisissons les musiciens d'après notre conception de la musique, étaye la virtuose. Certains sont très connus, d'autres le sont moins. Ça nous est égal. S'ils sont là, c'est que nous savons qu'ils ont quelque chose à apporter. Ailleurs, ce sont parfois les administrateurs qui décident, dans le seul but de remplir la salle. Nous faisons du culturel, pas du commercial.» Beaucoup soulignent l'acoustique exceptionnelle du lieu et reviennent. Fait rare, les artistes restent ensemble durant une semaine complète. «Nous sommes unis par une conception commune de la musique et par une amitié construite au fil des ans.»

Jeunes musiciens en stage

Poussiéreux, Brahms & Co? Pas vraiment. Pour preuve: certains invités enseignent le piano lors d'une «master class», neuf jours durant. A leurs côtés, plus de trente jeunes venus de Chine, du Japon, de Corée, du Chili, d'Argentine, de Nouvelle-Zélande, d'Italie ou d'Allemagne. La tradition veut que deux à trois étudiants soient appelés à se produire dans l'église l'année suivante. En 2018, le concert gratuit des jeunes artistes aura lieu le mercredi 22 août. «Le stage est plus rempli que jamais, s'enthousiasme Edith Fischer. C'est une renaissance extraordinaire, une prise de conscience de l'importance de faire de la musique. Il y a des siècles que les grands compositeurs émeuvent les gens. Mais avec la vie que nous menons, le stress, nous n'avons plus l'habitude de nous asseoir pour écouter. Le monde a pourtant besoin de pouvoir se plonger dans une œuvre. La musique apporte quelque chose d'essentiel à la nature humaine.»

Date:14.08.2018
Parution: 912

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