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Les VMCV, une «république bananière» ?

Exclusif De lourdes accusations pèsent sur le futur ex-directeur des transports publics de la Riviera, actuellement en arrêt maladie. Selon plusieurs sources, il se serait comporté en «petit dictateur» et aurait «instauré un climat de peur». Le Régional a par ailleurs appris qu'un audit de l'Office fédéral des transports épingle la société pour infraction à la loi sur le temps de travail. Autre révélation, le cas de l'appel d'offres pour l'achat de nouveaux bus a été porté devant la justice et a dû être réglé par un dédommagement de la part des VMCV. Paul Blumenthal, directeur ad interim et président du conseil d'administration en temps normal, admet certains points mais souhaite tourner la page. «Tout a été réglé sans dommages pour l'entreprise», assure-t-il. Enquête.

Amit Juillard

«Petit dictateur»; «il dirigeait l'entreprise comme une république bananière»; «instaurait un climat de peur»; «favorisait la délation»; «divisait pour mieux régner»; «attisait volontairement les jalousies»; «nous étions mobbés!» Ces lourdes accusations, parmi d'autres, émanent de plusieurs sources concordantes. Connues de la rédaction, mais anonymisées au vu du climat délétère ambiant. Elles visent Daniel Monnet, directeur des transports publics Vevey-Montreux-Chillon-Villeneuve (VMCV) jusqu'au 31 août. Date de sa retraite anticipée. Plusieurs cadres de l'administration auraient au surplus quitté leur poste à cause de lui ces dernières années. En arrêt maladie depuis le 18 mai, l'intéressé, joint par téléphone, n'a pas souhaité répondre aux questions du Régional. Pour mémoire, sa remplaçante Angela Schlegel entrera en fonction le 1er septembre.

Le conseil d'administration était-il au courant de ces griefs? «Monsieur Monnet prend sa retraite, c'est donc prochainement du passé et je ne souhaite pas m'exprimer publiquement sur une personne malade», avertit d'emblée Paul Blumenthal, directeur ad interim, mais d'ordinaire président du conseil d'administration. Confronté aux témoignages recoupés par Le Régional, il finit par concéder: «S'il y a vraiment des gens qui ont souffert, j'en connais deux ou trois, ils ont tourné la page et ne représentent pas une majorité. C'est aussi une question de culture d'entreprise, que nous avons aujourd'hui l'occasion de changer avec de nouvelles personnes. Et la façon dont il a dirigé ne joue aucun rôle dans la situation actuelle.»

Reste que certaines voix critiquent également son bilan et le «chaos» qu'il aurait provoqué. Hormis le directeur, son sous-directeur et la responsable des finances sont aussi en arrêt maladie longue durée. Et les chauffeurs avaient, pour rappel, signifié leur ras-le-bol face au manque récurrent d'effectif le 12 mars lors d'une manifestation syndicale (lire Le Régional 893).

Entreprise en infraction

A ce propos, Le Régional a appris que l'Office fédéral des transports (OFT) a épinglé la société de la Riviera après y avoir mené un audit périodique en mai 2018. Ses conclusions: le système informatique pour gérer les tours de service est inadapté à une structure de cette taille et les VMCV sont en infraction avec la loi fédérale sur le temps de travail, actuellement en révision à Berne. En clair, le personnel roulant fait trop d'heures supplémentaires et celles-ci ne peuvent plus être compensées en liquide comme auparavant.

Paul Blumenthal confirme: «Par le passé, la direction a toujours voulu fonctionner en rétribuant les heures supplémentaires des conducteurs. Or, ces pratiques sont devenues illégales à la suite de changements dans ladite loi au début de l'année 2017. C'est pourquoi nous avons décidé d'augmenter les effectifs. D'autres entreprises similaires sont par ailleurs dans la même situation.» Dans un premier temps promis pour septembre (lire Le Régional 906), le seuil des 130 équivalents plein temps (EPT) devrait être franchi en décembre (contre 115 à fin juin). En 2019, 8 EPT supplémentaires viendront selon lui s'y ajouter, notamment pour assurer le prolongement de la ligne 201 vers le nouvel hôpital intercantonal de Rennaz.

Fabricant lesé et dédommagé

Selon nos investigations toujours, l'appel d'offres pour l'achat des nouveaux bus, que certaines sources estiment en retard, s'est réglé en conciliation devant la justice. Un fabricant s'est estimé lésé par rapport aux critères d'attribution et a porté l'affaire devant le juge. Laquelle s'est soldée par un dédommagement. En outre, c'est un mandataire externe qui avait été chargé d'organiser l'appel d'offres et d'établir le cahier des charges. Ce qui pose la question de l'usage des deniers publics par les VMCV, dont les actionnaires sont les dix communes de la Riviera. Impossible toutefois de connaître les montants déboursés, malgré nos questions réitérées. «Ce n'était pas exorbitant, esquive Paul Blumenthal. C'est la direction de l'époque et l'avocat mandaté qui ont mené les négociations. A ma connaissance, les VMCV ont dédommagé le second fournisseur pour ses frais liés au concours et au recours. Le conseil d'administration a pris acte qu'une solution avait été trouvée, nous évitant d'aller devant le Tribunal fédéral, ce qui aurait entraîné encore davantage de coûts. Tout a été résolu sans dommages pour l'entreprise. Au contraire, puisque le premier fournisseur était beaucoup moins cher. L'achat de nouveaux bus ne souffre en outre d'aucun contretemps. Nous allons de plus mettre en ordre toute la flotte à l'horizon 2019, en changeant les véhicules Euro 3, trop polluants. Le projet sera présenté au conseil d'administration le 29 août.»

La nouvelle billetterie, elle aussi lancée en retard, estiment plusieurs sources, devrait voir le jour prochainement. «C'est réglé, affirme le directeur ad interim. Le nouveau concept a été accepté par le conseil d'administration. Nous travaillerons en collaboration avec les Transports publics fribourgeois, pour limiter les coûts. Là encore, nous n'avons pas perdu de temps. Ce serait juste de le dire si nous avions décidé de la mettre sur pied nous-mêmes.»

«Les perspectives sont dures»

A croire Paul Blumenthal, les VMCV ont tourné la page et sont à nouveau à flot. «Nous avons travaillé comme des fous, mais nous avons tout réglé sans dommages pour l'entreprise, répète-t-il. Le bateau n'était pas si perdu que certains ont bien voulu le faire croire, nous étions juste à la limite. Il faut aujourd'hui bien expliquer à nos actionnaires qu'avec l'augmentation des effectifs, la diminution des recettes Mobilis et le renouvellement de la flotte, les perspectives financières sont dures.» D'ailleurs, le nouveau poste dédié au controlling financier a été créé et depuis repourvu.

Date:22.08.2018
Parution: 913

« Je ne veux pas réagir à des mensonges »

Ancien responsable du trafic voyageurs aux CFF et aujourd'hui membre de plusieurs conseils d'administration de firmes liées aux transports publics, Paul Blumenthal se pose en homme de la situation. Reste qu'Irina Gote, présidente du Parti socialiste montreusien et auteure de deux interpellations au sujet des VMCV devant le Conseil communal, s'interroge. Dans son texte du 21 mars, elle questionnait: «Monsieur Blumenthal agit-il selon la réputation qui le précède? Je m'explique: Monsieur Blumenthal était président du conseil d'administration de la société de transports de Bâle-Ville (BVB) et il a démissionné avec effet immédiat dans le courant de l'année 2017, suite à un rapport de la commission de gestion du Parlement cantonal bâlois.» Selon l'ATS, ledit document relevait sa manière «autoritaire» de diriger et l'accusait «d'avoir détruit le climat de travail de l'entreprise». Au bout du fil, il se défend: «Je ne veux pas réagir à des mensonges. C'était une campagne contre moi, menée par une seule personne de la commission qui a répandu ces rumeurs, assure-t-il. Je peux vous certifier que tous les éléments que nous avons pu résoudre aux VMCV, ça ne vient pas d'un homme autoritaire.»

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