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« J'ai été frappée par la solitude du pouvoir »

Villeneuve Les citoyens ont opté en 2016 pour une nouvelle syndicature féminine, puisque Corinne Ingold succède à Patricia Dominique Lachat, devenue préfète du District d'Aigle. Si la fonction, comme le lac, est parfois secouée de remous, l'élue tient la barre avec détermination et passion.

«Prendre de la distance, c'est la clé de la survie en politique», assure Corinne Ingold.

Entretien et photo: Valérie Passello

Pourquoi vous êtes-vous engagée en politique ?

> Avec mon mari, nous sommes arrivés à Villeneuve en 1999. Nous venions de la région lausannoise, très urbaine, et nous sommes tombés amoureux de ce bourg et de ce bord du lac. Nous avons été vite intégrés et je me suis dit que ce serait bien de m'impliquer. D'abord au Conseil communal, puis en Municipalité et à la syndicature. Comme j'ai étudié les sciences politiques, c'est un domaine qui m'a toujours passionnée.

Syndique est une position exposée, où l'on prend souvent des coups, vous aimez ça ?

> J'ai eu de la difficulté au début, mais on apprend à encaisser et à relativiser. Prendre de la distance, c'est la clé de la survie en politique. Le premier coup difficile à essuyer? Je dirais les réticences importantes concernant la construction de la salle de gym. Aujourd'hui, elle est réalisée et j'en suis très contente: c'est mon petit bébé (rires)! Cela a pris beaucoup de temps, mais en politique comme dans la vie, il faut trouver un subtil équilibre entre tenir bon et lâcher prise.

Que devez-vous sacrifier au plan privé pour assumer votre fonction ?

> Beaucoup de soirées et quelquefois des week-ends. À une époque, je faisais pas mal de course à pied, j'ai participé au marathon de New York, par exemple. Maintenant je cours toute la journée, mais je ne fais plus beaucoup de sport!

Un syndic doit souvent avoir le dernier mot. Quelles sont les limites de la démocratie selon vous ?

> Le métier de syndic consiste à assurer le leadership, mais il est aussi important d'obtenir les consensus les plus larges possibles au sein de la Municipalité. La collégialité est essentielle pour convaincre ensuite un maximum de personnes, auprès du législatif ou de la population. S'il le faut, je tape sur la table, mais l'idée est tout de même de se mettre d'accord. Et quand une décision est prise, elle est suivie par l'ensemble de l'exécutif. Je suis très sensible à la démocratie représentative, qui est la base de notre système, mais je constate qu'il faut aussi, parallèlement, avoir des relais dans la société civile. Les citoyens ont besoin de débattre. Avant c'était au café du commerce, aujourd'hui cela se passe sur les réseaux sociaux. On l'a vu lors de la campagne sur la Rue des Remparts, réussir à atteindre la population est une gageure pour les autorités.

Le pouvoir selon vous, une drogue dure ? Une illusion ?

> Un peu des deux. Ce qui est intéressant dans un exécutif c'est d'avoir une vue globale des choses. Mais il serait illusoire de croire qu'on est tout-puissant. On est de plus en plus encadré, le pouvoir est rogné par la législation et la paperasse fédérale et cantonale. Tout est devenu très ou peut-être trop juridique. Le sentiment que j'ai éprouvé au jour de mon élection? Une forme de vertige... On est devant, on va donner des impulsions, notre signature nous engage. On se dit «les choses sérieuses commencent», plutôt que «super, je vais pouvoir me parquer n'importe où et faire comme je veux».

Entre vos idéaux et la réalité de la fonction, avez-vous déchanté ?

> Mon idéal est toujours là: mettre toute son énergie, ses compétences et son enthousiasme au service de la communauté. Que l'on soit à l'exécutif, au législatif, dans des sociétés locales ou que l'on fasse du bénévolat, pour moi c'est quelque chose de très noble que d'engager son temps et de sacrifier ses soirées pour des projets qui vont bénéficier à tous. Par contre, ce qui m'a frappée par rapport à ce que j'imaginais, c'est de constater la solitude du pouvoir. On prend des décisions qui ne sont pas toujours populaires. Face aux critiques, on a une tendance naturelle à s'isoler pour se protéger, contre laquelle il faut lutter. C'est paradoxal, mais l'exposition permanente est parfois lourde à porter, alors que l'on peut, par ailleurs, en tirer beaucoup de satisfaction.

Si vous n'étiez pas ou plus syndique, qu'aimeriez-vous être ?

> J'adore ce métier, donc je ne me vois pas faire autre chose. Parfois, je me dis que je vais tout plaquer et me lancer dans l'humanitaire, mais non. La politique me plaît trop.

Date:06.09.2018
Parution: 915

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«L’enthousiasme est la base de tout progrès», c’est une phrase d’Henry Ford qui me correspond bien. 



Une réussite (personnelle ou politique)

Ma vie de famille. Mon homme, ma fille de 22 ans et mes parents me soutiennent m’encouragent toujours. Même si nous sommes tous bien occupés, nous nous préservons de petits moments. C’est le plus important pour moi et c’est cela dont je suis le plus fière. 



Un échec

Les échecs font partie de la vie, qu’elle soit professionnelle ou politique. A ce propos, je fais mienne la citation du Président Nelson Mandela qui disait : «Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends».



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Un lieu pour vous ressourcer

Peu importe l’endroit: c’est une table, une bande de copains et une bonne bouteille.

 

Quand la politique chasse la timidité

Corinne Ingold se définit comme une personne «enthousiaste, consensuelle, pragmatique et loyale». Si l'image qu'elle projette au premier abord est plutôt assurée, elle avoue pourtant être «une grande timide qui se soigne». Assez bileuse, elle a besoin «d'agir et d'aller au front pour se rassurer». Ouverte au monde, elle aime échanger, partager et découvrir. «Quand nous étions plus jeunes, mon mari et moi avons voyagé autour du monde pendant six mois, sac au dos. Le voyage enrichit la perception que l'on a de la vie et nous fait réaliser la chance que l'on a d'habiter en Suisse. Et encore plus dans cette région.»

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