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Mort aux déchets sauvages

Eco-responsabilité Succès du film documentaire Demain oblige, la prise de conscience collective des défis environnementaux germe dans les esprits. Avec de plus en plus de déchets sauvages qui pullulent un peu partout dans les villes, il est temps de réapprendre les bons gestes. De nombreuses initiatives locales tentent de lutter contre ce nouveau fléau appelé littering. Entre Vevey, Monthey et Lausanne, la guerre aux mégots, bouteilles en PET et autres emballages de takeaway est lancée. Avec des amendes salées et de nouvelles tendances, comme l'urban plogging, qui marie sport et nettoyage (notre photo de page 1). Eclairage.

Mort aux déchets sauvages

Xavier Crépon

Mâcher du chewing-gum, fumer en dehors des «smoking points», ou encore abandonner ses déchets dans l'espace public, autant de délits à Singapour, pouvant vous coûter jusqu'à 700 frs d'amende. Dans sa politique zéro tolérance, la mégalopole asiatique connue pour sa propreté exemplaire traque le moindre déchet pour améliorer la qualité de vie au quotidien. La Suisse n'en est pas encore là, mais de plus en plus de villes adaptent leur politique pour pouvoir lutter efficacement contre le littering. Traduction: «Laisser traîner ou jeter négligemment ses déchets dans les espaces publics.» Ce qui n'est désormais plus acceptable, tant au vu de l'atteinte aux espaces urbains que pour les frais supplémentaires de nettoyage engendrés. Une facture salée - 144 mios par an en Suisse, ce qui revient à 18,50 frs par personne - que souhaitent faire diminuer de nombreuses communes.

550 amendes depuis janvier

À Lausanne, l'amende est désormais de 150 frs pour tout type de déchet sauvage abandonné dans l'espace public. La ville est la première du Canton à avoir adapté, puis appliqué son règlement de police depuis la modification de la loi cantonale sur les amendes d'ordres communales début 2016. Que ce soit dans les parcs, les rues ou encore dans les transports publics, les détritus sont un mal qui ronge la cité. En tête de liste: mégots, chewing-gums, bouteilles en PET et emballages de take-away. Avec sa récente campagne, «Par terre, je coûte plus cher», le Service de la propreté de la ville veut éradiquer ces ordures qui dérangent. «Vous avez beau n'avoir qu'un déchet au milieu de la rue, on ne voit que ça», déplore Stéphane Beaudinot, chef du département. Pour lutter contre ce fléau, ce dernier mise avant tout sur la sensibilisation. «Ce n'est que 3 à 5% de la population qui ne joue pas le jeu. Ce sont soit des personnes nouvellement arrivées qui ne connaissent pas la culture de gestion des déchets en Suisse, soit des gens qui jettent consciemment leurs détritus au sol. Il faut donc leur réapprendre le bon geste.» Les habitudes de consommation ont aussi amené leur lot de problèmes. «Avec l'apparition des fast-foods et des takeaways, les emballages à usage unique sont apparus apportant avec eux davantage de littering», constate Stéphane Beaudinot.

Les saisons ont également un impact sur le comportement de chacun. «Pendant l'été, la population s'approprie un peu plus l'espace public, et c'est tant mieux. Cependant, tout le monde n'a pas le réflexe de jeter à la poubelle. C'est ce que nous essayons de changer en accentuant notre action sur la sensibilisation.» Malheureusement, parfois cela ne suffit pas. Vient alors le moment de la répression.

Avec 550 amendes, dont 90% concernant des mégots depuis janvier, les agents assermentés du Groupe Propreté Espace Public n'ont pas chômé. «Cet outil contraignant est un moyen d'atteindre tout le monde. Lorsque vous vous faites réprimer une fois, la douloureuse vous marque et suffit en principe à vous convaincre.» Le chef du Service de la propreté urbaine assure que les réactions sont positives depuis ces nouvelles dispositions. «Les gens attrapés savent que ce qu'ils font n'est pas correct et assument leur geste. C'est le bon sens qui prime.» Avec un coût de 16 mios par année pour ramasser à peu près 1'600 tonnes de déchets sauvages dans la cité, il serait toutefois «illusoire» de croire que la ville cherche à faire du profit, assure Stéphane Beaudinot. «Moins on mettra d'amendes d'ordre, mieux ce sera. Le but est que la population reprenne de bonnes habitudes afin que notre espace public devienne plus propre.»

1 mégot = 500 L d'eau polluée

Forte de ce nouveau système d'amende cantonal, Lausanne a ouvert la brèche et d'autres localités devraient suivre. Actuellement, nombre d'entre elles fonctionnent encore sur dénonciation lorsqu'un cas illicite est détecté. A Vevey par exemple, qui ne dispose pas encore d'agents aptes à intervenir dans une telle situation, «l'idée est de prendre le train en marche pour lutter efficacement contre ce problème de littering», souligne Jérôme Christen, municipal des espaces publics. Pour l'instant, la ville a décidé d'agir en collaborant avec des associations environnementales. «Nous n'avons pas les ressources humaines pour mettre en place des actions tout seuls. Nous nous appuyons donc sur leurs connaissances et leur savoir-faire.» Vevey a ainsi effectué deux campagnes à la fin de l'été. La première sensibilisait les citadins à jeter leurs mégots dans les endroits appropriés en leur apprenant «Le Bon Geste». «Tous les fumeurs n'ont pas forcément conscience qu'un mégot pollue environ 500 litres d'eau et les jettent sur la chaussée ou dans les bouches d'égout, s'alarme le municipal. Ce sont des matières toxiques qui se retrouvent directement dans le lac, puis dans les eaux claires.» Pour les sensibiliser, le service a disposé au travers de la ville des autocollants sur les poubelles ou à proximité des grilles.

La seconde campagne portait sur un nouveau système de vaisselle réutilisable proposé par certains commerces démarchés depuis le début du printemps. «Nous avons cherché à toucher cette population qui mange au bord du lac, là où l'on retrouve beaucoup de détritus lors du repas de midi», explique Patrick Vaucher, surveillant de la gestion des déchets. La ville attend désormais la retombée de ces actions, car comme partout, changer les mauvaises habitudes prend du temps.

Date:13.09.2018
Parution: 916

Le plogging, un corps sain dans un environnement sain

«En footing ou en marchant, travaille tes muscles, ton cœur et ta souplesse tout en récupérant les déchets.» Voilà comment se résume la nouvelle tendance lancée en Suède, le plogging. Croisement entre l’éco-responsabilité et le sport - «plocka upp», qui signifie, ramasser en suédois, et jogging - cette activité a de plus en plus d’adeptes en Europe. En Suisse romande, ce phénomène est tout récent avec un événement organisé en juillet dernier par l’association Urban Training sur les rives du lac à Vevey (photo: X. Crépon). Que ce soit en famille, en couple ou entre amis, une cinquantaine de personnes armées de gants et de sacs étaient présentes pour en découdre avec les déchets sauvages. Au-delà des simples aspects moraux et écologiques, l’organisateur Mathieu Gleyre pense surtout que c’est l’intégration de la pratique sportive à l’activité qui a motivé les participants. «Faire du bien à son corps tout en faisant du bien à la planète, les gens y sont particulièrement réceptifs». Avec 70 sacs récoltés en un temps record, 90 minutes de plogging (notre photo de page 1), «le résultat est très positif», se réjouit le président de l’association. «Nous aimerions réitérer l’exploit dans d’autres villes l’année prochaine au travers de toute la Suisse. Notre ambition est d’organiser ce type d’événement à plus grande échelle et pour cela nous avons besoin de communes et de sponsors qui nous soutiennent.»

A Monthey, des jeunes pas si BAD que ça!

Sensibiliser et nettoyer, voici les maîtres-mots de la B.A.D Monthey. Cette Brigade Anti-déchets composée de jeunes de 18 à 21 ans arpente tous les week-ends les espaces publics de la ville pour créer une ambiance propice au lien social. Encadrés par le service jeunesse Soluna, deux binômes vont à la rencontre des utilisateurs pour les sensibiliser à la problématique du littering (réd: laisser traîner ou jeter négligemment ses déchets dans les espaces publics) tout en profitant de donner un bon coup de balai. Les adolescents font une tournée à vélo qui passe par les principaux parcs et places publics montheysans. Munis d'une charrette de tri sélectif, ils se déplacent dans les lieux où les déchets s'accumulent. «Le parcours n'est pas fixe. Il s'adapte en fonction de la salubrité des différents points sur notre parcours, avance le responsable des équipes Mehdi Cherif. Nous prenons des photos régulièrement pour voir l'évolution des déchets. Ainsi nous sommes très réactifs.» Avec huit heures par semaine sur le terrain, «le but n'est pas de faire les à-fonds, avertit toutefois Senta Gillioz, cheffe du service jeunesse. L'objectif est surtout d'ancrer un changement de comportement par rapport aux déchets sauvages, et à titre plus large d'améliorer le respect du lieu.»

Encore à l'état de projet, l'action est une vraie réussite. L'espace public est plus propre et les réactions changent. «Au début, c'étaient souvent les jeunes qui étaient accusés de salir ces lieux, mais ils ne sont pas les seuls», défend Leya Bonny, étudiante de 21 ans préoccupée par les questions environnementales. Cette membre de la B.A.D a vu la différence après quelques mois. «En nous voyant nettoyer, on est passés des blâmes aux remerciements.» La présence de la brigade a également eu des effets sur le comportement des utilisateurs. «On les a vus faire plus attention en ramassant systématiquement leurs papiers ou en jetant leurs cigarettes.» Au vu de ces résultats positifs, l'action commencée il y a trois mois sera probablement réitérée l'année prochaine. «La B.A.D a amené une véritable plus-value à l'image des espaces publics tout en mettant en avant une jeunesse positive», se félicite Senta Gilloz. «Nous allons à nouveau nous asseoir autour de la table avec les services concernés pour pouvoir évaluer et affiner notre démarche.»

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