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«Les lobbys cherchent à faire peur»

Santé Avec une facture de plus de 80 milliards - 800 frs mensuels par habitant - les coûts de la santé explosent en Suisse. Pourtant, Monsieur Prix affirme qu'il existe des solutions drastiques pour diminuer ces dépenses. Il donnera une conférence à Vevey le 19 septembre pour les présenter, invité par le PDC Riviera. Interview.

Entretien: Xavier Crépon

Entre des primes maladie trop chères, des médicaments exorbitants ou des frais d'hospitalisation excessifs, il y a clairement moyen de faire mieux, estime M. Prix, alias Stefan Meierhans. Entretien avant sa conférence à Vevey.

Les primes maladie augmentent année après année. En tant que Monsieur Prix depuis 10 ans, à quoi servez-vous?

Mon engagement a permis d’économiser des dizaines de millions de francs. Sans mon action, ces prix augmenteraient davantage. Je suis arrivé à atténuer les augmentations, mais pas à les empêcher. Mon influence reste limitée car le système de santé est soumis à des lois. Il faut donc des modifications à ce niveau-là pour provoquer des changements décisifs. Je ne peux pas édicter des nouvelles lois, c’est au Parlement de le faire.

Comment expliquez-vous les différences considérables en matière de primes pour l’assurance maladie obligatoire, alors que les prestations offertes sont identiques?

Effectivement, toutes les prestations sont les mêmes, et c’est très important qu’elles le restent. Il est donc possible de faire des économies conséquentes en choisissant la bonne caisse à la fin de chaque année. Pour ce qui est de la différence des coûts, elle s’explique pour deux raisons. La première est le fonctionnement des caisses et leur efficience. Ensuite, il y a aussi la diversité des risques. Dans certaines caisses, il y a plus de gens malades, ce qui veut dire des coûts plus élevés. Pour ne pas pénaliser celles qui ont plus de personnes à risque, il existe un système de péréquation. Il y a quelques années, cela n’existait pas et les assureurs chassaient les bons risques, à savoir des clients entre 20-35 ans. Les politiques ont dit stop avec ce nouveau système. Les caisses qui ont beaucoup de jeunes doivent désormais verser de l’argent à celles qui ont de nombreux clients ayant des problèmes de santé. Mais ce n’est pas parfait. Il est difficile d’avoir un miroir réaliste à 100% de l’état actuel, et cela se répercute sur les primes.

Pour venir en aide à ses concitoyens, le canton de Vaud a instauré un système de primes plafonnées à 10% du revenu des ménages dès 2019. Qu’en pensez-vous?
Qui suis-je pour juger de ça?. Le peuple a dit oui en l’acceptant aux urnes. J’ai toutefois une remarque à faire: le danger d’un tel système est qu’on en vient facilement à oublier qu’il reste encore pas mal de travail à faire au niveau des coûts de la santé. Après, socialement, en tant que Stefan Meierhans, je considère l’aspect bénéfique que cela peut avoir dans les ménages.

Et un plafonnement générique du prix des primes pourrait-il empêcher cette escalade constante et l’enrichissement des assureurs?

Pour moi, le problème principal n’est pas au niveau des caisses. Le prix des primes correspond aux coûts générés par le système de santé. Un plafonnement ne résoudrait rien. Aujourd’hui, nous avons un système de santé ou aucun acteur n’a intérêt à économiser et où tout le monde voit sa part de gâteau s’agrandir. Ce qu’il faut, c’est s’attaquer directement à ces coûts qui naissent auprès des hôpitaux, des médecins et des entreprises pharmaceutiques. Car les primes ne sont que le résultat de ces coûts.

Serait-ce donc une utopie d’envisager une baisse des primes à l’avenir?

Au moins atténuer la hausse et veiller à ce que celle ne dépasse pas l’augmentation des salaires, ça c’est certainement possible. De même, en arrêtant de proposer des génériques deux fois plus chers que dans le reste de l’Europe. La sur-médication et la sur-thérapie aussi, qui visent à faire toujours plus de chiffre d’affaires. Il y a des lobbys à tous les niveaux, qui freinent toute évolution. Il faut arriver à dépasser cela. Cela doit passer par une volonté politique forte avec des changements de lois. Et un Conseil fédéral plus audacieux. Les lobbys cherchent à faire peur et ça marche. Ils disent «si vous faites ça, ça et ça, vous aurez un traitement de qualité inférieure.» Ce n’est pas vrai. On peut économiser 6 milliards sur ces coûts, sans que cela présente un danger pour la santé.

Une autre idée lancée en 2017 est celle d’une initiative populaire qui vise à inscrire dans la Constitution que chaque canton est libre de créer ou non une institution cantonale d’assurance maladie. Est-ce viable, ou cela va-t-il capoter comme le projet de caisse unique?
Le peuple a déjà refusé la caisse unique. On verra ce qu’il va dire pour ça. Mais ce qu’il faut souligner, c’est que les coûts administratifs générés par les caisses maladies actuelles correspondent en réalité à 5% des coûts du domaine de la santé. Donc je ne me prononce pas sur cette initiative, mais elle ne va en tout cas pas résoudre le problème d’augmentation des primes.
Ce qui est sûr, c’est que le système actuel de solidarité est en train d’exploser car les gens en bonne santé ne veulent plus payer autant pour les personnes malades. Cela ne veut pas dire qu’il faut l’abandonner. Je veux le maintenir. Nous pouvons le sauver uniquement par une réduction des coûts qui ne sont pas nécessaires - coûts des médicaments ; sur-médication, sur-thérapie, etc. Il faut annihiler cette logique d’en faire toujours trop et toujours plus, sans pour autant faire ce qui est juste.

 

Date:13.09.2018
Parution: 916

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