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« Certains apprécient mes formules assassines »

Noville Cela fait 16 ans que Pierre-Alain Karlen pilote la commune. Connu pour sa personnalité affirmée, il croise toujours volontiers le fer verbalement. Mais il est aussi attentif à la bonne marche de son exécutif, «une Municipalité qui dit ce qu'elle fait et qui fait ce qu'elle dit», à son image.

«Je ne me laisse pas facilement déstabiliser», confie Pierre-Alain Karlen.

Entretien et photo: Valérie Passello

Pourquoi vous êtes-vous engagé en politique ?

> Je n'avais pas d'ambition politique autre que de rendre service à la collectivité, qui nous avait bien accueillis à Noville. Nous nous y sommes installés en 1984, avec nos enfants Carine et Dylan, alors en bas âge. Je suis entré à la Municipalité en 1990 et j'ai pris la syndicature à partir de 2002.

Syndic est une position exposée, où l'on prend souvent des coups, vous aimez ça ?

> Pas plus que n'importe qui, mais je n'ai pas l'impression d'avoir été roué de coups, à ce jour. Peut-être que je ne les sens plus, car je commence à avoir le cuir épais. Et puis j'ai la réputation d'être parfois un peu hargneux, qui me cherche me trouve, en quelque sorte. Je ne me laisse pas facilement déstabiliser.

Que devez-vous sacrifier au plan privé pour assumer votre fonction ?

> Dès le moment où j'ai pris la syndicature, c'est monté en puissance. J'ai en tout cas eu l'impression de devoir laisser de côté certaines activités de la vie de famille et des loisirs. Je m'étais pris de passion pour le golf, mais je ne peux plus m'y consacrer comme je le souhaiterais.

Un syndic doit souvent avoir le dernier mot. Quelles sont les limites de la démocratie selon vous ?

> Je pars du principe que trop de démocratie tue la démocratie. Ça va peut-être en faire hurler quelques-uns, mais elle est en train de montrer ses limites. Notamment à cause du phénomène de «recourite» aiguë, pour tout et n'importe quoi, ainsi que par l'aspect émotionnel de tout ce qui circule sur les réseaux sociaux. Pour moi, c'est du vent, on est dans le monde de l'immédiat, de l'éphémère et du superficiel, ça se dégonfle aussi vite que c'est parti. Il y a aussi ces citoyens lambda ou ces conseillers communaux qui se profilent dans de la cogestion. Ils n'ont pas été élus dans un exécutif, mais ils veulent lui expliquer comment faire. Cet autre phénomène est un véritable fléau.

Le pouvoir selon vous, une drogue dure ? Une illusion ?

> Par rapport aux instances cantonales et à la volonté centralisatrice de la plupart des services, les exécutifs communaux n'ont pratiquement plus aucun pouvoir. Ça se voit dans les budgets et les comptes notamment, par la proportion affolante qui nous est directement imposée par le canton. C'est dommage, car il ne nous reste plus beaucoup de prérogatives, si ce n'est organiser «la conciergerie». Notre job est de s'assurer que le terrain de sport a été fauché, que la déchetterie est en ordre, que les rues sont balayées... Ce qui nous fait vivre, c'est de conserver quelques illusions, de garder des projets sous le coude pour pouvoir quand même réaliser quelque chose, sinon cela devient très frustrant.

Entre vos idéaux et la réalité de la fonction, avez-vous déchanté ?

> Je connaissais les règles en arrivant. Je constate que le jeu ne se simplifie pas, mais avec le temps et le suivi historique, on commence à connaître les ficelles, on acquiert un réseau et on va défendre les causes que l'on estime justes. Comme tout le monde, j'ai l'idéal que tout aille assez vite. Ça me désole quand ça traîne, surtout lorsque c'est lié à un manque de détermination de certains fonctionnaires ou services. Cela dit, dans la plupart des cas, on arrive à travailler, à convaincre certains chefs. Mais c'est difficile.

Si vous n'étiez pas ou plus syndic, qu'aimeriez-vous être ?

> J'aimerais pouvoir consacrer davantage de temps à l'écriture. Pour l'instant, je rédige surtout des courriers pointus ou virulents à l'égard de certaines personnes, des prises de position. J'ai toujours aimé la littérature et écrire reste un rêve pour mes vieux jours. Après plus d'un quart de siècle dans un exécutif, vous avez forcément quelques anecdotes à relater. On m'a toujours dit que j'avais des formules assassines sans rémission possible. Mes collègues recherchent d'ailleurs systématiquement la phrase qui tue dans ma correspondance. Je ne suis pas un adepte de la langue de bois, je dis les choses clairement et parfois crûment, ça fait partie du personnage. Étonnamment, ma tête n'a jamais été mise à prix pour cela. Je crois que certains apprécient, d'ailleurs, tout comme j'aime bien qu'il y ait du répondant.

Date:11.10.2018
Parution: 920

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Une réussite (personnelle ou politique)

Au niveau politique, c’est la réussite d’un collectif. Ensemble, notre plus jolie victoire est sans doute d’avoir fait passer le concept de base du syndicat d’améliorations foncières des Fourches, le résultat est visible aujourd’hui par le développement remarquable du secteur. 


Un échec

Ne pas être parvenu à éviter la fermeture de la poste. Nous avons tout essayé, mais face à un ramassis d’incompétents qui, pour moi, auront incarné durablement la médiocratie, le rebut du système managérial suisse, nous n’avons rien pu faire. Le contexte social n’a jamais été envisagé. Pourtant, dans une localité où il n’y a pas de magasin, les gens se retrouvaient à la poste. 


Un lieu pour vous ressourcer

Quand j’ai un moment, je prends mon vélo –non électrique- et j’aime arpenter la plaine du Rhône où je découvre toujours de nouvelles choses. 

 

De l'enseignement à la politique

Pierre-Alain Karlen attache une grande importance à sa famille et il est particulièrement fier de bien s'entendre avec ses deux enfants, «différents mais très attachants». Enseignant puis doyen, il a effectué quasiment toute sa carrière à Villeneuve, avant de prendre une retraite anticipée à 57 ans pour se consacrer à son mandat politique. Lieutenant-colonel à l'armée, il a effectué plus de 1'500 jours de service et n'a rendu ses armes qu'en 2015.

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