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100 ans d'histoire pétrie par le pain

Tavel-sur-Clarens La boulangerie du hameau montreusien change de mains l'année de ses 100 ans. Elle sera assortie d'un nouveau tea-room dans ce village attaché à ses miches artisanales depuis plus de deux siècles.

Grâce à Dominique Reymond Pouly (au centre), Christine et Patrick Mansiat (à d.) remplaceront Philippe et Nelly Pittet (à g.), tenanciers depuis trente ans. A. Juillard

Amit Juillard

Cette histoire d'amour a une odeur de dimanche matin. Celle du pain encore chaud. Le village de Tavel-sur-Clarens respire au rythme des craquements de sa croûte depuis des siècles. Aujourd'hui encore, la vie sociale du hameau, les baguettes et les croissants sont inséparables.

Au commencement, comme ailleurs, il y a un ardent four banal. A l'époque, chacun y cuit sa boule de pâte une fois par semaine. Les habitants l'aiment alors jalousement. Pour preuve, le Conseil du village décide en 1758 de mettre à l'amende toute personne accusée d'en avoir remis la clef à un citoyen d'une autre commune. Mais en 1919, plus de four communautaire. La nouvelle boulangerie, née quelques mois plus tôt, l'éteint. Destins croisés.

Du four banal à l'électricité

30 ans plus tard, en 1948, le Journal de Montreux narre les débuts de ce nouveau commerce: «Décembre 1918. Un jeune boulanger, plus riche d'ardeur et de cran que cousu d'or, s'installe dans un local, relativement approprié, fermé depuis quelque temps: V. Pouly (réd: pour Victor Pouly, à ne pas confondre avec Aimé Pouly, créateur de la paillasse)». Très vite, il gagne en notoriété, fonde une famille et une tradition artisanale dans la maison, qui lui appartient désormais. Le nouveau four électrique dope son chiffre d'affaires comme le nombre d'employés.

Une notoriété nationale

Après son décès soudain en 1945, le repreneur est tout trouvé: Edouard Pouly, son fils. Il développe encore l'enseigne, son savoir-faire. Et les spécialités de la maison. «Présentement, les livraisons de flûtes «Pouly», notamment, dépassent largement le cadre local pour s'assurer, de plus en plus, les débouchés du marché national», en atteste Le Journal de Montreux. Comme chef, l'homme est apprécié. «Mon père avait un très haut sens de la responsabilité du patron, se souvient Pierre-André Pouly. Par exemple, il n'hésitait pas à engager des gens qui sortaient de prison pour les aider à se réinsérer.»

Ironie du sort, alors que son père avait, malgré lui, tué le four banal, c'est Edouard Pouly qui décide de le remettre en marche une fois l'an, chaque samedi du Jeûne. La fête du village de Tavel, évènement incontournable aujourd'hui, était née. «Ces quarante dernières années, il y a toujours eu une collaboration avec le boulanger du coin, explique Edouard Fontannaz, président de l'Association des intérêts de Tavel. Il fournit la pâte et la façonne. Pendant l'évènement, les habitants viennent, eux, y cuire leurs gâteaux.»

A la rue du Sacre-du-Printemps

En 2018, la boulangerie fête ses 100 ans. Depuis le départ d'Edouard Pouly, devenu formateur à plein temps en 1968, trois locataires se sont succédé à la rue du Sacre-du-Printemps 10. Aujourd'hui, après 30 ans, Nelly et Philippe Pittet remettent les clefs aux quatrièmes pensionnaires, Christine et Patrick Mansiat, propriétaires d'Au Croustillant à Chernex depuis trois ans. Dominique Reymond Pouly, fille et petite-fille des propriétaires, est aux anges: «Mon père était toujours très engagé pour la sauvegarde des petits commerces, il se battait déjà contre les grandes surfaces. Je suis contente que ce soit un vrai artisan qui reprenne l'affaire.»

Pour réussir à préserver l'esprit des lieux, elle prend le taureau par les cornes juste avant l'été. «J'ai d'abord contacté la Municipalité de Montreux pour connaître leurs projets pour le quartier, confie-t-elle. Monsieur Christian Neukomm (réd: municipal PLR de l'urbanisme) m'a assuré que Tavel resterait un village. Avant de me suggérer le nom des Mansiat.» Bingo.

Un tea-room va naître

Le couple de Chernex n'hésite pas longtemps lorsque Dominique Reymond Pouly les approche. «Notre espace commençait à devenir un peu petit, explique Christine Mansiat. C'était le bon moment pour s'étendre.» Presque tous les emplois de Tavel seront maintenus, mais un poste à temps partiel est sur le balan. Le visage du rez-de-chaussée va, lui, changer davantage: une cloison sera abattue pour permettre la création d'un nouveau salon de thé de neuf places. L'offre évoluera aussi, mais certaines traditions subsisteront: «Nous amènerons notre identité, mais nous garderons par exemple le fameux «cep», cher aux clients de Philippe Pittet.» A Tavel, le pain est gage de continuité comme de renouveau.

Date:08.11.2018
Parution: 924

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