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Jeter de la laine ? « Un scandale »

Frenières-sur-Bex Une association s'est créée afin de récolter la laine provenant de petits élevages de la région, au lieu de l'éliminer. La démarche s'inscrit dans une philosophie de valorisation globale de l'économie de montagne.

Pour être exploitable, la laine doit être propre: les bénévoles se chargent d'en retirer les saletés.DR

Texte et photo: Valérie Passello

«Un mouton n'est pas qu'un morceau de viande sur pattes, c'est tout un écosystème», déclare Martine Gerber, éleveuse depuis cinq ans et initiatrice de l'association La Filature de l'Avançon. En ce 3 novembre, plus d'une vingtaine de bénévoles s'activent dans le village de Frenières, sur les hauts de Bex. Leur tâche: ôter toutes les petites saletés prises dans la toison fraîchement tonte de moutons de la région. Environ 200 kilos de laine seront ainsi nettoyés, triés par couleur et par race, empaquetés dans de grands sacs de papier, puis envoyés à la FIWO. Cette entreprise d'Amriswil transforme la laine en panneaux isolants, en engrais de jardin ou en matelas. Les éleveurs seront rémunérés directement par cette dernière, entre 35 centimes et 1,20 fr le kilo.

Le revenu est certes modeste, mais c'est mieux que rien, considère cette passionnée, qui a appris à filer à l'âge de 14 ans: «Le marché de la laine s'est écroulé ces dernières années. La plupart des éleveurs s'en débarrassent, car ils ne veulent pas s'embêter avec ça. C'est pourtant un produit noble qui a beaucoup de vertus négligées aujourd'hui. Si elle ne rivalise pas avec les matières synthétiques, les deux peuvent coexister.» Sans être passéistes, les quelque 40 membres de l'association sont convaincus qu'il y a une niche à occuper en créant de la valeur ajoutée au produit.

Vers le «tout local»

Seule une petite quantité de laine, la plus belle, sera filée artisanalement par les membres de l'association et vendue sur place. Mais l'envoi à la FIWO n'est que temporaire, reprend Martine Gerber: «À terme, nous aimerions que l'ensemble de la filière soit ici. Nous sommes en train de monter un dossier financier pour acquérir un bâtiment à Frenières, une ancienne grange par exemple, ainsi que des machines à filer.» Exploiter et vendre sur place une production 100% locale, voilà qui fait l'unanimité au sein des bénévoles présents. À l'instar de Laurence, de Fenalet-sur-Bex: «J'adore l'Irlande et l'Ecosse. Il y a beaucoup de moutons là-bas et les habitants savent valoriser la laine. Pour moi, on peut le faire ici aussi.»

Francine, elle, vit à Frenières: «Lorsque nous avons acheté la maison, il y avait une belle parcelle à disposition. Nous avons donc pris quatre moutons de la race «Nez noir du Valais». Nous faisons nos foins nous-mêmes et refusons d'acquérir davantage de bêtes, car nous souhaitons vivre au maximum en autonomie, en lien avec la nature», explique cette tavillonneuse de métier.

Ariane élève huit chèvres cachemire et angora aux Posses-sur-Bex: «Je crée des objets de décoration en tissage. Pour l'instant, je fais tout moi-même, mais un jour, il sera possible de filer la laine ici», se réjouit-elle. Si Claudia, venue de Martigny, n'est pas éleveuse, elle n'en est pas moins sensible à la cause: «Je suis institutrice et artiste peintre. Moi qui suis toujours habillée de laine en hiver, j'étais scandalisée d'apprendre qu'ils la jetaient! C'est insensé pour moi, car je suis quelqu'un de rationnel: c'est un matériau tellement précieux!»

Mieux se connaître

L'association est ouverte à des personnes de tous milieux. Martine Gerber développe: «Souvent, les éleveurs et les touristes ne se comprennent pas. Si la montagne est si belle, c'est parce qu'elle est entretenue par les paysans. Quant aux éleveurs, ils doivent comprendre aussi que l'on ait envie de venir en profiter. Le fait de se rencontrer permet à chacun de comprendre les intérêts de l'autre.»

La tonte a lieu au printemps et en automne. La filature de l'Avançon s'adresse aux petits et moyens élevages de la région et pourrait, à l'avenir, exploiter dans les deux tonnes de laine par année. Une dimension pédagogique pourrait en outre s'ajouter au projet. L'association entend inviter des classes à découvrir son activité, de manière à sensibiliser les enfants à l'ensemble des éléments constituant l'économie pastorale contemporaine.

Pour soutenir l'association : www.filaturelocale.ch

Date:08.11.2018
Parution: 924