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« Nous devrions revoir notre système de milice »

Jongny S'il ne porte la casquette de syndic que depuis 2016, Claude Cherbuin s'est lancé dans la politique dès la fin des années 80, «plus par conviction que par ambition». Fervent partisan de la fusion, il plaide tout aussi ardemment pour une remise à plat des relations canton-communes.

Claude Cherbuin se voit comme «un catalyseur d'idées».

Entretien et photo : Priska Hess

Pourquoi vous êtes-vous engagé en politique ?

> J'ai toujours manifesté un intérêt marqué pour la gestion du bien public, même s'il est longtemps resté limité à l'enseignement de ce que l'on appelait, à l'époque, l'instruction civique. Sur le fond, je dirais que mon engagement politique tient bien plus d'une conviction que d'une ambition.

Syndic est une position exposée où l'on prend des coups, vous aimez ça ?

> Dans une petite commune comme Jongny, le syndic conserve pour une bonne partie de la population un rôle d'interlocuteur privilégié. Mes réponses n'ont pas toujours plu et, partant, des critiques ont parfois émergé. Comme tout le monde, je n'aimerais pas recevoir des coups, mais j'accepte ce risque inhérent à la fonction. Mais plutôt que de perdre mon énergie et mon temps à les combattre, je préfère de loin privilégier l'écoute et le dialogue.

Que devez-vous sacrifier au plan privé pour assumer votre fonction ?

> J'ai vécu une première législature compliquée, marquée notamment par la fragilité des finances communales. A cette époque, je courais entre vie familiale, travail et mandat politique. Et malheureusement ma famille et mes loisirs en ont pâti. Aujourd'hui, les conditions sont, fort heureusement, fondamentalement différentes. Mon statut de retraité me permet de m'investir pleinement dans mon mandat. Si ma tâche reste lourde, j'ai l'immense bonheur d'avoir du temps à lui consacrer.

Un syndic doit souvent avoir le dernier mot. Quelles sont les limites de la démocratie selon vous ?

> Savoir trancher reste un privilège dont il convient de ne pas abuser. Je préfère convaincre. De manière plus générale, je pense que si la démocratie n'a pas de prix, son fonctionnement, tel que nous le connaissons dans notre canton, a atteint ses limites. A l'image de certains cantons alémaniques, nous devrions avoir le courage et la lucidité de revoir notre système de milice. Le désintérêt relatif pour la chose publique, les exigences de plus en plus contraignantes de la vie professionnelle, la complexité des dossiers, détournent de nos instances politiques des forces et des compétences multiples. Ce qui péjore au final le bon fonctionnement de la démocratie.

Le pouvoir selon vous, une drogue dure ? une illusion ?

> Une illusion, sans hésitation. La fonction, le titre peuvent éventuellement impressionner, mais notre système politique se charge de limiter drastiquement le pouvoir du syndic. Mon action, très souvent, se limite à veiller à la bonne application des lois ou règlements. Je me vois plus comme un catalyseur d'idées, conscient que la décision finale ne m'appartient pas et que je me dois, par conséquent, de rester humble.

Entre vos idéaux et la réalité de la fonction, avez-vous déchanté ?

> Je ne pense pas avoir fait le tour complet de la fonction de syndic, mais l'expérience que j'en ai m'autorise à affirmer qu'elle est d'une incroyable richesse et d'une surprenante diversité. Les difficultés, qui peuvent malmener nos convictions, surgissent là où on s'y attend le moins. Il faut alors savoir remettre l'ouvrage sur le métier et se battre pour éviter de voir ses idéaux bafoués. Entre société idéale et réalités, le fossé est parfois béant. Pour autant, je ne suis ni désabusé, ni désenchanté.

Si vous n'étiez pas ou plus syndic, qu'aimeriez-vous être ?

> Un retraité redécouvrant les plaisirs simples: l'ornithologie, qui a longtemps été une passion, la voile sur le Léman ou en Bretagne, être un grand-père plus disponible et faire quelques nouveaux voyages lointains, dont je rêve de longue date.

Date:08.11.2018
Parution: 924

Ses valeurs

Votre devise

Passionné d’histoire, je médite souvent une pensée attribuée à Charles de Gaule qui, jeune encore, avait écrit: «Les choses sont ce qu’elles sont, les hommes sont ce qu’ils font.»


Une réussite (personnelle ou politique)

La réussite est faite selon moi des mille petits riens quotidiens, parfois imperceptibles, qui permettent de faire avancer un projet. S’agissant de la réussite personnelle, j’avoue que je suis très fier de ma famille. Nous avons la chance, mon épouse et moi, de pouvoir partager régulièrement avec nos 4 enfants et 5 petits-enfants de bons et joyeux moments où se vérifie la solidité des liens familiaux.


Un échec

Honnêtement, je n’ai pas d’exemple notoire d’échec qui me vienne à l’esprit. Mes déconvenues ont toujours été passagères, le temps se chargeant de montrer la relativité et souvent la superficialité des contrariétés rencontrées.


Un lieu pour vous ressourcer

L’été, les Bains Payes à Vevey, où je retrouve les joies simples du gamin de Vevey que j’étais. Et la Bretagne, mon deuxième pays, celui de mon épouse et de sa famille.

 

Un lion comblé

Claude Cherbuin est d'abord un passionné. Sur la terrasse de l'Hôtel du Léman où Le Régional l'a rencontré en juillet dernier, il évoque avec le même bonheur sa famille, son enfance à Vevey, le football qu'il a longtemps pratiqué, ses 41 années d'enseignement «où j'ai eu la chance de travailler avec des adolescents formidables», la beauté «mystérieuse et magique» de la Bretagne, son engagement sans faille pour sa commune et la région. C'est sur les bancs du Conseil communal de La Tour-de-Peilz que ce natif du lion a fait son «apprentissage de la politique» à la fin des années 80, avant de s'investir pour la commune de Jongny deux ans après y avoir déménagé en 1995. «La suite fut assez prévisible, mais en aucun cas programmée: commission de gestion, présidence du Conseil communal, Municipalité dès 2011, et enfin syndicature». Ce fervent partisan de la fusion se montre aussi intarissable sur le problème de la péréquation, de la RIE3 ou encore du nouveau plan comptable, qui «mettent les communes sous une pression de plus en plus forte, sans aboutir à rien. Il faudra bien un jour que les relations cantons-communes soient revues!»

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