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Le municipal a voulu vinifier le raisin communal pour sa pomme

Chardonne Laurent Cossy, édile PLR en charge du domaine communal, a démissionné avec effet immédiat de l'Exécutif le 2 novembre. La Municipalité a déposé une plainte pénale à son encontre. Motif: il a vendangé deux tonnes de raisin communal avant de les amener à la cave familiale. L'intéressé admet dans un premier temps les faits. Avant de démentir.

Depuis la vendange, les rumeurs montaient dans les vignes du village, jusqu'à arriver dans les bureaux de la Municipalité.DR

Textes et photo: Amit Juillard

Ce n'est plus un secret pour personne. La vendange 2018 est exceptionnelle, son millésime peut-être celui du millénaire (lire page 5). Face à l'abondance de la récolte, certains vignerons ont pourtant dû faire face à un dilemme. Le quota fixé par le Canton atteint, faut-il vraiment laisser pourrir un si bon fruit comme le veut la loi? A Chardonne, la tentation semble avoir été trop forte pour le municipal PLR du domaine communal, Laurent Cossy, lui-même vigneron-encaveur. Les langues se délient petit à petit dans la bourgade viticole.

Deux tonnes de trop

Tout commence à la fin des vendanges. Le vigneron-tâcheron de la Commune se rend compte que les parcelles dont il s'occupe ont produit trop de raisin par rapport à la quantité autorisée de 1,25 kg/m2. Il en avertit le municipal en charge, Laurent Cossy. Joint par téléphone jeudi 8 novembre, ce dernier parle de deux tonnes en trop, soit 7% de la récolte.

Dans l'effervescence des vendanges, il prend la décision qui aura raison de sa carrière politique communale. Après en avoir discuté avec le vigneron-tâcheron de la Commune et le responsable de son domaine familial.

Poussé à la démission?

Sans en informer ses collègues de la Municipalité, il vendange les parcelles excédentaires. En vue de vinifier une cuve dans la cave du domaine familial. Au total, l'équivalent de près de 2'000 bouteilles de chasselas AOC Chardonne, confesse-t-il au Régional. Très vite, les rumeurs de ses actions bruissent dans les ruelles du village de 2'920 habitants. Certains surprennent des caissettes au nom de son domaine dans l'une ou l'autre des cinq parcelles communales concernées. Selon 24 heures, citant une «source bien informée», «plusieurs témoins auraient pris des photos de la vendange illégale». Les rumeurs remontent aux oreilles de l'Exécutif. Une discussion s'engage entre collègues. Devant ses pairs, Laurent Cossy admet son erreur et s'excuse, selon le syndic Fabrice Neyroud (Chardonne sans parti). Lui demandent-ils de démissionner? Le syndic esquive: «Nous avons eu des discussions au cours desquelles il y a eu une rupture de confiance». Reste que la lettre de démission du municipal lui parvient le vendredi 2 novembre. «Ma démission est le fruit du constat d'incompatibilité entre ma vie professionnelle et un climat politique devenu difficile», assure-t-il au bout du fil.

Plainte pénale

Dans l'intervalle, la Municipalité dépose une plainte pénale contre Laurent Cossy. Information confirmée au Régional par le Ministère public. Entre-temps, le site internet du quotidien 20 Minutes rend l'information publique vendredi 9 novembre. Dans la foulée, Le Régional publie un article sur son site. «Nous avons déposé plainte parce qu'il nous a pris du raisin, explique Fabrice Neyroud. C'est aujourd'hui à la Justice de faire son travail et d'établir les faits.»

L'accusé promet dans un premier temps de détruire la cuve incriminée devant témoins afin de faire amende honorable. «Le vin n'a finalement pas été détruit, corrige toutefois Laurent Cossy lors d'un deuxième entretien avec Le Régional. Il est apparu que l'option à privilégier était de mettre la cuve sous scellés par la Direction générale de l'agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires afin de ne plus y avoir accès, tout en maintenant cette preuve existante pendant la procédure judiciaire.» Puis il y a la prise de conscience, sur un ton sincère: «Je suis très secoué, c'est une situation difficile à vivre. Je regrette ce qui s'est passé et si je pouvais revenir en arrière, je le ferais.»

Reste une question: voulait-il commercialiser ce vin, au risque de faire perdre l'AOC pour 2018 à la cave familiale comme à celle de la Commune? L'enquête du procureur le dira.

Démenti énigmatique

Dernier rebondissement en date, le municipal mis en cause adresse un démenti énigmatique samedi 10 novembre aux médias: «Moi, Laurent Cossy, je me dois, au nom de ma famille, de rejeter avec force les fausses informations et les allégations mensongères graves à mon sujet parues ces derniers jours dans la presse et les médias. Sans connaître à ce jour le contenu de la plainte pénale déposée à mon encontre par la Municipalité de Chardonne, dont la presse semble par contre disposer des détails, il m'est difficile de m'expliquer quant aux faits qui me sont reprochés. J'attends avec sérénité que la justice fasse toute la lumière dans cette affaire et me réserve le droit de prendre toutes les dispositions nécessaires pour faire valoir mes droits.»

Date:15.11.2018
Parution: 925

Vers une réserve climatique?

Lorsqu'une vendange est aussi belle que celle de 2018, beaucoup de vignerons sont frustrés lorsqu'ils réalisent avoir atteint les maximas fixés par l'Etat de Vaud, conformément aux règles AOC. Selon ces règles, une partie du fruit de leur travail doit alors rester sur le cep. «Le but de ces quotas est de maintenir la qualité des produits et de réguler l'offre», explique Gilles Andrey, responsable de l'économie viti-vinicole du Canton. La Confédération fixe un cadre, mais les principaux cantons viticoles se montrent plus restrictifs en la matière.

N'y aurait-il pas une meilleure solution? Pour équilibrer les bonnes et les mauvaises années, l'idée d'une réserve climatique fait son chemin. L'Etat a d'ailleurs planché en 2017 sur un projet. Le concept: lorsqu'une année est fructueuse, les vignerons seraient autorisés à dépasser leur quota de 5% et à stocker les cuves pour les millésimes de vache maigre. Or, la réglementation fédérale ne le permet pas. La politique agricole 2022 pourrait cependant changer la donne.

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