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Banquier repenti, il veut sauver la planète

Chardonne Ancien de l'UBS, Jeremy Perret choisit la philanthropie, le yoga et la critique du capitalisme. Avec un ex-collègue, il lance une plateforme caritative de financement participatif. Première action: l'accès à l'eau potable aux Philippines.

Jeremy Perret a suivi les sons des bols chantants tibétains jusqu'aux enseignements du Dalaï-Lama à Dharamsala, en Inde.

Texte et photo: Amit Juillard

La coke, l'alcool, les excès de la City, la haute finance, la retraite à 30 ans assis sur un gros magot floqué «fonds spéculatifs»; Jeremy Perret n'en a pas voulu. Pourtant, lorsqu'il part pour Londres à 20 ans, ce jeune employé d'UBS est un capitaliste pur et dur. A 25 ans, il est aujourd'hui repenti. «Mon père était dans l'alcool et la drogue, il flambait. Il est décédé il y a deux ans. Si j'étais resté là-bas, je serais tombé dans ces choses. Les «hedge funds», c'est l'extrême. Le film «Wall Street» avec Michael Douglas, c'est pas très éloigné de la réalité.»

Retour en Suisse. «Je n'ai pas encore commandé, je vais prendre un chai.» A la place de la Rolex, des bracelets tibétains, indiens – gravés de mantras bouddhistes – ou philippins. Le costard-cravate au placard, il porte une chemise népalaise blanche à col rond et le chandail qui le réchauffait au sommet du Huayna Potosi (6'088 m.) en Bolivie. Au lieu du stress, une sérénité apparente. Au Kizuku, café au design scandinave et gentiment bobo de Vevey, Jeremy Perret choisit sa place à côté de la grande vitrine. Ouverture sur le monde.

Eau potable pour les pêcheurs philippins

Sur la table, sous ses mains, son carnet de voyage. Un bout de calendrier népalais découpé dépasse, quelques pensées et citations s'éparpillent entre l'Amazonie et la Mer des Phlippines. Il avance le flyer de sa nouvelle plateforme philanthropique: «Sharing is Helping», «partager, c'est aider». Fondée avec son ex-collègue et ami Carl Martinet. Leur premier projet de financement participatif: lever 4'400 frs jusqu'au 30 novembre pour une île de 2'300 pêcheurs aux Philippines. Grâce à l'acquisition de 30 filtres et de deux réservoirs captant l'eau de pluie, en association avec la fondation «Waves for Water», ils veulent offrir à la population d'accéder à l'eau potable, actuellement importée par bateau. Pour les familles sur place, l'économie serait de plus de 14 frs par semaine, alors que le revenu moyen d'un pêcheur est de quelque 24 frs par semaine. Plus de 3'000 frs ont déjà été récoltés. «Nous avons l'espoir que les gens proposent d'autres projets sur le site.»

Jeremy Perret fait partie de la génération Y, en quête de sens. Il grandit dans le christianisme, à Brent, avec sa mère et ses deux frères aînés. Leur père est absent. Ado, il n'est «pas fait pour l'école», sort du gymnase du Burier après un an et décide de marcher dans les pas de son aîné. Vers la finance. En pleine crise économique, l'UBS l'engage comme apprenti en 2009. «Au début, j'avais une vision vraiment capitaliste, celle du «survival of the fittest» (réd: la loi du plus fort). Mais petit à petit, je n'avais plus de plaisir, je ne voyais pas l'impact véritable que j'avais dans le monde. Il y a davantage que travailler, avoir un joli logement et une voiture. Le but de la vie n'est pas juste de la gagner.» Echange d'idéaux.

Expérience transcendantale sur une île

En rentrant de Londres, il reprend un poste de «business management» à l'UBS de Lausanne. «J'ai essayé de construire un projet philanthropique avec la banque. Mais dans ces grandes entreprises, il y a beaucoup de barrières.» Avec Carl Martinet, il part en vacances en Afrique du Sud en décembre 2016; le projet «Sharing is Helping» germe.

Octobre 2017. Le temps d'un congé sabbatique. Direction l'Amérique du Sud, puis l'Asie. Aux Philippines, il entre en contact avec un membre de «Waves for Water», structure fondée par le surfeur Jon Rose. Sur les îles, il vit une expérience transcendantale avec des bols chantants tibétains. Il veut en savoir plus: vol pour Katmandou, au Népal. Là-bas aussi, «Waves for Water» est active. Jeremy Perret commence à réaliser l'importance de l'accès à l'eau.

C'est finalement à Bali qu'il prend son courage d'une main, son téléphone de l'autre: «J'ai appelé mon chef et je lui ai dit que je n'avais plus envie de me retrouver dans cet environnement de travail, que ça ne me correspondait plus». Il suit alors le chemin du yoga, d'une nouvelle spiritualité, jusqu'en Inde. A Dharamsala, des frissons traversent son corps, des larmes montent dans ses yeux: devant lui, le Dalaï-Lama enseigne.

Pas besoin d'avoir cinq shorts

Il y a deux mois, de retour dans sa Riviera natale, il prend un petit studio à Chardonne: fini le joli et grand appartement de la rue du Léman à Vevey. Il réduit la voilure. «Je pense qu'en Suisse, notre qualité de vie matérielle est trop élevée, nous vivons au détriment des autres. Nous n'avons pas besoin de tous avoir une voiture, je n'ai pas besoin d'avoir cinq shorts et vingt t-shirts. Aujourd'hui, ma raison d'être est de pousser les gens à aller au-delà, à se poser les questions basiques et essentielles, de les inspirer à aider et agir.»

Depuis peu, il enseigne le yoga, soigne grâce aux bols chantants tibétains, fais de la photo et espère bientôt faire commerce équitable d'objets confectionnés par des femmes népalaises, sauvées des griffes du trafic d'êtres humains. «La vie est chère en Suisse, c'est une réalité, mais je ne ferai pas de compromis sur mon bien-être et mon bonheur. Avant, je faisais tout vite; je me réveillais vite, je me préparais vite, je travaillais trop longtemps, j'allais vite au sport pour trouver un pseudo-équilibre et je rentrais vite chez moi. Et pourquoi? Pour gagner plus et dépenser plus...»

Informations pratiques sur www.sharingishelping.org

Date:15.11.2018
Parution: 925

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