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«L'armée ne boude pas le Chablais»

Lavey Le Conseiller fédéral Guy Parmelin prendra part au congrès de l'UDC Vaud ce jeudi 15 novembre. L'occasion d'interroger le chef du Département fédéral de la Défense, de la Protection de la population et des Sports (DDPS) sur les défis qui attendent le Chablais, notamment en termes de prévention des catastrophes.

Pour Guy Parmelin, le Chablais est «une région périphérique, mais très importante, du pays».  VBS/DDPS

Entretien: Valérie Passello

Ce n'est pas tous les jours que l'un des Sept Sages «descend» dans le Chablais. En prévision de son passage à Lavey, Guy Parmelin a accordé un entretien d'une heure au Régional, dans ses bureaux à Berne, le 5 novembre dernier. Une occasion de parler des dossiers en cours dans son dicastère, bien sûr, mais aussi de sa vision de la région.

Aujourd'hui, vous vous exprimez en tant que chef du DDPS, mais pour combien de temps encore? Allez-vous passer la «patate chaude» au prochain élu au Conseil fédéral?

> Il y a les élections le 5 décembre, puis nous aurons une discussion pour la répartition des départements, donc je ne m'exprime pas sur la question pour l'instant. Mais je peux dire que je suis satisfait de mon département, où j'ai de gros dossiers très intéressants à faire progresser, et de bons collaborateurs.

En termes de sécurité, avec les risques de séismes, d'inondations et autres catastrophes naturelles, le Chablais est-il considéré comme une zone rouge, vu de Berne?

> En Suisse, fédéralisme oblige, ce sont les cantons et communes qui interviennent en cas de catastrophe. Le DDPS procède à une analyse de risque au niveau national et soutient les cantons dans cette tâche. La Confédération, en particulier l'armée, n'intervient qu'à titre subsidiaire, au moment où les cantons l'appellent. Mais d'une manière générale, semble-t-il, ces phénomènes sont appelés à augmenter. Donc, ces prochaines années, je vais avoir des discussions avec la conférence gouvernementale des affaires militaires, de la protection civile et des sapeurs-pompiers, pour voir si nos procédures sont toujours adaptées, si l'on peut s'améliorer ou s'il faut renforcer certaines mesures, toujours en concertation avec les cantons.

Pour évoquer l'armée du point de vue chablaisien, nous constatons qu'elle quitte la place d'armes de Saint-Maurice, que l'arsenal d'Aigle devrait être abandonné, que des forts militaires sont vendus, comme à Château-d'Oex par exemple, cela signifie-t-il qu'elle nous boude?

> Non pas du tout! Je vous offre Savatan-Dailly, si vous trouvez un investisseur (rires). Blague à part, le plan stationnement de l'armée s'est fait en étroite concertation avec les cantons. Avec ce nouveau concept, les divisions territoriales doivent être ancrées dans les régions et nous y veillons. La division numéro un a d'ailleurs son siège central, certes pas dans le Chablais, mais dans le canton de Vaud. Il nous faut cette vision plus globale: la Police Militaire avec son commandement et avec toutes ses écoles est venue s'implanter à Sion, et dans le Haut-Valais l'armée renforce considérablement sa présence dans la région du Simplon, aussi avec des investissements importants. Mais somme toute, l'armée se réduit, les besoins évoluent, c'est une obligation du département que de diminuer ses coûts immobiliers et de fonctionnement, pour pouvoir se concentrer sur les investissements futurs.

À titre personnel, vous connaissez bien le Chablais?

> Bien sûr, c'est une magnifique région! Je n'en connais pas seulement les vins, j'y ai aussi beaucoup d'amis. Je vais d'ailleurs régulièrement me ressourcer à Villars avec mon épouse. Il y a beaucoup de collaborations intercantonales dans cette zone, comme le futur Hôpital Riviera-Chablais par exemple, ou le développement de tout le concept des transports. C'est une région périphérique, mais très importante, du pays.

Vous serez présent au congrès de l'UDC Vaud à Lavey ce 15 novembre. Participer à une assemblée de son propre parti, est-ce courant pour un Conseiller fédéral?

> Cela reste exceptionnel. Mais l'UDC m'a demandé, il y a longtemps déjà, de venir parler de la politique de sécurité du pays. Je l'ai fait dans un autre cadre à Fribourg récemment, c'est une opportunité d'expliquer les nouveaux défis qui se présentent. Pensez aux aspects d'espionnage, au cyber, aux catastrophes naturelles, au développement futur de l'armée, aux tensions internationales que l'on constate en Europe, ou aux différents attentats terroristes et aux conséquences que cela peut avoir chez nous. J'ai aussi dans mon dicastère le secteur du service de renseignements, donc c'est l'occasion pour moi de montrer que les choses évoluent et que nous devons nous adapter. Les gens ne sont pas forcément conscients de cette réalité.

Est-on prêts, en Suisse, à faire face à ces nouveaux défis?

> Nous en avons la volonté. Le Parlement et le Conseil fédéral ont montré qu'ils en étaient conscients et prêts à investir. En matière de cyber, c'est le Département des finances qui a le lead global. Nous, au DDPS, nous avons notre «plan d'action cyberdéfense», qui nous donne des compétences pour aider subsidiairement les exploitants d'infrastructures critiques ou pour appuyer les autorités civiles dans certains cas. L'armée doit être à même d'anticiper les risques, de protéger ses propres réseaux et infrastructures et de renforcer sa résilience face aux cybermenaces. L'attaque informatique contre Ruag a déclenché une prise de conscience. Nous avons mis sur pied des mesures concrètes, dont une formation de quarante semaines dans le cadre de l'armée, ainsi qu'un cœur de professionnels renforcé. Nous mettons également en place un «cyber-defense campus», qui renforcera et étendra les échanges avec les hautes écoles et les entreprises et nous permettra aussi de disposer d'une solide cartographie de nos forces, de nos faiblesses et de nos besoins. Ça fonctionne très bien, même si ça prend naturellement un peu de temps.

Pour terminer, un mot sur le sport, dont vous êtes aussi le ministre: avez-vous le temps d'en faire et pensez-vous qu'il soit suffisamment soutenu dans notre pays?

> Quand je peux, je marche dans la nature. Sinon, je regarde Federer sur mon sofa! (rires) En Suisse, le sport est d'abord une affaire privée. Mais la Confédération peut subventionner des projets présentés par les cantons, moyennant des règles très strictes. Plusieurs grands événements se profilent, comme les Championnats du monde de cyclisme dans le Chablais, les Jeux Olympiques de la Jeunesse à Lausanne et les Championnats du monde de hockey en 2020, ainsi que les Universiades de Lucerne en 2021. Chaque dossier est étudié par l'Office fédéral du sport et s'il remplit les conditions, il débouche sur des contrats que je signe moi-même, avant que les fonds soient libérés. Je peux dire aussi que le Parlement soutient sans réserve les programmes Jeunesse et Sport. Et en parallèle, la Confédération met régulièrement en place des programmes d'investissement permettant de renouveler des infrastructures d'intérêt national. Enfin, nous avons aussi de bons résultats avec le concept sport d'élite à l'armée. Nous analysons maintenant les moyens de le développer, d'ailleurs.

Voilà presque trois ans que vous êtes Conseiller fédéral, est-ce que c’est un costume dans lequel on entre facilement?

> Il n’y a pas d’école pour devenir Conseiller fédéral, vous apprenez sur le tas. Au début, vous avez quatre à six mois pour prendre les dossiers en cours dans le département qui vous est attribué. Quand je suis arrivé, je devais terminer le dossier de réforme de l’armée, il y avait des menaces de référendum, j’avais un programme d’armement, celui des fameux Duros, qui était contesté. Il y a eu aussi la cyber-attaque sur Ruag où des mesures d’urgence ont dû être prises. J’ai également dû mener la campagne référendaire sur la réforme de la loi sur le renseignement et nous avons gagné. Après, il y a les affaires courantes, puis la suite que vous voulez mettre en place. Par exemple, renforcer les aspects cyber des services de renseignement, ça nous paraissait prioritaire. Mais il y a aussi tout le dossier de révision de la loi sur la protection civile et la protection de la population, les immenses investissements à faire en cas d’alarme, que nous devons faire en concertation avec les cantons, ça c’est la prochaine étape que je vais bientôt présenter au Conseil fédéral. Ces investissements se répartiront sur plusieurs dizaines d’années. Donc, il y a les débuts où vous reprenez les dossiers en cours, puis ceux où vous essayez d’imprimer votre patte.

Nous voterons le 25 novembre sur l’initiative de l’UDC pour l’autodétermination, lancée par votre parti mais combattue par le Conseil fédéral, comment se positionne-t-on lorsque l’on est à la fois UDC et à la fois Conseiller fédéral?

> Rien de nouveau sous le soleil. Il y a toujours une discussion politique au sein du Conseil fédéral où chacun peut défendre ses arguments. Après, une décision est arrêtée et les membres du collège défendent cette position. Naturellement, on essaie d’éviter d’imposer à un Conseiller fédéral membre d’un parti opposé à un dossier, d’aller défendre la position du collège à la radio ou à la télévision. On prend quelqu’un d’un autre bord politique qui soutient le dossier.

La proposition d’assouplissement de l’ordonnance sur l’exportation de matériel de guerre a suscité un tollé, vous le comprenez?

> Il faut remettre l’église au milieu du village. L’ordonnance était toujours aussi stricte: il n’était pas question d’exporter du matériel de guerre dans des pays en conflit interne. Ça n’aurait absolument rien changé, les analyses faites régulièrement par le Département des affaires étrangères et par le Département de l’économie auraient toujours été aussi strictes. L’assouplissement consistait à regarder, dans des cas limites, au cas par cas. Il y a eu des réactions extrêmement vives dans certains milieux. Je rappelle aussi que l’intention primaire est venue du Parlement. Le Conseil fédéral a décidé la semaine dernière de renoncer à cette modification pour l’instant, mais il n’y aurait de toute façon pas eu d’exportation de matériel de guerre en Lybie, en Syrie ou au Yemen. 

Le fait d’exporter des armes, de la part d’un pays dont la valeur suprême est la paix, qu’en pensez-vous à titre personnel?

> Il est nécessaire de procéder à une pesée d'intérêt minutieuse et responsable entre les différents intérêts. Nous exportons du matériel en France et en Allemagne, par exemple, des pays avec lesquels nous collaborons de manière intense au niveau de la formation et de l’équipement, notamment. Et il y a des compétences technologiques que l’on peut garder en Suisse, ce qui nous évite de dépendre trop de l’étranger dans certains cas. Ruag a été créé pour ça. Après, on peut toujours décider politiquement de dépendre de l’étranger en termes de compétences. Tant que la situation politique et stratégique est calme, ça va. Mais le jour où vous avez un problème, où un conflit se rapproche, les conséquences peuvent être extrêmement importantes en termes de sécurité, il faut y penser. Enfin, il ne faut pas négliger non plus les milliers de postes de travail que nous avons en Suisse.

Enfin, quelles chances donnez-vous à votre projet de paquet à 8 milliards pour les avions de combat et la défense sol-air, en votation populaire?

> Le but poursuivi - c'est-à-dire le renouvellement des moyens de défense aérienne - bénéficie d'un très large soutien. Ce point est très important. Mais le chemin préconisé pour atteindre ce but a été accueilli avec un enthousiasme contrasté. De toute évidence, ce projet fait partie de notre futur. Dans ce pays, si l’on veut la sécurité, il faut une protection aérienne digne de ce nom. Regardez les pays qui n’ont pas de protection aérienne. Je cite souvent la Slovénie, qui n’a pas d’avion de combat. C’est l’OTAN qui s’occupe de ceci. La Slovénie doit payer pour cette protection et elle le fait en envoyant des soldats en Afghanistan. Si nous renoncions à protéger notre espace aérien au centre de l’Europe, d’autres assumeraient cette protection et nous en feraient payer le prix financier mais surtout politique. Je ne crois pas que c’est ce que désire la population. Pour avoir de la prospérité, il faut avoir de la sécurité. 

Date:15.11.2018
Parution: 925

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