Télécharger
l’édition n°927
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Il renouvelle le temps

Blonay Pasteur évangélique, l'horloger Denis Gigandet répare d'anciennes pendules. Pour lutter contre la crise, il customise ses Neuchâteloises avec des LED ou de la peinture de carrosserie. A ses clients, il apporte aussi un soutien spirituel. Portrait.

«C'est magnifique d'ouvrir un boîtier, de mettre les mains dans le mécanisme», s'enthousiasme Denis Gigandet. A. Juillard

Amit Juillard

Denis Gigandet est un homme de foi et il l'affiche. Autour de son cou, deux pendentifs: le poisson évangélique et la croix de David. «Certains clients viennent pour cela, d'autres gens ne mettent pas les pieds ici pour la même raison.» Ancien pasteur de rue à Chatel-Saint-Denis, il offre à ceux qu'il rencontre un soutien psychologique et spirituel. Il est aujourd'hui l'un des derniers horlogers-rhabilleurs de la région.

Dans cette échoppe de Blonay, pas une seconde sans un «tic», un «tac», un «tilt», un «bong» ou une mélodie annonçant une heure pleine. Il y a tellement de pendules et de morbiers que les synchroniser serait un job à plein temps. Et le maître des lieux est déjà bien occupé à restaurer, réviser, rhabiller, polir et remonter de vieilles horloges, parfois tricentenaires. Dans les règles de l'art, comme autrefois. «C'est magnifique d'ouvrir un boîtier, de mettre les mains dans le mécanisme, de comprendre ce que son créateur a voulu faire, s'enthousiasme-t-il, loupe sur l'œil, assis derrière l'établi de l'atelier. Mais malheureusement, je remarque parfois que des bricoleurs l'ont abîmé.» Sur une pièce, il peut passer plus de dix jours.

A la recherche de trésors

Dans sa famille originaire de Tramelan, dans le Jura bernois, le métier se transmet de père en fils depuis trois générations. C'est d'ailleurs dans l'entreprise de son grand-père, Charles Gigandet SA, que le jeune Denis fait ses classes. Mais bien vite, la crise de la montre à quartz japonaise arrive et les firmes ferment à la fin des années 1970. Il s'en va vers St-Légier, où il suit une formation en théologie. Sa première boutique ouvre ses portes à Blonay en 1981, les referme en 2009. Après une période de chômage, un emploi dans une horlogerie de Bulle et un peu de travail à domicile, il ouvre son actuel magasin un an plus tard, toujours à Blonay. Plus grand que le premier. Atteint d'une fibromyalgie, sa rente AI à 50% lui permet de parcourir la Suisse romande à la rencontre de propriétaires désirant faire réparer ou se débarrasser de leurs trésors. Il sourit: «J'aime les gens, je leur apporte mon oreille attentive».

Quand le garagiste peint une Neuchâteloise

Le métier n'appelle plus beaucoup de vocations et le savoir-faire va peu à peu disparaître. Mais Denis Gigandet cultive son optimisme. «Je participe au Passeport Vacances et je vois que les jeunes sont vite passionnés. Il y aura peut-être une diminution du nombre d'horlogers, mais pour un temps seulement.» Lui est bien décidé à résister. A se renouveler.

Dans une petite section de la boutique, les aiguilles d'horloges pas comme les autres hèlent le passant de l'autre côté de la vitrine. «Les pendules neuchâteloises n'intéressent plus grand monde. Alors je les customise pour qu'elles trouvent un nouveau public. Si vous étiez venu la semaine dernière, vous auriez vu celle qu'un restaurateur de la région a acquis. J'avais mis des LED à l'intérieur.» Au mur, il y a toutes les couleurs. «Celle-ci a été faite par un ami Marocain, j'essaie des choses. Par exemple, quand je vois une belle couleur de carrosserie, je vais voir le garagiste et il me peint la pièce.» Celle-ci est d'un bleu roi, coruscant et loin d'être déchu.

Date:29.11.2018
Parution: 927

Dans ce dossier

Documents

Vidéo
  • Notre vidéo de l'horloger en action

Documents audio